CHAPITRE V.
— ART. XXXV11I.
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a autre, et de tomber à l’improviste. sur lesavant-gardes ennemies, comme l’arcliiducCharles le fit en 1796 à Néresheim , Moreauà Biberach et Kléber à Ukerath. Une tellemanœuvre réussit presque toujours par lasurprise que ce retour offensif cause dansune troupe qui ne s’attend qu’à recueillirdes trophées faciles.
Les passages de rivières en retraite offrentaussi des combinaisons qui ne sont pas sansintérêt : si c’est une petite rivière avec desponts permanents, ce n’est qu’un passagede défilé ordinaire , mais si c’est un fleuvequ’on doive franchir sur des ponts de ba-teaux , c’est une manœuvre plus délicate.Toutes les précautions que l’on peut pre-scrire se bornent cà faire prendre les devantsaux parcs pour ne pas en être encombré :cette mesure indique assez qu’il est conve-nable que l’armée fasse halte à une demi-marche au moins de la rivière. Dans ce cas,il sera bon aussi que l’arrière-garde setienne un peu plus loin du corps de batailleque de coutume, en tant que les localités dupays et les forces respectives ne s’y oppose-raient point. Par ce moyen, l’armée aura letemps de filer sans être serrée de trop près ;il faudra seulement combiner la marche del’arrière-garde de manière à ce qu’elle soiten position en avant des ponts , Lorsque lesdernières troupes du corps de bataille effec-tueront leur passage. Ce moment décisifparaîtra sans doute convenable pour releverl’arrière-garde par un corps frais , qu’ondisposerait à l’avance sur un terrain bienreconnu. Alors l’arrière-garde traverserales intervalles de ce corps pour passer larivière avant lui, et l’ennemi, étonné detrouver des troupes fraîches et disposées àles bien accueillir, ne tentera pas de les pous-ser : on gagnera ainsi la nuit sans échec, etla nouvelle arrière-garde pourra à son tourpasser et rompre les ponts.
Il est entendu que les troupes, à mesurede leur passage, doivent se former à l’issuedes ponts, et placer leurs batteries de ma-nière à protéger les corps restés pour tenirtête à l’ennemi.
Les dangers d’un tel passage en retraite,et la nature des précautions qui peuvent lefaciliter, indiquent assez que le meilleurmoyen de le favoriser , serait de prendred’avance ses mesures pour construire unetête de pont retranchée sur le point où l’onaurait jeté les ponts. Dans le cas où le tempsne permettrait pas d’en élever une régulière,on pourra du moins y suppléer par quelquesredoutes bien armées, qui seront d’unegrande utilité pour protéger la retraite desdernières troupes.
Si un passage de grande rivière offre tantde chances délicates lorsqu’on est suivi enqueue par l’ennemi, c’est une affaire bienplus scabreuse encore quand l’armée setrouve assaillie à la fois en tête et en queue,et que la rivière à franchir est gardée par uncorps imposant.
Le passage doublement célèbre de la Bé-rézina par les Français , est un des exemplesles plus remarquables d’une pareille opé-ration : jamais armée ne se trouva dans unesituation plus désespérée et ne s’en tira plusglorieusement et plus habilement. Presséepar la famine, abîmée par le froid, éloignéede B00 lieues de sa base, assaillie en tête eten queue sur les bords d’une rivière maré cageuse et au milieu de vastes forêts, com-ment espérer qu’elle pût en échapper ? Sansdoute, elle paya cher cet honneur ; sansdoute, la faute de l’amiralTschitcliakoff con-tribua puissamment à la tirer d’embarras ;mais l’armée n’en fit pas moins des effortshéroïques auxquels on doit rendre hom-mage. On ne sait ce qu’il faut admirer leplus , du plan d’opérations qui amena lesarmées russes du fond de la Moldavie , deMoscou et de Polotsk , sur la Bérézina, commeà un rendez-vous de paix , plan qui faillitamener la capture de leur redoutable ad-