CHAPITRE VI. — ART'. XLII.
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Un essai d’une autre nature fut tenté en1794 à la bataille de Fleurus , où le généralJourdan se servit d’un aérostat pour recon-naître et signaler les mouvements des Autri-chiens. Jene sais s’il eut lieu de s’applaudirde cet essai, qui ne fut plus renouvelé, bienqu’on ait prétendu dans le temps qu il avaitconcouru à la victoire, ce dont je doutefort. Il est probable que la difficulté d avoirun aérostat tout prêt à faire son ascensionau moment où cela serait opportun, cellede bien observer ce qui se passe ici-basquand on est ainsi aventuré dans les airs,et l’instabilité des vents , ont pu faire re-noncer à ce moyen. En maintenant le ballonà une élévation peu considérable, en y pla-çant un officier capable de bien juger les mou-vements de l’ennemi, et en perfectionnantle petit nombre de signaux qu’il faudrait enattendre, il est des circonstances où l’on entirerait peut-être quelque fruit. Toutefois,la fumée du canon, la difficulté de distin-guer à quel parti appartiennent les colonnesqu’on voit se mouvoir comme des troupesde Liliputiens, rendront toujours ces rap-ports fort incertains : un aéronaute eût été,par exemple , assez embarrassé de décider,à la bataille de Waterloo , si c’était Grouchy ou Bliicher qui arrivait par Saint-Lambert :mais dans les cas où les armées sont moinsmêlées et plus distinctes, il semble que l’onpourrait utiliser quelquefois ce moyen. Cequ’il y a de sûr , c’est que je me suis con-vaincu sur le clocher de Gautsch , à la ba-taille de Leipzig , du fruit que l’on peut tirerd’une pareille observation ; et l’aide decamp du prince de Schwartzenberg que j’yconduisis , ne saurait nier que ce furentbien mes sollicitations qui décidèrent leprince à sortir du gouffre entre la Pleisse et1 Elster. Sans doute, ou est plus a son aises ür un clocher que dans une frele nacelleaérienne, mais on ne trouve pas partout desclochers situés de manière à pouvoir planersurtout le champ de bataille, et on ne lestransporte pas à volonté. Ce serait, du reste,
à MM. Green ou Garnerin ù nous dire com-ment on voit les objets à S ou 600 pieds d’é-lévation perpendiculaire.
Il est une espèce de signaux plus solides,ce sont ceux qu’on donne par de grandsfeux allumés sur les points élevés d’unecontrée : avant l’invention du télégraphe,ils avaient le mérite de pouvoir porter rapi-dement la nouvelle d’une invasion, d’unbout du pays à l’autre. Les Suisses s’en ser-vaient pour appeler les milices aux armes.On en fait aussi quelquefois usage pourdonner l’alarme aux cantonnements d’hiver,afin de les rassembler plus promptement :ils peuvent d’autant mieux servir à cet effet,qu’il suffit de deux ou trois variantes dansle signal pour indiquer aux corps d’arméede quel côté l’ennemi menace les quartiersplus sérieusement, et sur quel point ils doi-vent effectuer leur rassemblement. Par lamême raison, ces signaux peuvent convenirsur les côtes, contre les descentes.
Enfin, il est une dernière espèce de si-gnaux , ceux que l’on donne aux troupespendant l’action à l’aide des instrumentsmilitaires ; comme ils ne touchent pas di-rectement au sujet que nous traitons, je mebornerai a observer qu’on les a perfection-nés dans l’armée russe plus que partoutailleurs. Mais, tout en reconnaissant dequelle importance il serait de trouver unmoyen sûr d’imprimer un mouvement spon-tané et simultané à une masse de troupesd’après la volonté subite de son chef, il fautavouer que ce sera encore longtemps unproblème difficile à résoudre : et à part lecas d’un hourra général, imprimé à touteune ligne par le pas de chargé répété deproche en proche , il sera toujours difficiled’appliquer les signaux par instruments, àd’autre usage qu’aux tirailleurs même ceshourras généraux et spontanés sont-ils plutôtl’effet d’un élan des troupes que le résultatd’un ordre : je n’en ai vu que deux exem-ples dans treize campagnes.