CHAPITRE VII. — ART. XLV.
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sort des dragons à pied français sembleraitl’avoir suffisamment prouvé, si, d’un autrecôté , la cavelerie turque ne combattait pasavec le même succès àpied comme à cheval.On a dit que le plus grand inconvénient desdragons provenait de ce qu’on était obligede leur prêcher le matin, qu un carre nesaurait résister à leurs charges , et de leurenseigner le soir, qu’un fantassin, arme deson fusil, devait culbuter tous les cavalierspossibles : cet argument est plus spécieuxque vrai, car, au lieu de leur prêcher desmaximes si contradictoires , il serait plusnaturel de leur dire que si de braves cava-liers peuvent enfoncer un carré, de bravesfantassins peuvent aussi repousser cettecharge ; que la victoire ne dépend pas tou-jours de la supériorité de l’arme, mais biende mille circonstances; que le courage destroupes, la présence d’esprit des chefs , unemanœuvre faite à propos , l’effet de l’artil-lerie et du feu de mousqueterie, la pluie, laboue même, ont contribué à des échecs ouà des succès; mais, qu’en thèse générale,un brave, à pied ou à cheval, doit battre unpoltron. En inculquant ces vérités à des dra-gons, ils pourront se croire supérieurs àleurs adversaires, soit qu’on les emploiecomme fantassins, soit qu’ils chargentcomme cavaliers. C’est ainsi qu’en agissentles Turcs et les Circassiens, dont la cavaleriemet souvent pied à terre pour se battre dansles bois ou derrière un abri, le fusil à lamain. Cependant, on ne saurait le dissimu-ler, il faut de bons chefs et de bons soldatspour pousser l’éducation d’une troupe à cedegré de perfection.
C’est, sans doute, la conviction de ce quepeuvent faire de braves soldats aussi bien àpied qu’à cheval, qui a détermine l’empe-reur Nicolas à réunir la masse enorme de14 à 18,000 dragons en un seul corps d’ar-mée, sans tenir compte de la malheureuseexpérience faite par Napoléon sur les dra-gons français , et sans se laisser arrêter parla crainte de manquer souvent de régiments
de cette arme, la ou ils seraient le plus utilesDu reste, c’est probablement pour donnerplus d’uniformité à leur double instructionde fantassins et de cavaliers, qu’une pareilleréunion a été ordonnée, et tout porte à croirequ’en guerre on les répartirait du moins pardivisions aux différentes ailes de l’armée.Toutefois, on ne saurait nier qu’il est aussibien des circonstances, surtout dans les ba-tailles rangées, où 10,000 hommes trans-portés vivement à cheval sur un point décisifet y combattant à pied, pourraient faire pen-cher la balance en leur faveur. Ainsi, lesdeux systèmes de concentration et de divi-sion ont également leur bon et leur mauvaiscôté. Pour adopter un terme moyen, onpourrait attacher un fort régiment à chaqueaile, et à l’avant-garde ( ou arrière-gardeen retraite) ; puis réunir le surplus de cettearme en divisions ou même en corps de ca-valerie (1). Mais il est temps de quitter cesujet pour en venir à celui des formations.
Tout ce qu’on a dit pour la formation del’infanterie peut s’appliquer à la cavalerie,sauf les modifications suivantes :
1° Les lignes déployées en échiquier ouen échelon, sont beaucoup plus convena-bles à la cavalerie que des lignes pleines ;tandis que dans l’infanterie, l’ordre déployéen échiquier paraît trop morcelé, et dange-reux si la cavalerie venait à pénétrer et àprendre les bataillons en flanc ; l’échiquiern’est sûr que pour des mouvements prépa-ratoires avant de heurter l’ennemi, ou bienpour des lignes en colonnes d’attaque pou-vant se défendre par elles-mêmes en toutsens contre la cavalerie. Soit qu’on formel’échiquier, soit qu’on préfère des lignespleines, la distance des lignes entre ellesdoit être assez grande pour qu’elles nes’entraînent pas réciproquement en casd’échec, vu la rapidité avec laquelle on est
(1) Ce que je dis là est pour disserter sur ce quiexiste ; comme cavalerie, je persiste à croire queles lanciers valent mieux que des dragons.
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