CHAPITRE VII. — ART. XL1V.
205
sion de son attaque et semer le trouble dansses colonnes ;
5° Dans le même cas de défensive, il sem-blerait convenable, qu’à part la reserve,l’artillerie fût également distribuée sur toutela ligne, puisqu’on a un égal intérêt à re-pousser l’ennemi sur tous les points : celan’est cependant pas rigoureusement vrai,car ,1a nature du terrain et les projets évi-dents de l’ennemi pourraient nécessiter deporter le gros de l’artillerie sur une aile ousur le centre ;
6° Dans l’offensive, il peut être égalementavantageux de concentrer une très-fortemasse d’artillerie sur un point où l’on vou-drait porter un effort décisif, afin d’y faire,dans la ligne ennemie, une brèche quifaciliterait la grande attaque d’où dépen-drait le succès de la bataille.
N’ayant d’ailleurs à traiter ici que de larépartition de l’artillerie, nous parleronsplus tard de son emploi dans les combats.
ABTICLE XI.IV.
De la formation et de l’emploi de l’infanterie.
L’infanterie est, sans contredit, l’arme laplus importante, puisqu’elle forme les qua-tre cinquièmes d’une armée , que c’est ellequi enlève les positions ou qui les défend.Mais si l’on doit reconnaître qu’après le ta-lent du général elle est le premier instru-ment de victoire, il faut avouer aussi qu’elletrouve un puissant appui dans la cavalerieet l’artillerie, et que, sans leur secours, ellese verrait souvent fort compromise, et nepourrait remporter que des demi-succès.
Nous n’évoquerons pas ici les vieilles dis-putes sur l’ordre mince et l’ordre profond,bien que la question, qu’on croyait décidée,soit loin d’être épuisée et placée sous unpoint de vue qui permette de la résoudre■du moins par des exemples et des probabi-lités. La guerre d’Espagne et la bataille de
Waterloo ont renouvelé les controverses'relatives à l’avantage du feu ou de l’ordremince, sur l’impulsion des colonnes d’atta-que ou de l’ordre profond ; nous dirons plusloin ce que nous en pensons.
Cependant il ne faut pas s’y méprendre ;il ne s’agit plus aujourd’hui de disputer siLloyd avait raison de vouloir donner à l’in-fanterie un quatrième rang armé de piques,afin d’offrir plus de choc en allant à l’en-nemi, ou plus de résistance en recevant sonattaque ; chaque militaire expérimenté con-vient, de nos jours , qu’on a déjà assez depeine à mouvoir avec ordre des bataillonsdéployés sur trois rangs emboîtés, et qu’unquatrième rang ajouterait à cet embarrassans ajouter la moindre chose à la force. Ilest étonnant que Lloyd, qui avait fait laguerre, ait tant insisté sur cette force ma-térielle ; car on s’aborde bien rarement aupoint que cette supériorité mécanique puisseêtre mise à l’épreuve ; et si trois rangs tour-nent le dos, ce n’est pas le quatrième quiles retiendra. Cette augmentation d’un rangdiminue, dans la défensive, le front et lefeu ; tandis que dans l’offensive elle est loind’offrir la mobilité et l’impulsion qui sontles avantages des colonnes d’attaque. Onpeut affirmer même qu’elle diminuera cetteimpulsion , car, il est plus difficile de fairemarcher 800 hommes en bataille sur quatrerangs pleins, que sur trois , bien qu’il y aitun quart de moins dans l’étendue du front ;la difficulté de l’emboîtement des deux rangsdu milieu compense amplement cette légèredifférence.
Lloyd n’a pas été beaucoup mieux inspirédans le choix du moyen qu’il propose pourdiminuer l’inconvénient du rétrécissementdu front ; il est tellement absurde, qu’on neconçoit pas qu’un homme de génie ait pul’imaginer. Il veut déployer 20 bataillons, enlaissant entre chacun d’eux 75 toises, c’est-à-dire, un intervalle égal à leur front; onpeut penser ce que deviendront ces batail-lons tous désunis et isolés à une pareille