LIVRE III. 383
des soldats de toutes les armes surchargés desvêtemens les plus bizarres.
Les forces humaines ne pouvant lutter con-tre de semblables vicissitudes, les désastres del’armée augmentèrent dans une proportion ef-frayante ; l’indiscipline et l’insubordination ga-gnèrent ce qui était resté sous les drapeaux.Le nombre des traîneurs s'accrut («) de ma-nière à faire craindre que l’armée ne présentâtbientôt plus qu’une masse confuse. L’aspect dela route devint affreux ; elle était jonchée decadavres d’hommes et de chevaux, et couverted’une foule de malheureux se tramant à peine,tandis que d’autres expiraient de faim, de fati-gue, de maladie et de leurs blessures. Quand ilsréfléchissaient sur la rigueur d’un sort si peumérité, sur cette mort obscure qui allait lesatteindre, sans qu’un ami leur fermât les yeux,sans qu’un seul laurier fût jeté sur leur tombe,sans que leurs proches sussent même en quelslieux s’étaient exhalés leurs derniers soupirs,et qu’ils reportaient les yeux sur le passé, le
(a) L’infanterie de la garde faisait exception ; elle avaitéprouvé moins de fatigues que les autres corps , n’ayant pointfait l’arrière-garde, et moins de privations, ayant reçu quel-ques distributions de farine. Il restait encore plus de deuvmille hommes de cavalerie de la garde, mais en mauvais état.