Buch 
2 (1840) L' histoire de la guerre de sept ans en Allemagne : pendant les annés 1756 et suivantes / par de Jomini ; traduit de Lloyd
Entstehung
Seite
174
JPEG-Download
 

CHAPITRE V. ART. XXXVIII.

174

rières de la gauche, et la détruisit à Bassanoet à Mantoue .

Lorsque larchidue Charles céda aux pre-miers efforts de deux armées françaises , en1796, aurait-il sauvé lAllemagne par unemanœuvre excentrique ? Nest-ce pas, aucontraire, à la direction concentrique de saretraite que lAllemagne dut son salut?Enfin, Moreau, qui avait marché sur un dé-veloppement immense par divisions isolées,saperçut que ce système inconcevable étaitbon pour se faire détruire lorsquil étaitquestion de combattre et surtout se re-tirer ; il concentra ses forces disséminées,et tous les efforts de lennemi se brisèrentdevant une masse quil fallait observer surtous les points dune ligne de quatre-vingtslieues. Après de tels exemples, on ne sau-rait, ce me semble, rien répliquer (1).

Il ny a guère que deux cas les re-traites divergentes pourraient être admisescomme des ressources extrêmes ; le pre-mier, cest lorsquune armée aurait éprouvéun grand échec dans son propre pays, etque ses fractions désunies chercheraient unpuissant abri sous des places. Le second,cest dans une guerre nationale, lorsquechaque fragment de larmée ainsi éparpilléesen irait servir de noyau au soulèvementdune province ; mais dans une guerre pu-rement militaire, cest une absurdité.

Il existe une autre combinaison des re-traites, qui se rapporte essentiellement à lastratégie, cest de déterminer le cas ilconvient de les faire perpendiculaires, enpartant de la frontière vers le centre dupays, ou bien de les diriger parallèlementà la frontière (2). Par exemple, le maréchalSoult, abandonnant les Pyrénées en 1314,avait à opter entre une retraite sur Bor-

(1) Dix ans après cette première réfutation deBulow, la retraite concentrique de Barclay et deBngration sauva larmée russe : bien quelle uem-pêcliât pas dabord les succès de Napoléon , elle futla première cause de sa perte.

deaux, qui leût mené au eentre de la France ,ou une retraite sur Toulouse en longeant lafrontière des Pyrénées . De même Frédéric,en se retirant de Moravie , marcha sur laBohême au lieu de regagner la Silésie.

Ces retraites parallèles soïit souvent pré-férables en ce qu elles détournent lennemidune marche sur la capitale de lÉtat etsur le centre de sa puissance : la configu-ration des frontières, les forteresses qui sytrouvent, lespace plus ou moins vastequune armée trouverait pour sy mouvoiret rétablir ses communications directesavec le centre de lÉtat, sont autant de con-sidérations qui influent sur lopportunitéde ces opérations.

LEspagne , entre autres, offre de très-grands avantages pour ce système. Si unearmée française pénètre par Bayonne , lesEspagnols ont le choix de se baser sur Pam-pelune et Saragosse , ou sur Léon et les As­ turies , ce qui mettrait leur adversaire danslimpossibilité de se diriger vers Madrid , enlaissant son étroite ligne dopérations à lamerci des Espagnols .

La frontière de lempire turc sur le Da­ nube offrirait le même avantage pour cettepuissance, si elle savait en profiter.

La France est également très-propre à cegenre de guerre, surtout lorsquil nexistepas dans le pays deux partis politiques quipeuvent aspirer à la possession de la capi-tale , et rendre son occupation décisivepour lennemi. Si celui-ci pénètre par lesAlpes , les Français peuvent agir sur leRhône et la Saône , en tournant autour de lafrontière jusque sur la Moselle dun côté,Ou jusque sur la Provence de lautre. Silpénètre par Strasbourg , Mayence ou Valen-ciennes, il en est de même : loccupation

(2) Ces retraites parallèles, sil faut en croire tesdéfenseurs de Bulow, ne seraient autre chose quecelles quil a, dit-on, recommandées sous le nomdexcentriques.