Buch 
2 (1840) L' histoire de la guerre de sept ans en Allemagne : pendant les annés 1756 et suivantes / par de Jomini ; traduit de Lloyd
Entstehung
Seite
168
JPEG-Download
 

168

CHAPITRE V. ART. XXXVII.

vrir les ponts contre lennemi sans cepen-dant gêner trop les entreprises que larméevoudrait faire. Lorsquils ont lieu avec unegrande supériorité numérique, ou à la suitedes grandes victoires déjà remportées , lachose nest pas si embarrassante, mais lors-quon les exécute au début de la campagne,en présence dun ennemi presquégal enforces, le cas est différent.

Si 100,000 Français passent le Rhin àStrasbourg ou à Manheim , en présence de100,000 Allemands, la première chose quilsauront à faire sera de pousser lennemi danstrois directions : la première devant eux,jusquaux montagnes de la Forêt-Noire, ladeuxième à droite pour couvrir les ponts ducôté du haut Rhin , et la troisième à gauchepour les couvrir du côté de Mayence et dubas Rhin . Cette nécessité mène à un déplo-rable morcellement de forces ; mais pouren diminuer les inconvénients , il faut segarder de croire quil soit nécessaire de di-viser larmée en trois parties égalés, ni qu ilfaille conserver ces détachements au delàdu peu de jours nécessaires pour sassurerdu lieu de rassemblement des forces en-nemies.

Toutefois, on ne peut se dissimuler quecest une des situations des plus délicatespour un général en chef : car, sil se divisepour couvrir ses ponts, ilpeut donner avecune de ses trois fractions contre le gros desmasses ennemies qui laccableraient ; silréunit ses forces sur une seule direction etque lennemi lui donne le change sur lepoint de son rassemblement, il pourraitsexposer à voir ses ponts enlevés ou dé-truits , et se trouver compromis avant da-voir eu le temps de remporter une victoire.

Les remèdes les plus sûrs seront, deplacer ses ponts près dune ville que lonpourra mettre rapidement en état de proté-ger leur défense, puis de donner à ses pre-mières opérations toute la vigueur et larapidité possibles, en se jetant successive-ment sur les fractions de larmée ennemie,

et les battant de manière à leur ôter lenviedinquiéter les ponts. Dans quelques cas onpourra ajouter, à ees moyens, le systèmedes lignes dopérations excentriques : silennemi a morcelé ses 100,000 hommes enplusieurs corps occupant des positions dob-servation , et quon passe avec une masseégale sur un seul point voisin du centre dece cordon , le corps défensif qui se trouve-rait isolé à ce centre étant vivement culbuté,on pourrait alors sans risque former deuxmasses de 80,000 hommes , lesquelles, enprenant une direction divergente, disper-seraient sûrement les fractions ennemiesisolées en direction extérieure, les empêche-raient désormais de se réunir, et les éloigne-raient de plus en plus des ponts. Mais si lepassage sétait effectué, au contraire, sur unedes extrémités du front stratégique de len-nemi, en se rabattant vivement sur ce frontquon battrait dans toute son étendue commeFrédéric battit la ligne autrichienne tacti-quement à Leuthen dans toute sa longueur,larmée aurait ses ponts derrière soi, et lescouvrirait dans tous ses mouvements enavant. Cest ainsi que Jourdan, ayant passéà Dusseldorf , en 1795 , sur lextrême droitedes Autrichiens, put savancer en toutesûreté sur le Mein ; sil en fut chassé, ce futparce que les Français , ayant une lignedopérations double et extérieure, laissèrent120,000 hommes paralysés depuis Mayence à Bâle , tandis que Clairfayt repoussait Jour-dan sur la Lahn . Mais cette circonstance nesaurait altérer en l ien lavantage évident queprocure un point de passage établi sur uneextrémité du front stratégique de lennemi.Le généralissime saura adopter ce système,ou celui exposé ci-dessus pour les massescentrales au moment du passage, puis en-suite excentriques, selon les circonstances,selon la situation des frontières et des bases,enfin selon les positions de lennemi. Cescombinaisons, dont nous avons déjà ditquelque chose à larticle des lignes dopé-rations, ne mont pas paru déplacées dans