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CHAPITRE VI.
dispositions est en elle-même une chose fortimportante, bien qu’elle ne remplisse pastoujours ce qu’on serait en droit d’en atten-dre : chacun rédige ses instructions selonses vues, son caractère, sa capacité, et uenne saurait mieux signaler le degré de méritédes chefs d’une armée, que la lecture atten-tive des dispositions qu’ils ont données aleurs lieutenants : c’est la meilleure biogra-phie qu’on puisse désirer.
Mais il est temps de quitter cette digres-sion pour en venir à l’article des marches ;
g 0 L’armée étant rassemblée et voulantse porter à une entreprise quelconque, ils’agira de la mettre en mouvement avectout l’ensemble et la précision possibles ,en prenant toutes les mesures d’usages pourl’éclairer et la couvrir dans ses mouvements.
Il est deux sortes de marches : celles quise font hors de vue de l’ennemi, et cellesqui ont lieu en sa présence, lorsqu’il s’agitde se retirer ou de l’attaquer. Ces marchessurtout ont subi de grands changementsdans les dernières campagnes. Jadis les ar-mées ne s’abordaient guère qu’après avoirété plusieurs jours en présence; alors l’at-taquant faisait ouvrir, par des pionniers,des chemins parallèles pour les diversescolonnes. Aujourd’hui on s’aborde pluspromptement et Ton se contente des che-mins existants. Toutefois il est essentiel,lorsqu’une armée est en marche, que despionniers et des sapeurs suivent les avant-gardes, pour multiplier les issues, aplanirles difficultés, jeter au besoin de petits pontssur les ruisseaux, et assurer de fréquentescommunications entre les divers corpsd’armée.
Dans la manière actuelle de marcher lecalcul du temps et des distances est devenuplus compliqué; les colonnes d’u ne annéeayant toutes des espaces différents à parcou-rt) Napoléon ne le faisait jamais parce qu’il pré-tendait qu’on ne devait jamais croire d’avance à lapossibilité d’être battu. Dans bien des marches
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rir, il faut savoir combiner le moment deleur départ et leurs instructions : 1° avecles distances qu’elles ont à franchir ; 2“avec le matériel plus ou moins considérableque chacune traînera à 6a suite; 3“ avecla nature du pays plus ou moins difficile ;
4° avec les rapports qu’on a sur les obstaclesque l’ennemi peut leur opposer; 8° avec ledegré d’importance qu’il y aurait à ce queleur marche fût cachée ou découverte.
Dans cet état de choses, le moyen qui pa-raît le plus sûr et le plus simple pour ordon-ner les mouvements, soit aux grands corpsformant les ailes de l’armée, soit à tous ceuxqui ne marcheraient pas avec la colonne oùse trouve le quartier général, sera de s’enrapporter pour les détails à l’expérience desgénéraux commandant ces corps , en ayantsoin de les habituer à une grande ponctua-lité. Alors il suffira de leur indiquer le pointet le but qu’ils doivent chercher à atteindre,la route qu’ils doivent prendre, et l’heureà laquelle on compte qu’ils arriveront enposition. Bien entendu qu’on doit leurfaire connaître les corps qui marcheraient,soit avec eux, soit sur les routes latéralesde droite et de gauche , pour qu’ils puis-sent se régler en conséquence; enfin, onleur dira ce qu’on saurait d’intéressant surla présence de l’ennemi, et on leur indi-quera une direction de retraite s’ils y étaientforcés (1).
Tous les détails qui tendraient à prescrirechaque jour, aux chefs de ces corps, lamanière de former leurs colonnes et de lesremettre en position, sont du pédantism»'plus nuisible qu’utile. Tenir la main à cequ’ils marchent habituellement selon lesrèglements ou usages adoptés, c’est chosenécessaire ; mais il faut leur laisser la lati-tude d’organiser leurs mouvements de ma-nière à arriver à l’heure et au point indi-
c’est, en effet, une précaution inutile, mais enbeaucoup de cas, elle est indispensable.