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CHAPITRE V. - ART. XXXVIII.
de la diriger sur le flanc des colonnes plutôtque sur la queue, surtout quand on est dansson propre pays, et que l’on peut sans dan-ger prendre une direction diagonale oumême perpendiculaire à la ligne d’opéra-tions de l’adversaire. Toutefois, il ne fau-drait pas se laisser entraîner à des mouve-ments trop larges, qui feraient perdre latrace de l’ennemi ;
2° Qu’il est aussi généralement convena-ble de mettre dans la poursuite le plus d’ac-tivité et d’audace possible, surtout quandelle est le résultat d’une bataille gagnée,parce que la démoralisation entraîne laperte de l’armée battue ;
3° Qu’il est peu de cas où il soit sage defaire un pont d’or à l’ennemi, quoi qu’endise l’ancien adage romain; cela ne peutguère arriver que dans les occasions ouune armée inférieure en forces aurait rem-porté un succès presque inespéré.
Nous ne saurions rien ajouter d’essen-tiel à ce qu’on vient de dire des retraites ,sous le rapport des grandes combinaisons.11 nous reste à indiquer les mesures detactique qui peuvent en faciliter l’exé-cution.
Un des moyens les plus sûrs de bien exércuter une retraite , c’est de familiariser lesofficiers et les soldats avec l’idée que, dequelque côté que vienne l’ennemi, ils necourent pas plus de risque en le combattanten queue qu’en tête ; il faut aussi les per-suader que le maintien de l’ordre est le seulmoyen de sauver une troupe inquiétée dansune marche rétrograde. C’est surtout dansces occasions que l’on peut apprécier lesavantages d’une forte discipline, qui seradans tous les temps le meilleur garant dumaintien de l’ordre ; mais pour exiger de ladiscipline , il importe d’assurer les subsis-
(1) Les qualités qui distinguent un bon générald’arrière-garde ne sont pas communes, dans lesarmées méridionales surtout. Le maréchal Ney étaitle type de ce que l’on pouvait désirer de plus par—
tances , afin d’éviter que les troupes se dé-bandent en maraudant.
Il est bon de placer à l’arrière-garde unchef doué d’un grand sang-froid, et desofficiers d’état-major qui reconnaissent d’a-vance les points favorables où l’arrière-garde pourrait tenir pour suspendre lamarche de l’ennemi , afin d’y placer la ré-serve de l’arrière-garde avec du canon (1).On aura soin de relever successivement lestroupes échelonnées, de maniéré à ne jamaisles laisser serrer de trop près.
La cavalerie pouvant aisément gagner devitesse pour se rallier au corps de bataille,on comprend que de bonnes masses de cettearme facilitent beaucoup une retraite lenteet méthodique, et donnent aussi les moyensde bien éclairer et flanquer la route , pouréviter que JL’ennemi ne vienne à l’improvistetroubler la marche des colonnes et en cou-per une partie.
Il suffit, en général, que l’arrière-gardetienne 1 ennemi à une demi-marche du corpsde bataille; l’exposer plus loin serait hasar-deux et inutile : néanmoins, lorsqu’elle aurades défilés derrière elle, et qu’ils seront biengardés par les siens, elle pourra prolongerun peu sa sphère d’opérations et resterjusqu’à une marche de l’armée, caries dé-filés facilitent autant une retraite quand onen est maître, qu’ils la rendent difficile lors-que l’ennemi s’en est emparé. Si l’arméeest très-nombreuse et l’arrière-garde forteà proportion, alors elle peut bien demeurerjusqu’à une marche en arrière : cela dépendde sa force, de la nature du pays, et del’ennemi auquel on a affaire. Si celui-cidevenait trop pressant, il importerait de nepas se laisser serrer de trop près, surtout sil’armée était encore en assez bon ordre : ilconvient, dans ce cas, de s’arrêter de temps
fait en ce genre : l’armée russe est favorisée sousce rapport, car l’esprit général de ses troupes estpartagé nécessairement par les chefs.