Buch 
2 (1840) L' histoire de la guerre de sept ans en Allemagne : pendant les annés 1756 et suivantes / par de Jomini ; traduit de Lloyd
Entstehung
Seite
217
JPEG-Download
 

CHAPITRE VII. ART. XLV.

217

sort des dragons à pied français sembleraitlavoir suffisamment prouvé, si, dun autrecôté , la cavelerie turque ne combattait pasavec le même succès àpied comme à cheval.On a dit que le plus grand inconvénient desdragons provenait de ce quon était obligede leur prêcher le matin, qu un carre nesaurait résister à leurs charges , et de leurenseigner le soir, quun fantassin, arme deson fusil, devait culbuter tous les cavalierspossibles : cet argument est plus spécieuxque vrai, car, au lieu de leur prêcher desmaximes si contradictoires , il serait plusnaturel de leur dire que si de braves cava-liers peuvent enfoncer un carré, de bravesfantassins peuvent aussi repousser cettecharge ; que la victoire ne dépend pas tou-jours de la supériorité de larme, mais biende mille circonstances; que le courage destroupes, la présence desprit des chefs , unemanœuvre faite à propos , leffet de lartil-lerie et du feu de mousqueterie, la pluie, laboue même, ont contribué à des échecs ouà des succès; mais, quen thèse générale,un brave, à pied ou à cheval, doit battre unpoltron. En inculquant ces vérités à des dra-gons, ils pourront se croire supérieurs àleurs adversaires, soit quon les emploiecomme fantassins, soit quils chargentcomme cavaliers. Cest ainsi quen agissentles Turcs et les Circassiens, dont la cavaleriemet souvent pied à terre pour se battre dansles bois ou derrière un abri, le fusil à lamain. Cependant, on ne saurait le dissimu-ler, il faut de bons chefs et de bons soldatspour pousser léducation dune troupe à cedegré de perfection.

Cest, sans doute, la conviction de ce quepeuvent faire de braves soldats aussi bien àpied quà cheval, qui a détermine lempe-reur Nicolas à réunir la masse enorme de14 à 18,000 dragons en un seul corps dar-mée, sans tenir compte de la malheureuseexpérience faite par Napoléon sur les dra-gons français , et sans se laisser arrêter parla crainte de manquer souvent de régiments

de cette arme, la ou ils seraient le plus utilesDu reste, cest probablement pour donnerplus duniformité à leur double instructionde fantassins et de cavaliers, quune pareilleréunion a été ordonnée, et tout porte à croirequen guerre on les répartirait du moins pardivisions aux différentes ailes de larmée.Toutefois, on ne saurait nier quil est aussibien des circonstances, surtout dans les ba-tailles rangées, 10,000 hommes trans-portés vivement à cheval sur un point décisifet y combattant à pied, pourraient faire pen-cher la balance en leur faveur. Ainsi, lesdeux systèmes de concentration et de divi-sion ont également leur bon et leur mauvaiscôté. Pour adopter un terme moyen, onpourrait attacher un fort régiment à chaqueaile, et à lavant-garde ( ou arrière-gardeen retraite) ; puis réunir le surplus de cettearme en divisions ou même en corps de ca-valerie (1). Mais il est temps de quitter cesujet pour en venir à celui des formations.

Tout ce quon a dit pour la formation delinfanterie peut sappliquer à la cavalerie,sauf les modifications suivantes :

1° Les lignes déployées en échiquier ouen échelon, sont beaucoup plus convena-bles à la cavalerie que des lignes pleines ;tandis que dans linfanterie, lordre déployéen échiquier paraît trop morcelé, et dange-reux si la cavalerie venait à pénétrer et àprendre les bataillons en flanc ; léchiquiernest sûr que pour des mouvements prépa-ratoires avant de heurter lennemi, ou bienpour des lignes en colonnes dattaque pou-vant se défendre par elles-mêmes en toutsens contre la cavalerie. Soit quon formeléchiquier, soit quon préfère des lignespleines, la distance des lignes entre ellesdoit être assez grande pour quelles nesentraînent pas réciproquement en casdéchec, vu la rapidité avec laquelle on est

(1) Ce que je dis est pour disserter sur ce quiexiste ; comme cavalerie, je persiste à croire queles lanciers valent mieux que des dragons.

23