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CHAPITRE VI. — ART. XLï.
former de bons plans, sera incontestable-ment de faciliter l’exécution de ses ordrespar la manière lucide dont il les rédigera.Quoique ce soit, au fond, la besogne de sonchef d’état-major, ce sera toujours du com-mandant en chef qu’émanera le mérite deses dispositions s’il est un grand capitaine ;en cas contraire, le chef d’état-major y sup-pléera autant qu’il sera en son pouvoir,en se concertant bien avec le chef respon-sable.
J’ai vu employer par moi-même deuxsystèmes fort opposés pour cette brancheimportante du service : le premier, que l’onpeut nommer la vieille école, consiste àdonner chaque jour, pour les mouvementsde l’armée, des dispositions générales rem-plies de détails minutieux et en quelquesorte scolastiques, d’autant plus déplacésqu’ils sont ordinairement adressés à deschefs de corps assez expérimentés pourqu’on ne les mène pas a la lisiere commedes sous-lieutenants sortant de 1 ecole.
L’autre système est celui des ordres iso-lés, donnés par Napoléon à ses maréchaux,ne prescrivant à chacun d’eux que ce quile concernait particulièrement, et se bor-nant tout au plus à leur donner connais-sance des corps destinés à opérer en com-mun avec eux, soit à droite, soit à gauche,mais ne leur traçant jamais l’ensemble desopérations de l’armée entière (1). J’ai eulieu de me convaincre qu’il en agissait ainsipar système, soit pour couvrir l’ensemblede ses combinaisans d’un voile mystérieux,soit dans la crainte que des ordres plus gé-néraux venant à tomber entre les mains de
(1) Je crois qu’au passage du Danube avant JVa-gram et au début de la seconde campagne de 1813,Napoléon dévia de son habitude en traçant un or-dre général.
(2) On me reprochera peut-être d’interdire iciaux chefs de l’état-major général, ces mêmes dé-tails que je place plus haut au nombre de leurs plusimportants devoirs ; ce qui serait injuste. Ces dé-tails sont, en effet, du ressort de l’état-major, ce
l’ennemi, n’aidassent celui-ci à déjouer sesprojets.
Sans doute, il est fort avantageux de te-nir ses entreprises secrètes, et Frédéric le Grand disait avec raison que, si son bonnetde nuit savait ce qu’il avait en tête, il lejetterait au feu. Ce secret pouvait être pra-ticable du temps où Frédéric campait avectoute son armée blottie autour de lui ; maissur l’échelle où Napoléon manœuvrait, etavec la manière de faire la guerre aujour-d’hui, quel ensemble espérer de la part degénéraux qui ignoraient absolument ce quise passe autour d’eux?
De ces deux systèmes, le dernier me pa-raît préférable ; toutefois on pourrait adop-ter un terme moyen entre le laconisme sou-vent outré de Napoléon et le verbiageminutieux qui prescrivait à des générauxexpérimentés tels que Barclay, Kleist , Witt-genstein, la manière dont ils devaient rom-pre par pelotons et se reformer en arrivantà leurs positions ; puérilité d’autant plus fâ-cheuse qu’elle devenait inexécutable en facede l’ennemi (2). Il suffirait, selon moi, dedonner aux généraux des ordres particu-liers pour ce qui concerne leurs corps d’ar-mée, et d’y joindre quelques lignes chiffréespour leur indiquer, en peu de mots, l’en-semble de l’opération et la part qui leur estréservée. A défaut de ce chiffre, on con-fiera l’ordre verbal à un officier capable dele bien concevoir et de le rendre exacte-ment. Les indiscrets ne seraient plus àcraindre et l’ensemble dans les opérationsserait assuré.
Quoi qu’il en soit, la rédaction de ces
qui ne veut pas dire que le major-général, nepuisse les confier au délégué qu’il a dans chacundes corps d’armée marchant isolément. Il auraassez à faire à diriger l’ensemble et à veiller par-ticulièrement sur les marches du corps de ba-taille qui accompagne ordinairement le quartier-général de l’armée. On voit donc qu’il n’y a aucunecontradiction.