CHAPITRE VII. — ART. XLIII.
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se trouvait réunie en un seul corps de ba-taille, subdivisé en première et secondelignes qui avaient chacune leur aile droiteet leur aile gauche. La cavalerie se plaçaitordinairement sur les deux ailes, et l’artil-lerie , encore très-lourde à cette epoque ,était répartie sur le front de chaque ligne(on traînait du canon de 16, et il n y avaitpas d’artillerie à cheval). Alors l’armée,campant toujours réunie, se mettait enmarche par lignes ou par ailes, et commeil y avait deux ailes de cavalerie et deuxd’infanterie, si l’on marchait par ailes,on formait ainsi, quatre colonnes. Quandon marchait par lignes, ce qui conve-nait surtout dans les marches de flanc,alors on ne formait que deux colonnes,à moins que, par des circonstances locales,la cavalerie ou une partie de l’infanterieeussent campé en troisième ligne, ce quiétait rare.
Cette méthode simplifiait la logistique,puisque toute la disposition consistait à dire :« On marchera dans telle direction , par» lignes ou par ailes, par la droite ou> par la gauche. » On sortait rarementde cette monotone, mais simple forma-tion , et dans l’esprit du système de guerrequ’on suivait, c’était ce qu’il y avait demieux à faire.
Les Français voulurent essayer à Minden une disposition logistique différente, enformant autant de colonnes que de brigades,et en ouvrant des chemins pour les conduirede front sur une ligne déterminée qu’ellesne purent jamais former (1).
Si le travail de l’état-major était facilitépar ce mode de camper et de marcher parlignes , il faut convenir qu’appliqué à unearmée de 100 ou 130,000 hommes , ce sys-tème produirait des colonnes sans fin, etqu’on aurait souvent des déroutes comme àRosbach (2).
La révolution française amena le système
(1) Chap. XV du Traité des grandes opérations.
des divisions , qui rompit la trop grandeunité de l’ancienne formation, et donna desfractions capables de se mouvoir pour leurpropre compte sur toute espèce de terrain,ce qui fut un bien réel, quoique l’on tombâtpeut-être d’un extrême dans un autre, enrevenant presque à l’organisation légion-naire des Romains. Ces divisions, compo-sées ordinairement d’infanterie, d’artillerieet de cavalerie , manœuvraient et combat-taient séparément ; soit qu’on les étendîtoutre mesure pour les faire vivre sans ma-gasins, soit qu’on eût la manie de prolongersa ligne dans l’espoir de déborder celle del’ennemi, on vit souvent les sept ou huit di-visions dont une armée se composait, mar-cher de front sur autant de routes à quatreou cinq lieues l’une de l’autre ; le quartiergénéral se plaçait au centre, sans autre ré-serve que cinq ou six minces régiments decavalerie de & à -400 chevaux ; en sorte quesi l’ennemi venait à réunir le gros de sesforces sur une de ses divisions et à la battre,la ligne se trouvait percée, et le général enchef, n’ayant aucune réserve d’infanteriesous la main, ne voyait d’autre ressourceque de se mettre en retraite pour rallier sesforces morcelées.
Bonaparte, dans sa première guerre d’I-talie , remédia à cet inconvénient, tant parla mobilité et la rapidité de ses manœuvres,qu’en réunissant toujours le gros de ses di-visions sur le point où le coup décisif devaitse porter.
Lorsqu’il se fut placé à la tête de l’État,et qu’il vit chaque jour agrandir la sphèrede ses moyens et celle de ses projets, Napo léon comprit qu’une organisation plus forteétait nécessaire ; il prit donc un termemoyen entre l’ancien système et le nouveau,tout en conservant l’avantage de l’organisa-tion divisionnaire. Il forma, dès la campa-gne de 1800 , des corps de deux ou troisdivisions , qu’il plaça sous des lieutenants-
(2) Chap. IV du Traité des grandes opérations.