CHAPITRE V. — ART. XXXVIII.
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rières de la gauche, et la détruisit à Bassanoet à Mantoue .
Lorsque l’archidue Charles céda aux pre-miers efforts de deux armées françaises , en1796, aurait-il sauvé l’Allemagne par unemanœuvre excentrique ? N’est-ce pas, aucontraire, à la direction concentrique de saretraite que l’Allemagne dut son salut?Enfin, Moreau, qui avait marché sur un dé-veloppement immense par divisions isolées,s’aperçut que ce système inconcevable étaitbon pour se faire détruire lorsqu’il étaitquestion de combattre et surtout dé se re-tirer ; il concentra ses forces disséminées,et tous les efforts de l’ennemi se brisèrentdevant une masse qu’il fallait observer surtous les points d’une ligne de quatre-vingtslieues. Après de tels exemples, on ne sau-rait, ce me semble, rien répliquer (1).
Il n’y a guère que deux cas où les re-traites divergentes pourraient être admisescomme des ressources extrêmes ; le pre-mier, c’est lorsqu’une armée aurait éprouvéun grand échec dans son propre pays, etque ses fractions désunies chercheraient unpuissant abri sous des places. Le second,c’est dans une guerre nationale, lorsquechaque fragment de l’armée ainsi éparpillées’en irait servir de noyau au soulèvementd’une province ; mais dans une guerre pu-rement militaire, c’est une absurdité.
Il existe une autre combinaison des re-traites, qui se rapporte essentiellement à lastratégie, c’est de déterminer le cas où ilconvient de les faire perpendiculaires, enpartant de la frontière vers le centre dupays, ou bien de les diriger parallèlementà la frontière (2). Par exemple, le maréchalSoult, abandonnant les Pyrénées en 1314,avait à opter entre une retraite sur Bor-
(1) Dix ans après cette première réfutation deBulow, la retraite concentrique de Barclay et deBngration sauva l’armée russe : bien qu’elle u’em-pêcliât pas d’abord les succès de Napoléon , elle futla première cause de sa perte.
deaux, qui l’eût mené au eentre de la France ,ou une retraite sur Toulouse en longeant lafrontière des Pyrénées . De même Frédéric,en se retirant de Moravie , marcha sur laBohême au lieu de regagner la Silésie.
Ces retraites parallèles soïit souvent pré-férables en ce qu elles détournent l’ennemid’une marche sur la capitale de l’État etsur le centre de sa puissance : la configu-ration des frontières, les forteresses qui s’ytrouvent, l’espace plus ou moins vastequ’une armée trouverait pour s’y mouvoiret rétablir ses communications directesavec le centre de l’État, sont autant de con-sidérations qui influent sur l’opportunitéde ces opérations.
L’Espagne , entre autres, offre de très-grands avantages pour ce système. Si unearmée française pénètre par Bayonne , lesEspagnols ont le choix de se baser sur Pam-pelune et Saragosse , ou sur Léon et les As turies , ce qui mettrait leur adversaire dansl’impossibilité de se diriger vers Madrid , enlaissant son étroite ligne d’opérations à lamerci des Espagnols .
La frontière de l’empire turc sur le Da nube offrirait le même avantage pour cettepuissance, si elle savait en profiter.
La France est également très-propre à cegenre de guerre, surtout lorsqu’il n’existepas dans le pays deux partis politiques quipeuvent aspirer à la possession de la capi-tale , et rendre son occupation décisivepour l’ennemi. Si celui-ci pénètre par lesAlpes , les Français peuvent agir sur leRhône et la Saône , en tournant autour de lafrontière jusque sur la Moselle d’un côté,Ou jusque sur la Provence de l’autre. S’ilpénètre par Strasbourg , Mayence ou Valen-ciennes, il en est de même : l’occupation
■(2) Ces retraites parallèles, s’il faut en croire tesdéfenseurs de Bulow, ne seraient autre chose quecelles qu’il a, dit-on, recommandées sous le nomd’excentriques.