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CHAPITRE Y. — ART. XXXVIII.
on n’est pas moins embarrassé de déciders’il faut forcer de marche pour gagner toutel’avance possible, puisque cette précipita-tion peut achever la perte de l’armée oubien la sauver. Tout ce qu’il est possibled’affirmer à ce sujet, c’est que, avec une ar-mée un peu considérable, il vaut mieux engénéral faire un retraite lente, à petitesjournées et bien échelonnée, parce qu’alorson a les moyens de former des arrière-gar-des assez nombreuses pour se maintenirune partie du jour contre les têtes de.co-lonnes de l’ennemi. Nous reviendrons dureste sur ces règles.
Les retraites sont de diverses espèces, se-lon le motif qui les détermine.
On se retire volontairement avant d’avoircombattu, pour amener l’ennemi sur unpoint moins avantageux pour lui que celuioù il se trouve ; c’est une manœuvre pru-dente plutôt qu’une retraite : ce fut ainsi(jue Napoléon se retira, en 1805, de Wis-ohau sur Brunn pour amener les alliés surle point qui lui convenait : ce fut ainsi queWellington se retira de Quatre-bras surWaterloo . Enfin, c’est ce que je proposai defaire avant l’attaque de Dresde , lorsqu’oneut appris l’arrivée de Napoléon . Je présen-tai la nécessité d’une marche sur Dippodis-walde pour choisir un champ de batailleavantageux; on confondit cette idée avecune retraite, et un point d’honneur cheva-leresque empêcha de rétrograder sans tirerl’épée, ce qui eût pourtant évité la catastro-phe du lendemain (26 août 1813).
On se retire aussi sans être défait pourcourir à la défense d’un point menacé parl’ennemi, soit sur les flancs, soit sur la li-gne de retraite. Lorsqu’on marche.loin deses dépôts, dans une contrée épuisée, onpeut être obligé à décamper pour se rap-procher de ses magasins. Enfin, on se retire
(1) La retraite de Lecourbe de l'Engadin jus-qu’à Altorf , et celle de Macdonald par Pontremoli,après la défaite de la Trebbia , fuient, ainsi que
forcément après une bataille perdue, ou àla suite d’une entreprise manquée.
Ces différentes causes ne sont pas les seu-les qui modifient les combinaisons des re-traites ; elles varient selon la nature descontrées, les distances que l’on a à parcou-rir, et les obstacles que l’ennemi peut y ap-porter. Elles sont surtout dangereuses lors-qu’elles se font en pays ennemi : plus lepoint du départ est éloigné des frontières etde la base d’opérations, plus la retraite estpénible et difficile.
Depuis la fameuse retraite des 10,000,si justement célèbre, jusqu’à la terrible ca-tastrophe qui frappa l’armée française, en1812, l’histoire n’offre pas une grande abon-dance de retraites remarquables. Celle d’An-toine, repoussé delà Médie, fut plus pénibleque glorieuse. Celle de l’empereur Julien,harcelé par les mêmes Parlhes, fut un désas-tre. Dans les temps plus modernes, celle queCharles VIII exécuta pour revenir de Naples ,en passant sur le corps de l’armée italiennea Fornoue, ne fut pas des moins glorieuses.La retraite de M. de Bellisle de Prague nemérita pas les éloges qu’on lui a prodigués.Celles que le roi de Prusse exécuta après lalevée du siège d’Olmütz et après la surprisede Hochldreh furent très-bien ordonnées ,mais ne sauraient compter parmi les retrai-tes lointaines. Celle de Moreau, en 1796,exaltée par l’esprit de parti, fut honorablesans avoir rien d’extraordinaire (1). Celleque l’armée russe exécuta sans se laisserentamer depuis le Niémen jusqu’à Moscou ,dans un espace de 240 lieues, devant unennemi comme Napoléon , et une cavaleriepareille à celle que conduisait l’actif et au-dacieux Murat, peut certainement être miseau-dessus de toutes les autres. Sans doute,elle fut facilitée par une multitude de cir-constances, mais cela n’ôte rien de son nié-
celle de Suwarow du Mutlenthal jusqu’à Coire ,des faits d’armes glorieux mais partiels et de courtedurée.