CHAPITRE V. - ART. XXXVIII.
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r *le, sinon pour le talent stratégique deschefs qui en dirigèrent la première période,du moins pour l’aplomb et la fermete ad-mirable des corps de troupes qui l’exécu-terent
Enfin, bien que la retraite de Moscou aitété pour Napoléon une sanglante catastroplie, on ne saurait contester qu elle fut glo-rieuse pour lui et pour ses troupes, a Kras-noi comme à la Berezina j car les cadres del’armée furent sauvés, tandis qu’il n’auraitpas dû en revenir un homme. Hans ce mé-morable événement, les deux partis se cou-vrirent d’une gloire égale, les chances seu-les différèrent comme les résultats.
La grandeur des distances et la nature dupays qu’on a à parcourir, les ressourcesqu’il offre, les obstacles que l’on peut re-douter de l’ennemi sur les flancs et les der-rières, la supériorité ou l’infériorité que l’ona en cavalerie, l’esprit des troupes ; tellessont les principales causes qui influent surle sort des retraites, indépendamment desdispositions habiles que les chefs peuventfaire pour lés assurer.
Une armée, se repliant chez elle sur saligne de magasins, peut conserver ses trou-pes ensemble, y maintenir l’ordre, et fairesa retraite avec plus de sécurité que cellequi doit cantonner pour vivre, et s’étendrepour trouver des cantonnements. 11 seraitabsurde de prétendre qu’une armée fran-çaise, se repliant de Moscou sur le Niémen ,sans aucune ressource en vivres, manquantde cavalerie et de chevaux de trait, put lefaire avec le même ordre et le même aplombque 1 armée russe, bien pourvue de tout,marchant dans son propre pays et couvertepar une immense cavalerie légère.
Il y a cinq manières de combiner une re-traite :
La première, c’est de marcher en massesur une seule route ;
La seconde, c’est de s’échelonner, surcette seule route, en deux ou trois corpsmarchant à une journée do distance pour
éviter la confusion, surtout dans le ma-tériel ;
La troisième consiste à marcher sur unmême front, par plusieurs routes parallèlesmenant au même but ;
La •quatrième, c’est de partir de deuxpoints éloignés vers un but excentrique ;
La cinquième, serait de marcher, au con-traire, par plusieurs routes concentriques.
Je ne parle pas des dispositions particu-lières à une arrière-garde ; il est entenduqu’on doit en former une bonne et la sou-tenir par une partie des réserves de cava-lerie. Ces sortes de dispositions sont com-munes à toutes les espèces de retraites, etil ne s’agit ici que des points de vue stra-tégiques.
Une armée qui se replie intacte, avecl’idée de combattre dès qu’elle aura atteintsoit un renfort attendu, soit un point straté-gique auquel elle vise , doit suivre le pre-mier système de préférence , car c’est celuiqui assure le plus de compacité aux diffé-rentes parties de l’armée, et lui permet desoutenir un combat toutes les fois qu’elle leveut ; elle n’a pour cela qu’à arrêter sestetes de colonnes , et à former le reste destroupes sous leur protection à mesureqn elles arrivent. II va sans dire néanmoinsque l’armée adoptant ce système, ne doitpas marcher en totalité sur la grande route,lorsqu’elle peut trouver des petits cheminslatéraux qui rendraient ses mouvements plusprompts et plus sûrs.
Napoléon , en se retirant de Smolensk ,adopta le second système par échelons àune marche entière, et fit en cela une fauted’autant plus grave, que l’ennemi ne lesuivait pas en queue, mais bien dans unedirection latérale qui venait tomber pres-que perpendiculairement au milieu de sescorps isolés : les trois journées de Krasnoi,si fatales à son année, en furent le résultat.Ce système, échelonné sur une même route,ne pouvant avoir pour but que d’éviter l’en-combrement , il suffit (pie l’intervalle entre