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CHAPITRE VII. — ART. XLIV.
le centre pour déployer : la première ligneallait au pas de charge sur la ligne ennemie,et arrivée à deux portées de mousqueterie,elle déployait à la course ; la compagnie devoltigeurs de chaque bataillon se répandaiten tirailleurs, les autres se formaient, puiscommençaient un feu de file nourri : la se-conde ligne de colonnes suivait la première,et les bataillons qui la composaient se lan-çaient au pas de charge par les intervallesdes compagnies qui tiraillaient. Cela se fai-sait, à la vérité, sans ennemi, et il semblaitque rien ne dût résister à ce double effet dufeu et de la colonne.
Outre ces'lignes de colonnes, il y a en-core trois autres moyens d’aller à l’attaqueen ordre demi-profond.
Le 1 er est celui des lignes mélangées debataillons déployés et de bataillons en co-lonnes sur les ailes de ceux déployés, dontnous avons parlé à la page 206. Les batail-lons déployés et les premières divisions deceux en colonne feraient feu a demi-distancede mousquet, et se jetteraient ensuite surl’ennemi.
Le 2 e est de s’avancer avec la ligne dé-ployée, et en faisant feu, jusqu’«à la demi-distance de mousqueterie, puis en lançantdes colonnes de la seconde ligne à traversles intervalles de la première.
Le S° est l’ordre échelonné mentionné àla page 148 , et à la figure 11 de la plan-che 2.
Enfin, le dernier moyen est de s’avancerentièrement en ordre déployé, par le seulascendant du feu, jusqu’à ce que 1 un desdeux partis tourne le dos, ce qui paraitpresque impraticable.
Je ne saurais affirmer lequel de ces mo-des serait le plus convenable, car, en cam-pagne, je n’ai rien vu de pareil. En effet, àla guerre, je n’ai jamais vu autre chose,dans les combats d’infanterie, que des ba-
(1) 3’aibienvu aussi de grands combats où lamoitié de l’infanterie était engagée par pelotons
taillons déployés à l’avance, qui commen-çaient par des feux de pelotons, puis enga-geaient peu à peu un feu de file; ou biendes colonnes marchant fièrement à l’en-nemi , lequel s’en allait sans attendre lechoc, ou qui repoussait ses colonnes avantl’abordage réel, soit par sa ferme conte-nance, soit par son feu, soit enfin, en pre-nant l’offensive lui-même pour aller à leurrencontre (1). Ce n’est guère que dans lesvillages, dans les défilés, que j’ai vu des mê-lées réelles d’infanterie en colonnes, dont lestètes se choquaient à la baïonnette ; en po-sition de bataille, je n’ai jamais rien vu desemblable.
Quoi qu’il en soit de toutes ces controver-ses, on ne saurait trop le redire; il paraîtabsurde de rejeter les feux de mousquete-rie, comme de renoncer aux colonnes demi-profondes , et ce serait perdre une arméeque de vouloir lui imposer un système ab-solu de tactique pour toutes les contrées, etcontre toutes les nations indistinctement.C’est moins le mode de formation que l’em-ploi bien combiné des différentes armes,qui donnera la victoire : j’en excepte nean-moins les colonnes troyi profondes que l’ondoit proscrire de toutes les théories.
Nous terminerons cette dissertation enrappelant, qu’un des points les plus essen-tiels pour conduire l’infanterie au combat,c’est de mettre ses troupes à l’abri du feud’artillerie de l’ennemi autant que faire sepeut, non en les retirant mal à propos, maisen profitant des plis de terrain ou d’autresaccidents qui se trouvent devant elles, afinde les défiler des batteries. Quand on estvenu sous le feu de mousqueterie, alors iln’y a pas à calculer sur des abris ; si l’on esten mesure d’assaillir, il faut le faire ; lesabris ne peuvent convenir, dans ce cas,qu’aux tirailleurs et aux troupes défen-sives.
de tirailleurs; mais cela rentre dans la catégoriedes baiailons engagés clans un feu de file irrégulier.