CHAPITRE V. - ART. XXXVII.
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le plus large : il faut en lire l’intéressanterelation par le général Pelet. Le troisièmeest celui qui fut exécuté par l’armée russeà Satounovo en 1828 : quoiqu’il ne puisseêtre mis en parallèle avec les precedents,il fut très-remarquable par les difficultésexcessives que les localités présentaient, etpar la nature des efforts qu’il fallut fairepour les surmonter. Quant à celui de la Be-réîina, il fut en tout point miraculeux. Monbut n’étant point d’entrer ici dans des dé-tails historiques, je renvoie mes lecteursaux relations spéciales de ces événements,et j’en résumerai les règles générales :
1° Il est essentiel de donner le change àl’ennemi sur le point de passage, afin qu’iln’y accumule pas ses moyens de résistance.Outre les démonstrations stratégiques, ilfaudra encore de fausses attaques à proxi-mité du passage, pour diviser les moyensque l’ennemi y aura rassemblés ; à cet effet,la moitié de l’artillerie doit être employéea faire beaucoup de bruit sur tous les pointsou l’on ne veut pas passer; tandis que leplus grand silence doit régner au point réeloù se dirigeront les apprêts sérieux ;
2° On doit, autant que possible, protégerla construction des ponts , en portant destroupes en bateaux sur la rive opposée,afin d’en déloger l’ennemi qui gênerait lestravaux ; ces troupes devront s’emparer aus-sitôt des villages, bois ou autres obstacles àproximité ;
3° H importe aussi de placer de fortesbatteries de gros calibre, non-seulementpour balayer cette rive opposée, mais pourfaire taire l’artillerie que l’ennemi voudraitamener dans l’intention de battre le pont àmesure qu’on y travaillerait ; à cet effet, ilconvient que la rive d’où l’assaillant doitpartir domine un peu la rive opposée •
4" Le voisinage d’une grande île, près dela rive ennemie, offre de grandes facilitésaux troupes de débarquement, ainsi qu’auxtravailleurs. De même, le voisinage d’unepetite rivière affluente , donne les moyens
de réunir et de cacher les préparatifs poul-ies bateaux ;
S° Il est bon de choisir un endroit où lefleuve forme une anse ou coude rentrantafin de pouvoir assurer aux troupes un dé-bouché sûr, protégé par des batteries dontle feu , croisé sur l’avenue, empêcheraitl’ennemi de tomber sur les bataillons à me-sure qu’ils passeraient ;
6° L’endroit fixé pour jeter les ponts doitêtre à proximité de bonnes routes sur lesdeux rives, afin que l’armée puisse trouverdes communications faciles après le pas-sage, aussi bien que pour se rassembler. Ondoit éviter à cet effet les points où les rampesseraient très-escarpées , surtout du côté del’ennemi.
Quant à la défense d’un passage , ses rè-gles dérivent de la nature même de cellesde l’attaque ; elles doivent donc avoir pourbut de s’opposer aux mesures indiquées ci-dessus : l’essentiel est de faire surveiller lecours par des corps légers , sans avoir laprétention de le défendre partout ; puis dese concentrer rapidement au point menacé,pour foudroyer l’ennemi quand une partieseulement de son armée aura passé. Il fautfaire comme le duc de Vendôme à Cassano,et comme le fit plus en grand l’archiducCharles à Essling en 1809, exemple mémo-rable qu’on ne saurait trop recommander,bien que le vainqueur n’en ait pas tiré toutle fruit qu’il pouvait s’en promettre.
Nous avons déjà signalé, à l’art. 21, l’in-fluence que les passages de fleuves, audébut d’une entreprise ou d’une campagne,peuvent exercer sur la direction des lignesd’opérations ; il nous reste à examiner cellequ’ils peuvent avoir sur les mouvementsstratégiques qui les suivraient immédiate-ment.
Une des plus grandes difficultés qui seprésentent après les passages, c’est de cou-