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CHAPITRE VII. — ART. XLVI.
pas effrayer, et qu’elle tire d’abord à bou-lets, puis à mitraille , aussi longtemps quecela se pourra (1). Dans ce cas, l’infanteriechargée de protéger des batteries doit êtreformée en carrés à proximité, afin de don-ner refuge aux chevaux, et ensuite aux ca-nonniers ; les carrés longs, proportionnés àl’étendue du front de la batterie, semblentles plus propres à remplir cette destinationquand l’infanterie est derrière les pièces ;si elle se trouve à côté, les carrés parfaitsseront préférables. On assure aussi que lesbatteries de fusées peuvent être employéescontre la cavalerie dont elles effraient leschevaux; mais, je le répète, c’est encoreune expérience à faire, et on ne sauraitbaser aucune maxime sur des données aussiincertaines.
11° Dans les attaques d’infanterie contrede l’artillerie, la maxime de tirer le pluslongtemps possible sans néanmoins com-mencer de trop loin, est encore plus rigou-reuse que dans le cas susmentionné ; lescanonniers auront toujours le moyen de semettre à l’abri de l’infanterie s’ils sont con-venablement soutenus. C’est ici un des casde faire donner à la fois les trois armes, carsi l’infanterie ennemie est ébranlée parl’artillerie, une attaque combinée d’infante-rie et de cavalerie causera sa destruction.
12° Les proportions de l’artillerie ontconsidérablement varié dans les dernièresguerres. Napoléon s’en fut conquérir l’Ita lie , en 1800, avec quarante ou cinquante piè-ces, et il réussit complètement; tandis qu’en1812, il envahit la Russie avec 100 pièces at-telées et ne réussit point. Cela prouve assezqu’aucune règle absolue ne saurait fixerces proportions. On admet généralementque trois pièces par 1,000 combattants sontsuffisantes, et même en Turquie , commedans les montagnes, c’est beaucoup trop.
Les proportions de la grosse artillerie,
dite de réserve, avec celles de l’artillerieplus légère, varient également. C’est ungrand abus que d’avoir trop de grosse artil-lerie, car dans les batailles le canon de 6 oude 8 fait à peu près le même effet que celuide 12, et il y a pourtant une grande diffé-rence d ans la mobilité et les embarras acces-soires de ces calibres. Au reste, une despreuves les plus notables que l’on puisseciter, pour faire juger l’influence des pro-portions de l’armement sur les succès desarmées, fut donnée par Napoléon après labataille d’Eylau : les pertes cruelles que sestroupes essuyèrent par le feu de la nom-breuse artillerie des Russes , lui firent sen-tir la nécessité d’augmenter la sienne. Avecune activité difficile à concevoir, il fit tra-vailler dans tous les arsenaux de la Prusse,de la ligne du Rhin et même de Metz , à ren-forcer le nombre de ses pièces et à en cou-ler de nouvelles pour utiliser les munitionsqu’il avait conquises dans la campagne. Entrois mois, il doubla, à quatre cents lieuesde ses frontières, le personnel et le maté-riel de son artillerie, chose presque inouïedans les annales de la guerre ;
18° Un des moyens les plus convenablespour obtenir le meilleur emploi possible del’artillerie serait de donner toujours le com-mandement supérieur de cette arme à ungénéral d’artillerie à la fois bon tacticien etstratégiste ; ce chef aurait la faculté de dis-poser non-seulement de la réserve de l’ar-tillerie, mais encore de la moitié des piècesattachées aux différents corps ou divisions.
Il pourrait ainsi se concerter avec le gé-néralissime sur le moment et le lieu où desmasses considérables d’artillerie pourraientle mieux contribuer à la victoire ; mais ilne ferait jamais une telle réunion desmasses sans avoir pris , au préalable, lesordres du commandant en chef.
(t) Les obus de nouvelle invention, donnant lesmoyens de porter ces projectiles à mille toises avec
une parabole insensible, seront «ne arme terriblecontre la cavalerie.