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CHAPITRE VI. — ART. XLL
Heureusement, Napoléon averti en 24heures du passage de l’Inn , par le télégra-phe, arriva comme l’éclair à Abensberg , aumoment où Davoust allait se trouver investi
et l’armée scindée ou morcelée par une
masse de 180,000 ennemis. On sait par quelprodige il la rallia et triompha dans les cinqjournées glorieuses d’Abensberg, de Siegen-bourg, de Landshut , d’Eckmuhl et de Ra-tisbonne , qui réparèrent les fautes de lapitoyable logistique de son chef d’état-
major.
Nous terminerons ces citations par lesévénements qui précédèrent et accompagnè-rent le passage du Danube avant Wagram ;les mesures pour faire arriver à pointnommé dans l’ile de Lobau, le corps du vice-mi d’Italie venant de la Hongrie , celui deMarmont venant de la Styrie , et celui deBernadotte venant de Lin*, sont moinsétonnantes encore que le fameux arrêté oudecret impérial en 31 articles , qui réglaitles details du passage et de la formationdans les pl aines d’Enzersdorf, en présence de140,000 Autrichiens et de 800 pièces de ca-non , comme s’il se fût agi d’une fête militaire.Toutes ces masses se trouvant réunies dansl’ile, le 4 juillet au soir, trois ponts sont jetésen un clin d’œil sur un bras du Danube de70 toises, par la nuit la plus obscure et aumilieu de torrents de pluie ; 150,000 hom-mes y défilent en présence d’un ennemi re-doutable, et sont formés avant midi dans la
plaine, à une lieue en avant des ponts qu ifcouvrent par un changement de front ; htout en moins de temps qu’il n’en eût fallipour le faire dans une manœuvre d’instruction repétée à plusieurs reprises. A la verité, l’ennemi avait résolu de ne disputer lipassage que faiblement, mais on l’ignorait, et le mérite des dispositions n’en espas moins manifeste.
Cependant, par une bizarrerie des phextraordinaires , le major-général ne s’étspoint aperçu, en expédiant dix ampliatioidu fameux décret, que par méprise le po
du centre avait été assigné à Davoust, bienqu’il dût former l’aile droite ; tandis que lepont de droite avait été assigné à Oudinot,qui devait former le centre. Ces deux corpsse croisèrent ainsi durant la nuit, et sansl’intelligence des régiments et de leurs chefs,le plus horrible désordre aurait pu s’intro-duire. Grâce à l’inaction de l’ennemi, onen fut quitte pour quelques détachementsqui suivirent le corps auquel ils n’apparte-naient pas : ce qu’il y eut de plus éton-nant, c’est qu’après une pareille équipée,Bertliier put être décoré du titre de princede Wagram ; c’était la plus sanglante desépigrammes.
Sans doute, l’erreur était échappée àNapoléen dans la dictée de son décret :mais un chef d’état-major, expédiant vingtcopies de cet ordre, et chargé d’office deveiller à la formation des troupes, ne devait-il pas s’apercevoir d’une telle méprise?
Un autre exemple non moins extraordi-naire de l’importance des mesures de bonnelogistique, fut donné à la bataille de Leip zig . En recevant cette bataille, adossé à undéfilé comme celui de Leipzig , et à desprairies boisées, coupées de petites rivièreset de jardins, il eût été important de jetergrand nombre de petits ponts, d’ouvrir desabords pour y arriver, et de jalonner ceschemins ; cela n’eût pas empêché la perted’une bataille décisive, mais on eût sauvébon nombre d’hommes, de canons et decaissons, qui furent abandonnés faute d’or-dre et d’issues pour se retirer. L’explosioninconcevable du pont de Lindenau fut éga-lement le résultat d’une insouciance impar-donnable de l’état-major, qui, du reste,n’existait plus que de nom dans l’armée,grâces à la manière dont Berthier le compo-sait et le traitait. D’ailleurs, il faut en con-venir, Napoléon , qui entendait parfaitementla logistique pour organiser une irruption,n’avait jamais songé à une mesure de pré-caution pour le cas d’une défaite, et quandil était présent, chacun se reposait sur l’em-