216
CHAPITRE VII. —ART. XLV.
être pour la masse compacte contre des ca-valiers galopant sans ensemble.
Dans les charges contre l’infanterie, lesmamelucks et les Turcs ont assez prouvél’impuissance de l’impétuosité ; là où leslanciers ou cuirassiers au trot ne pénétre-ront pas, aucune cavalerie ne percera. Cen’est que contre l’infanterie fortementébranlée, ou dont le feu manquerait d’ali-ment, que la charge impétueuse peut avoirquelque avantage sur le trot (1). Pour en-foncer de bons carrés, il faut du canon etdes lanciers, mieux encore des cuirassiersarmés de lances. Pour les charges en four-rageurs ou à la débandade, si fréquentesdans les rencontres journalières, il fautimiter les Turcs ou les Cosaques ; ce sontles meilleurs exemples qu’on puisse pren-dre : nous reviendrons sur ce sujet.
Quelque système que l’on emploie pouraller à un choc, une vérité reconnue pourtoutes les charges possibles, c’est qù’un desmeilleurs moyens de réussir est de savoirlancer à propos quelques escadrons sur lesflancs d’une ligne ennemie que l’on va as-saillir de front. Mais pour que cette ma-nœuvre obtienne un plein succès, dans lescharges de cavalerie contre cavalerie sur-tout , il faut qu'elle ne s’exécute qu’à l’in-stant où les lignes en viennent aux prises ,car une minute trop tôt ou trop tard, l’effeten serait probablement nul : aussi est-cedans ce coup d’œil précis et rapide que con-siste le plus grand mérite d’un officier decavalerie.
L’armement et l’organisation de la cava-lerie ontété l’objet de bien des controverses,
(1) M. de Wagner m’oppose l’opinion de cavaliersexpérimentés qui préfèrent le galop en carrière,commencé à 200 pas. Je sais que beaucoup de ca-valiers le pensent ainsi, mais je sais aussi que lesgénéraux les plus distingués de cette arme pen-chent pour les charges au trot. Lasalle, un desplus habiles de ces généraux, disait un jour envoyant la cavalerie ennemie accourir au galop '•« Voilà de9 gens perdus ! » et ces escadrons furent,
qu’il serait facile de réduire à quelques vé-rités. La lance est, comme on vient de ledire, la meilleure arme offensive pour unetroupe de cavaliers qui chargent en ligne,car elle atteint un ennemi qui ne saurait lesapprocher ; mais il peut être bon d’avoir unsecond rang ou une réserve armée de sa-bres, plus faciles à manier lorsqu’il y amêlée et que les rangs cessent d’être unis.Peut-être même vaudrait-il mieux encorefaire soutenir une charge de lanciers parun échelon de hussards qui, pénétrant aprèseux dans la ligne ennemie, achèveraientmieux la victoire.
La cuirasse est l’arme défensive par ex-cellence. La lance et une cuirasse de fortcuir doublé ou de buffle, me semblent lemeilleur armement de la cavalerie légère;le sabre et la cuirasse en fer celui de lagrosse cavalerie. Quelques militaires expé-rimentés penchentmêmeà armer les cuiras-siers de lances, persuadés qu’une telle cava-lerie, assez semblable aux anciens hommesd’armes, renverserait tout devant elle. Ilest certain qu’une lance leur conviendraitmieux que le mousqueton, et je ne vois pasce qui empêcherait de leur en donner depareilles à celles de la cavalerie légère.
Quant à la troupe amphibie des dragons,les avis seront éternellement partagés ; ilest constant qu’il serait utile d’avoir quel-ques bataillons d’infanterie à cheval, quipussent devancer l’ennemi à un défilé, ledéfendre en retraite , ou fouiller un bois :mais faire de la cavalerie avec des fantas-sins, ou un soldat qui soit également propreaux deux armes , paraît chose difficile : le
en effet, culbutés au petit trot. Au demeurant, labravoure personnelle influe plus sur les chocs etles mêlées que les différentes allures j le galop encarrière n’a contre lui que d’amener la dispersionet de changer le choc en mêlée, ce que l’on peutéviter avec les charges au trot. En échange, le fa-meux coup de poitrail, seul avantage du galop,n’est qu’un fantôme dont on effraie les cavalierssans expérience de la guerre.