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2 (1840) L' histoire de la guerre de sept ans en Allemagne : pendant les annés 1756 et suivantes / par de Jomini ; traduit de Lloyd
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CHAPITRE Y. ART. XXXVIII.

on nest pas moins embarrassé de décidersil faut forcer de marche pour gagner toutelavance possible, puisque cette précipita-tion peut achever la perte de larmée oubien la sauver. Tout ce quil est possibledaffirmer à ce sujet, cest que, avec une ar-mée un peu considérable, il vaut mieux engénéral faire un retraite lente, à petitesjournées et bien échelonnée, parce qualorson a les moyens de former des arrière-gar-des assez nombreuses pour se maintenirune partie du jour contre les têtes de.co-lonnes de lennemi. Nous reviendrons dureste sur ces règles.

Les retraites sont de diverses espèces, se-lon le motif qui les détermine.

On se retire volontairement avant davoircombattu, pour amener lennemi sur unpoint moins avantageux pour lui que celui il se trouve ; cest une manœuvre pru-dente plutôt quune retraite : ce fut ainsi(jue Napoléon se retira, en 1805, de Wis-ohau sur Brunn pour amener les alliés surle point qui lui convenait : ce fut ainsi queWellington se retira de Quatre-bras surWaterloo . Enfin, cest ce que je proposai defaire avant lattaque de Dresde , lorsquoneut appris larrivée de Napoléon . Je présen-tai la nécessité dune marche sur Dippodis-walde pour choisir un champ de batailleavantageux; on confondit cette idée avecune retraite, et un point dhonneur cheva-leresque empêcha de rétrograder sans tirerlépée, ce qui eût pourtant évité la catastro-phe du lendemain (26 août 1813).

On se retire aussi sans être défait pourcourir à la défense dun point menacé parlennemi, soit sur les flancs, soit sur la li-gne de retraite. Lorsquon marche.loin deses dépôts, dans une contrée épuisée, onpeut être obligé à décamper pour se rap-procher de ses magasins. Enfin, on se retire

(1) La retraite de Lecourbe de l'Engadin jus-quà Altorf , et celle de Macdonald par Pontremoli,après la défaite de la Trebbia , fuient, ainsi que

forcément après une bataille perdue, ou àla suite dune entreprise manquée.

Ces différentes causes ne sont pas les seu-les qui modifient les combinaisons des re-traites ; elles varient selon la nature descontrées, les distances que lon a à parcou-rir, et les obstacles que lennemi peut y ap-porter. Elles sont surtout dangereuses lors-quelles se font en pays ennemi : plus lepoint du départ est éloigné des frontières etde la base dopérations, plus la retraite estpénible et difficile.

Depuis la fameuse retraite des 10,000,si justement célèbre, jusquà la terrible ca-tastrophe qui frappa larmée française, en1812, lhistoire noffre pas une grande abon-dance de retraites remarquables. Celle dAn-toine, repoussé delà Médie, fut plus pénibleque glorieuse. Celle de lempereur Julien,harcelé par les mêmes Parlhes, fut un désas-tre. Dans les temps plus modernes, celle queCharles VIII exécuta pour revenir de Naples ,en passant sur le corps de larmée italiennea Fornoue, ne fut pas des moins glorieuses.La retraite de M. de Bellisle de Prague nemérita pas les éloges quon lui a prodigués.Celles que le roi de Prusse exécuta après lalevée du siège dOlmütz et après la surprisede Hochldreh furent très-bien ordonnées ,mais ne sauraient compter parmi les retrai-tes lointaines. Celle de Moreau, en 1796,exaltée par lesprit de parti, fut honorablesans avoir rien dextraordinaire (1). Celleque larmée russe exécuta sans se laisserentamer depuis le Niémen jusquà Moscou ,dans un espace de 240 lieues, devant unennemi comme Napoléon , et une cavaleriepareille à celle que conduisait lactif et au-dacieux Murat, peut certainement être miseau-dessus de toutes les autres. Sans doute,elle fut facilitée par une multitude de cir-constances, mais cela nôte rien de son nié-

celle de Suwarow du Mutlenthal jusquà Coire ,des faits darmes glorieux mais partiels et de courtedurée.