384 EXPÉDITION DE RUSSIE ,ressouvenir de leur gloire les accablait. Tousces maux et le sentiment si puissant de sa pro-pre conservation, produisirent un égoïsme etune dureté incroyables ; alors les liens si douxde l’amitié furent rompus; les mourans, larage dans le cœur , expirèrent dans une af-freuse solitude : la mort ne fit plus couler delarmes.
Tout moyen semblait bon pour se conserverla vie : on vit des soldats dépouiller leurs ca-marades accablés par la maladie, et abrégerainsi leurs derniers momens. Chaque soir, ungrand nombre de malheureux qui n’avaient pusuivre leurs corps, imploraient une place auprèsdes bivouacs déjà établis ; mais on les repoussaitdurement, et ils allaient expirer à quelques pasde là : aussi l’armée , lorsqu’elle quittait sesbivouacs, les laissait-elle couverts de morts,ce qui leur donnait l’aspect d’un champ de ba-taille. Au point du jour, toute l’armée recom-mençait son mouvement de retraite, et l’onvovait arriver de l’intérieur des terres un grandnombre de militaires isolés , ou réunis parbandes plus ou moins nombreuses; ils se diri-geaient sur la grande route, où il se formaitbientôt une colonne épaisse de traîneurs. Lanuit couvrait de son ombre les maux qui ac-