LIVRE II.
10 .)
La crainte était le seul sentiment qui dirigeâtles habitans, la seule puissance qui exerçât uneinfluence ; elle avait remplacé celle des lois etdes magistrats.
Rostopcliin, aussitôt après son entrevue avecKoutousof, fit distribuer à des soldats de policeles matières incendiaires qu’il avait l’ait prépa-rer. Ils reçurent l’ordre de rester déguisés dansMoskou pour livrer cette ville aux flammesaussitôt qu’elle serait tombée au pouvoir desFrançais . La présence des habitans aurait ap-porté des obstacles invincibles à l’exécution decet ordre; leur fuite la rendait facile. Dans lemême tems, il faisait évacuer les pompes, etdonner la liberté à ceux des forçats que l’onn’avait point eu le tems de faire partir. On as-sure que ce fut à condition qu’ils concourraientà l’incendie de Moskou .
Le 14, à environ neuf heures et demie dumatin, Koutousof traversa Moskou de sa per-sonne ; Rostopchin était encore dans son hôtel,mais préparé à partir avec une escorte de sol-dats de police qui l’attendait. Une foule degens du peuple, en partie armés, s’étaient ras-semblés à sa porte, les uns, pour le sommerde se mettre à leur tête, d’autres, pour ap-prendre lpur sort. Au moment de partir, il fit