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CHAPITRE VII.—ART. XLIII.
CHAPITRE VII.
DE LA FORMATION DES TROUPES
POUR ALLER AU COMBAT (1)
ET DE L’EMPLOI PARTICULIER OU COMBINÉDES TROIS ARMES.
Deux articles essentiels de la tactique desbatailles nous restent à examiner : l’un estla manière de disposer les troupes pour lesconduire au combat, l’autre est l’emploi desdifférentes armes. Bien que ees objets ap-partiennent à la logistique et à la tactiquesecondaire, il faut avouer cependant qu’ilsforment une des principales combinaisonsd’un général en chef lorsqu’il s’agit de li-vrer bataille ; dès lors ils entrent nécessai-rement dans le plan que nous nous sommesproposé.
Ici les doctrines deviennent moins fixes,et l’on retombe forcément dans le champdes systèmes : aussi n’est-ce pas sans eton-neraent que nous avons vu tout récemmentun des écrivains modernes les plus célèbres,prétendre que la tactique est fixée, mais quela stratégie ne l’est pas, tandis que c’estprécisément le contraire.
La stratégie se compose de lignes géogra-phiques invariables , dont l’importance re-lative se calcule d’après la situation desforces ennemies , situation qui ne peut ja-mais amener qu’un petit nombre de varia-tions, puisque les forces ennemies se trou-veront divisées ou rassemblées , soit sur lecentre, soit sur une des deux extrémités.Rien de plus possible que de soumettre deséléments si simples à des règles dérivant duprincipe fondamental de la guerre, et tousles efforts d’écrivains méticuleux pour em-brouiller la science en voulant la rendre
(1) Tout ce qui concerne les formations appar-tient plutôt à la logistique qu’à la tactique ; mais j’aicru que ce chapitre, rédigé ainsi depuis sept ans ,
trop abstraite et trop exacte ne sauraientfaire naître un doute à ce sujet. Il en est demême des combinaisons des ordres de ba-tailles , qui peuvent être soumises à desmaximes également rapportées au principegénéral. Mais les moyens d’exécution, c’est-à-dire, la tactique proprement dite, dépen-dent de tant de circonstances , qu’il est im-possible de donner des règles de conduitepour les cas innombrables qui peuvent seprésenter. Pour s’en assurer, il suffit de lireles ouvrages qui se succèdent tous les jourssur ces parties de l’art militaire sans qu’au-cun puisse s’accorder ; et si l’on met en pré-sence deux généraux distingués de cava-lerie ou d’infanterie , il est bien rare qu’ilsparviennent à s’entendre parfaitement surla méthode la plus convenable pour exécu-ter une attaque. Ajoutons à cela l’énormedifférence qui existe dans les talents deschefs, dans leur énergie, dans le moral destroupes, et nous serons convaincus que latactique d’exécution sera éternellement ré-duite à des systèmes contradictoires, et quece sera beaucoup si l’on parvient à poserquelques maximes régulatrices, qui empê-chent les fausses doctrines de s’introduiredans les systèmes qu’on adoptera.
ARTICLE XMII.
Du placement des troupes dans la ligne debataille.
Après avoir défini, à l’article 80 , ce quel’on doit entendre par la ligne de bataille,il convient de dire de quelle manière ellesse forment, et comment les différentestroupes doivent y être réparties.
Avant la révolution française , toute l’in-fanterie , formée par régiments et brigades,
pouvait bien rester tel qu’il était, car la formationdépend de l’emploi, et l’emploi dépend aussi unpeu de la formation la plus familière à une armée.