CHAPITRE VII.—ART. XLV.
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y mettre obstacle, car une cavalerie bienconduite ne saurait être coupée, lors mêmequ’elle se trouverait derrière l’ennemi. Dureste, c’est le rôle qui appartient surtout ala cavalerie irrégulière.
Dans la défensive, la cavalerie peut ega-lement obtenir d’immenses résultats , endonnant à propos contre une troupe enne-mie qui, ayant aborde la ligne, serait preteà y pénétrer, ou qui l’aurait déjà percée :elle peut, dans ce cas, rétablir les affaires,et causer la destruction d’un adversaireébranlé et désuni par ses premiers succèsmêmes ; une belle charge des Russes leprouva à Eylau et la cavalerie anglaise àWaterloo . Enfin, la cavalerie particulièredes corps d’armée fait des charges d’à-pro-pos, soit pour favoriser une attaque, soitpour profiter d’un faux moment de l’en-nemi , soit pour achever sa défaite dans unmouvement rétrograde.
Il n’est pas aussi facile de déterminer lemeilleur mode d’attaque, il dépend du butqu’on se propose et des autres circonstan-ces qui influent aussi sur le moment à choi-sir. Il n’y a que quatre manières décharger,savoir : en colonnes à distance, lignes autrot (1) en lignes au galop, enfin, à la dé-bandade : toutes peuvent être employéesavec succès. Dans la charge en muraille ouen ligne, la lance offre des avantages incon-testables; dans les mêlées, le sabre vaut peut-être mieux : de là est venue l’idée de donnerla lance au premier rang qui doit enfoncer,et le sabre au second qui doit achever par desluttes partielles. Le tiraillement avec le pis-tolet ne convient guère qu’aux avant-postes,dans une charge en fourrageurs, ou lorsquede la cavalerie légère veut harceler de l’in-fanterie et la dégarnir de son feu, afin de
(1) Lorsque je parle ici de charges en lignes,il n’y a aucune contradiction avec ce que j’ai avancéailleurs; on comprend qu’il ne s’agit pas ici degrandes lignes déployées, mais de brigades ou dedivisions tout au plus. Un corps de plusieurs divi-
favoriser une charge plus sérieuse. Pour lefeu de carabine, on ne sait vraiment à quoiil peut être bon, puisqu’il exige d’arrêtertoute la troupe, pour tirer de pied fermece qui l’exposera à une défaite certaine, sielle est abordée franchement. 11 n’y a quedes tirailleurs qui puissent faire un feu demousquet en courant.
Nous venons de dire que toutes les ma-nières de charger pouvaient être égalementbonnes. Cependant il faut bien se garder decroire que l’impétuosité soit toujours déci-sive dans un choc de cavalerie contre cava-lerie : le grand trot, au contraire, me pa-raît la meilleure allure pour les charges enligne, parce qu’ici tout dépend de l’ensem-ble, de l’à-plomb et de l’ordre, conditionsque l’on ne retrouve pas dans les chargesau grand galop. Celles-ci conviennent sur-tout contre l’artillerie, parce qu’il importeplus d’arriver vite que d’arriver en ordre.De même, avec une cavalerie armée de sa-bres, on peut se lancer au galop à 200 pascontre une ligne ennemie qui vous atten-drait de pied ferme. Mais si l’on a une ca-valerie armée de lances , le grand trot estla véritable allure, car l’avantage de cettearme dépend surtout de la conservation del’ordre : dès qu’il y a mêlée, la lance perdtoute sa valeur.
Lorsque l’ennemi vient à vous au grandtrot, il ne semble pas prudent de courir surlui au galop, car vous arriverez désuni con-tre une masse compacte et serrée, qui traver-sera vos escadrons décousus. Il n’y auraitque l’effet moral produit par l’audace appa-rente de votre charge qui pourrait vousêtre favorable; mais si l’ennemi l’apprécie àsa juste valeur, vous serez perdu, car dansl’ordre physique et naturel, le succès doit
sions se formera sur le terrain en plusieurs colonneséchelonnées, dont la tête sera pour chacune dedeux ou trois régiments, qui seront déployés pourla charge.