CHAPITRE V. — ART. XL.
179
Dans l’hiver de 1807, Napoléon cantonnason armée derrière la Passarge en face del’ennemi ; les avant-gardes seules furentcampées dans des baraques à proximitédes villes de Gutstadt, Osterode, etc. Cettearmée dépassait 120,000 hommes, et il fal-lut beaucoup d’habileté pour la mainteniret la nourrir dans cette position jusqu’aumois de juin. Le pays prêtait, il est vrai, àce système, et l’on n’en trouve pas partoutd’aussi convenable.
Une armée de 100,000 hommes peut trou-ver des quartiers d’hiver serrés dans lespays où les villes abondent, et dont nousavons parlé plus haut. Quand l’armée est
plus nombreuse, la difficulté s’accroît ; tou-tefois, il est vrai que si l’étendue des quar-tiers s’augmente à mesure de la force nu-mérique, il faut avouer aussi que les moyensde résistance à opposer à une irruption en-nemie s’accroissent dans la même progres-sion : l’essentiel est de pouvoir réunir 50 à60,000 hommes en 24 heures; avec cetteforce et la certitude de la voir encore aug-menter successivement, on peut résisterjusqu’au rassemblement de l’armée, quel-que nombreuse qu’elle soit.
Malgré cela, il faut convenir, qu’il seratoujours délicat de cantonner lorsque l’en-nemi, restant réuni, voudrait y mettre ob-stacle, et on doit en conclure, que le seulmoyen assuré de reposer une armée durantl’hiver, ou au milieu d’une campagne, c’estde lui donner des quartiers garantis parun fleuve ou par un armistice.
Dans les positions stratégiques qu’une ar-mée prend dans le courant de la campagne ,soit en marche, soit pour rester en observa-tion, ou pour attendre l’occasion de ressai-sir l’offensive, elle occupera probablementaussi des cantonnements serrés : ces sortesde positions exigent, de la part du généralun calcul exercé, pour juger tout ce qu’ilpeut avoir à redouter de l’ennemi. L’arméedoit embrasser un espace suffisant pour ytrouver des moyens d’existence, et cepen-
dant elle doit demeurer, aussi bien que pos-sible, en mesure de recevoir l’ennemi s’il seprésentait : deux conditions assez difficilesà concilier. Il n’y a pas de meilleur moyenque de placer ses divisions sur un espace àpeu près carré, c’est-à-dire, aussi étenduen profondeur qu’en largeur, de manièrequ’en cas d’événement, on puisse réunir l’ar-mée sur tout point de l’échiquier où l’en-nemi viendrait l’inquiéter. Neuf divisions,placées ainsi à une demi-marche l’une del’autre, peuvent en douze heures être réu-nies sur celle du centre. On doit, du reste,pratiquer en pareil cas tout ce qui est re-commandé pour les quartiers d’hiver.
ARTICLE SL.
Des descentes.
Les descentes sont une des opérations dela guerre qui se voient le plus rarement, etqu’on peut ranger au nombre des plus diffi-ciles, lorsqu’elles ont lieu en présence d’unennemi bien préparé.
Depuis l’invention de l’artillerie et leschangements qu’elle a dû produire dans lamarine , les vaisseaux de transport sonttrop subordonnés aux colosses à trois pontsarmés de cent foudres de guerre , pourqu’une armée puisse effectuer des des-centes 6ans le secours d’une flotte nom-breuse de vaisseaux de haut bord, quitienne la mer, du moins jusqu’au momentdu débarquement.
Avant cette invention, les vaisseaux detransport étaient à la fois des vaisseaux deguerre; ils allaient au besoin à la rame,étaient légers et pouvaient longer les côtes ;leur nombre était proportionné aux troupesà embarquer ; et, à part la chance des tem-pêtes , on pouvait presque combiner lesopérations d’une flotte comme celles d’unearmée de terre. Aussi Thisloire ancienne