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CHAPITRE V. — ART. XXXVIII.
l’heure du départ des corps soit assez grandpour que l’artillerie puisse filer ; au lieu demettre une marche entière entre eux, il suf-fira donc de diviser l’armée en deux masseset une arrière-garde , à une demi-marchel’une de l’autre: ces masses s’ébranlant suc-cessivement, et mettant un intervalle dedeux heures entre le départ de leurs corpsd’armée, fileraient sans encombre, du moinsdans les contrées ordinaires. Au Saint-Ber-nard et au Balkan , il faut sans doute d’au-tres calculs.
J’applique cette idée à une armée de 120à 180,000 hommes qui aura une arrière-garde de 20 à 28,000 hommes à une demi-marche environ, et dont le surplus seradivisé en deux masses d’environ 60,000chacune, également campées en échelon àla distance de trois à quatre lieues. Les deuxou trois corps d’armée dont se composerachacune de ces masses pourront aussi êtreéchelonnés dans la direction de la route,ou bien formés sur deux lignes en traversde la route. Dans l’un et l’autre cas , si uncorps de 80,000 hommes se met en marcheà S heures du matin et l’autre à 7 heures,il n’y aura aucune crainte d’encombrement,à moins d’accident extraordinaire, car laseconde masse partant aux mêmes heuresà h lieues plus en arrière, n’arrivera quede midi à deux heures dans les positionsquittées depuis bien longtemps par la pre-mière.
Lorsqu’il y a des chemins vicinaux prati-cables, du moins pour l’infanterie et la ca-valerie , cela diminuera d’autant plus lesintervalles. U n’est pas besoin d’ajouter quepour marcher ainsi il faut des vivres, quela marche de la 8° catégorie est en généralpréférable puisqu’on marche dans l’ordremême de bataille : enfin, que dans les grandsjours et dans les pays chauds, il faut marcheralternativement de nuit et de bon matin. Ausurplus, c’est une des branches les plus dif-ficiles de la logistique de bien savoir com-biner la mise en marche des troupes ainsi
que leurs haltes : dans les retraites surtoutc’est un point capital.
Bien des généraux négligent de régler lemode et le temps des haltes, ce qui est causede tous les désordres dans les marches,chaque division ou brigade croyant pou-voir s’arrêter quand ses soldats sont un peufatigués ou trouvent un bivouac agréable.Plus l’armée est considérable, plus ellemarche ensemble, plus il importe de bienrégler les départs et les haltes, surtout lors-qu’on se décide à des marches de nuit. Unehalte intempestive d’une partie de colonnepeut faire autant de mal qu’une déroute.
Si l’arrière-garde est un peu pressée,l’armée doit faire halte pour la relever parun corps frais de la seconde masse quiprendra position à cet effet. L’ennemi voyant80,000 hommes formés, devra songer à s’ar-rêter pour réunir ses colonnes, alors la re^traite devra recommencer à l’entrée de lanuit pour regagner du terrain.
La troisième méthode de retraite, cellede suivre plusieurs routes parallèles , esttrès-convenable lorsque ces routes sontassez rapprochées l’une de l’autre. Mais sielles sont trop éloignées , chacune des ailesde l’armée, séparée des autres, pourraitêtre isolément compromise, si l’ennemi,dirigeant ses plus grandes forces sur elle,l’obligeait à recevoir le combat. L’arméeprussienne, venant en 1806 de Magdebourg pour gagner l’Oder , en fournit la preuve.
Le quatrième système, qui consiste àsuivre deux routes concentriques, est sansdoute le plus convenable lorsque les troupesse trouvent éloignées Tune de l’autre aumoment où la retraite est ordonnée : riende mieux alors que de rallier ses forces , etla retraite concentrique est le seul moyend’y réussir.
Le cinquième mode indiqué n’est autrechose que le fameux système des lignes ex-centriques que j’ai attribué à Bulow, et com-battu avec tant de chaleur dans les pre-mières éditions de mes ouvrages, parce que