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CHAPITRE VII. - ART. XL1V.
distance, laissant entre eux vingt lacunesoù la cavalerie pourrait pénétrer en fortescolonnes, les prendre en flanc et les balayercomme la poussière au vent.
La question, avons-nons dit, ne consisteplus à discuter sur l’augmentation du nom-bre des rangs d’une ligne, mais seulementà décider si elle doit être composée de ba-taillons déployés, n’agissant que par le feu,ou bien de colonnes d’attaque formées cha-cune d’un bataillon ployé sur les deux pelo-tons du centre, et n’agissant que parleurimpulsion et leur impétuosité. Plusieurs écri-vains modernes ont traité ces matières avecsagacité, sans qu’aucun d’eux soit parvenuà rien présenter de concluant, parce qu’entactique tout est bien plus subordonné auxévénements imprévus, aux inspirations sou-dâmes, au moral et aux individualités. Gui-bert fut le plus éloquent prêneur de l’ordremince et des feux, et cent victoires des der-nières guerres lui ont donné cent démentis.Les marquis de Chambray et de Ternay ontabordé les mêmes questionset ont faitnaître des doutes sans les résoudre. Le coursde tactique du dernier présente néanmoins,pour les ordres de bataille surtout, des dé-veloppements précieux, non pour en for-muler des règles absolues, mais pour sefamiliariser avec les différentes combinai-sons qui peuvent en résulter : c’est là toutle fruit qu’on peut se promettre d’un ouvragede tactique (1).
Le général Okouneff, dans son examenraisonné des trois armes, n’a pas montremoins de pénétration, ni obtenu moins desuccès. Peut-être n’a-t-il pas été assez con-cluant et a-t-il laissé planer encore quelqueincertitude sur la solution du problème. Demême que ses devanciers, il n’a point re-cherché si les colonnes françaises, repous-sées par le feu des Anglais déployés, n’étaient
(1) Le major prussien Decker a écrit, en alle mand , un ouvrage également bon à consulter, sousle titre de Tactique de* trois armes; mais il pré-
pas des masses par trop profondes, au lieud’être simplement des colonnes d’un seulbataillon, comme celles dont nous venonsde faire mention, ce qui constituera unedifférence capitale.
Je vais résumer les points de vue que laquestion présente.
Il n’existe, au fait, que cinq manières deformer les troupes pour aller à l’ennemi :
1° En tirailleurs ;
2° En lignes déployées, soit contiguës,soit en échiquier ;
S° En lignes de bataillons ployés sur lecentre de chaque bataillon ;
■4° En masses profondes ;
5° En petits carrés.
Les tirailleurs sont un accessoire, car ilsne doivent que couvrir la ligne proprementdite à la faveur du terrain, protéger la mar-che des colonnes, garnir des intervalles, oudéfendre les abords d’un poste.
Ces divers modes de formation se rédui-sent ainsi à quatre systèmes : l’ordre minceou déployé sur trois rangs ; l’ordre demi-profond, formé d’une ligne de bataillons encolonnes d’attaque sur le centre, ou decarrés par bataillons ; l’ordre mixte où lesrégiments seraient en partie déployés , etpartie en colonnes ; enfin l’ordre profond,composé de grosses colonnes de bataillonsdéployés l’un derrière l’autre.
L’ordre déployé sur deux lignes, avecune réserve, était jadis généralement usité;il convient surtout à la défensive. Ces lignesdéployées peuvent être contiguës, forméesen échiquier ou en échelons.
L’ordre par lequel chaque bataillon d’uneligne se trouve formé en colonne d’attaquepar divisions sur le centre, et plus concen-tré ; c’est en quelque sorte une ligne de pe-tites colonnes (comme la fig. S de la plan-che ci-contre).
sente un système de masses trop entassées. EnErance, M. Jacquinot a donné aussi un bon coursélémentaire.