CHAPITRE V.-ART. XXXVIII.
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j’ai cru qu’il n’y avait pas moyen de se mé-prendre ni sur le sens de son texte , ni surle but de son système. J’ai compris par sadéfinition qu’il recommandait les retraitespartant d’un point donné pour se divisersur plusieurs directions divergentes, autantpour se soustraire plus facilement a la poursuite de l’ennemi que pour l’arrêter en me-naçant ses flancs et sa propre ligne d ope-rations. J’ai hautement blâmé un pareilsystème, par la raison qu’une armée battueest déjà assez faible en elle-même, sansl’affaiblir encore par une division absurde Ide ses forces en présence d’un ennemi vic-torieux.
Rulow a trouvé des défenseurs qui ontaffirmé que j’avais mal saisi le sens de sesparoles, vu que, par retraites excentriques,il n’entendait point les retraites faites surplusieurs directions divergentes , mais biendes retraites qui , au lieu de se diriger vers. le centre de la base d’opérations ou vers lecentre du pays, s’en iraient dans une direc-tion excentrique de ce foyer d’opérations,en se prolongeant sur la circonférence desfrontières.
Il est possible que je me sois, en effet,trompé sur son intention; dans ce cas, macritique tomberait d’elle-même, puisque j’aifortement appuyé ces sortes de retraites quej’ai, à la vérité, nommé des retraites paral-lèles. En effet, il me semble qu’une armée,quittant la ligne convergente qui mène ducercle des frontières au centre de l’État,pour se porter à droite ou à gauche , mar-cherait bien dans la direction à peu prèsparallèle avec sa ligne de frontières , ouavec son front d’opérations et sa base. Dèslors il me semble aussi plus rationnel dedonner le nom de retraites parallèles à cellesqui suivent cette dernière direction, en lais-sant le nom de retraites excentriques pourcelles qui partiraient du front stratégiquedans des directions divergentes.
Quoi qu’il en soit de cette dispute demots , dont l’obscurité du texte de Bulow
serait la seule cause, je n’entends blâmerque les retraites divergentes, exécutées surplusieurs rayons , sous prétexte de couvrirune plus grande étendue de frontières et domenacer l’ennemi sur ses deux flancs.
Avec ces grands mots de flancs, on donneun air d’importance aux systèmes les pluscontraires aux principes de l’art. Une arméeen retraite est toujours inférieure physi-quement et moralement, parce qu’elle nese retire que par suite de revers ou de soninfériorité numérique. Faut-il donc l’affai-blir encore plus en la disséminant? Je necombats pas les retraites exécutées sur plu-sieurs colonnes pour les rendre plus faciles,lorsque ces colonnes pourront se soutenir ;je parle de celles qu’on effectuerait sur deslignes d’opérations divergentes. Je supposeune armée de 40,000 hommes en retraitedevant une autre de 60,000. Si la premièreforme quatre divisions isolées d’environ10,000 hommes, l’ennemi, en manœuvrantavec deux masses de i0,000 hommes cha-cune, ne pourra-t-il pas tourner, envelop-per , disperser et ruiner successivementtoutes ces divisions ? Quel moyen auront-elles d’échapper à leur sort? celui de se con-centrer, Or , ce moyen étant opposé à unedisposition divergente, ce système tombe delui-mênie.
J’invoquerai, à l’appui de mon raisonne-ment , les grandes leçons de l’expérience.Lorsque les premières divisions de l’arméed’Italie furent repoussées par Wurmser,Bonaparte les rassembla toutes àlloverbella,et quoiqu’il n’eût que 40,000 hommes, il enbattit 60,000, parce qu’il n’eut à combattreque des colonnes isolées. S’il avait lait uneretraite divergente , que seraient devenuesson armée et ses conquêtes ? Wurmser, aprèsce premier échec , fit une retraite excentri-que, en dirigeant ses deux ailes vers les ex-trémités de sa ligne de défense : qu’arriva-t-il ? La droite, quoique favorisée parlesmontagnes du Tyrol, fut battue à Trente ;Bonaparte se dirigea ensuite sur les der-