ÏOO
B E u. B E z.
dans la barate une juste quantité , & votre beurre se prendra bientôt,ou bien si c’est en hiver , approchez la barate du feu ; mais non-passi près que le lait se puisse cuire, cela réchauffera & obligera le beurrede se prendre dans peu de rems : d’autres jettent dans la barate unepiece d’argent pour hâter le beurre, & d’autres marmottent des paro-les qu’ils croyent contribuer beaucoup à faire prendre le beurre bien-tôt : quand on fauroit ces paroles, & que l’on croiroit avoir leur effetdans une pareille occasion , on ne devroit point s'en servir , n’étantque pure íupestition.
Le beurre état fait, bien lavé & accommodé comme il faut , onle ferrera dans un lieu fort propre & hors des insultes des chats &des autres animaux qui le peuvent gâter, jufqu’à ce qu’on le destine,eu pour la provision de la maison , ou pour renvoyer au marché.
Beurres dijfêrens.
ïl y a des beurres de plusieurs couleurs Sc de plusieurs façons ; lejaune est le meilleur de tous , on entend celui qui a naturellementcette couleur , car pour celui qu’on a teint avec des barbotes , outrequ’il trompe la vue,c’est que bien souvent il n’est point agréable augoût ; ainsi on avertit ceux qui achètent du beurre , de ne s’en pointrapporter tout-à-fait à la couleur ; mais d’en goûter avant que d’enfaire l’achat; ce n’est pas qu’il ne soit aisé aux gens versez dans ce né-goce, de distinguer la couleur jaune naturelle du beurre, d’avec cellequ’on lui a donnée avec ces barbotes ; celle-ci étant d’un jaune bienplus foncé que l’autre : il en est encore d’un jaune pâle, celui-là n’estpas mauvais - mais il ne vaut pas le premier : pour relui qui est decouleur blanche , il n’est ni si agréable au goût > ni si profitable queles précédens , provenant d’un lait qui n’a nulle graille , & qui n’estbon qu’à faire de la soupe aux domestiques.
Le beurre du mois de Mai est toûjours celui qui a le plus de goût,& qu’on estime le plus , celui d’Eté tient le second rang , les autresvont ensuite ; on se sert de beurre qu’on appelle battis en bien des en-droits ; on s’cn sert , dis-je,pour le commun.
Beurre d’amandes. Pilez une vingtaine d’amandes douces mon-dées , mettez-y une demi-livre de beurre frais, une grande affiete desucre en poudre - un peu d’eau de fleur d’orange , pilez le tout en-semble , & le dressez sur une aífiete , ou le faites en telle forme quevous voudrez.
Le Beurre de pistache,&I e beurre de noisettê fc font demime que celui d’amande : on le peut verdir avec du jus de Poirée.
Beurre file’ & frisé. Prenez une serviette pleine , attachez lesdeux bouts à quelque crampon de fer, nouez les deux autres ensem-ble > paílez-y un bâton, & mettez une livre de beurre frais dans laserviette, & après savoir bien manié, & tourné le bâton afin de pres-ser le beurre & le faire sortir par les trous de la serviere, mettez uneterrine d’eau fraîche deflous pour cueilles ce qui en tombera , dressezIc reste avec un couteau fur une affiete,& mettez fur une autre assie-te le beurre qui est dans une terrine.
Beurre. C’est un terme qui est attribué à plusieurs préparationsqui se font en Chimie. On dit beurre de cire, beurre d’anrimoine, beur-re d'arfcnic , beurre de Saturne , &c. /
B E Z.
BEZOARD. C’est la pienc qu'on tire du ventre de plusieurs es-pèces d’animaux, tant Orientaux qu'Occidentaux, comme chèvres, co-chons , singes , &c. On la trouve aufli dans la vésicule du fiel de cesanimaux. [ Le bezoatd Oriental sc trouve en boules de différentes -gros-seurs & figures, car les unes sont grollès comme une grollè noix, les au-tres comme une muscade, les autres comme une noisette, les autres com-me un gros pois -les unes rondes, les autres ovales, les autres aplaties ,les autres bossues; la surface des unes & des autres unie, polie, lisse ,douce au toucher, luisante, de couleur d’olive ou grise:leur substan-ce , quand on la casse . se sépare en maniéré de lamines , ou d’en-veloppes qui doivent avoir été formées successivement par différentescouches d’humeurs salines qui sc pétrifient dans le ventre de l’animal,de menic que les pierres se trouvent formées dans les carrières pardifférentes couches d’eau chargées de sel , qui s’y coagulent Sc s'ylapidifìcnt. Cette pierre renferme ordinairement dans ion fond unpetit noyau qui. est de substance un peu plus dure que les lamines >& qui en fait comme le centre , quelquefois immobile , quelquefoislibre Sc qui fait sonner le bezoard. Ce beíoard a ordinairement pourcentre quelque fruit , graine ou bourgeons d’un certain arbrisseauque 1 animal broute. Le besoard nah en plusieurs endroits du ventredune chèvre sauvage des Indes Orientales , ínr tout dans les Royau-me de Golconda & de Cananor en Perse, & vers les montagnes dans!a Chine : Le nombre des bezoards que produit chacun de ces ani-maux , n est pas certain ; quelques-uns n’cn ont point du tout ; il ycn a qui n en portent qu un , & d’autres deux , trois , & jufqu’à six.Plus la pierre de bezoard est grosse & plus elle est chere, hauflànt àproportion comme le diamant. Celles u’un once se vendent auxIndes environ cent francs ; & il s’y en est vendu une de quatre on-ces & un quart, jufqssà deux mille francs. L’animal qui porte cettepierre , s appelle Capriccrvia , a cause qu’il tient de la chcvrc Sc ducerf. Cet animal est très agile, fautant dérocher en rocher, Sc dange-reux à chasser , car il se défend , & il tue’ quelquefois les Indiens quiJe pressent trop s íà tête ressemble à celle d’un bouc , ses cornes fontfort noires, presque couchées fur le dos , son corps est couvert d’unpoil cendré , tirant fur le roux , plus court que celui de la chevre &aprochant de celui du cerf ; fà queue est courte & retroussée, sesjambes sont assez grosses , ses pieds sont fourchus comme ceux dela chevre.]
Lc bezoard est de différentes couleurs > tantôt plu* obscure & plus
B E Z.
noirâtre , bien souvent tanné & plus pâle ; ce qui dépend , non-seu-lement du tempérament différent des animaux qui la produi-sent ; mais encore des diverses qualitez des alimens dont ils sc nour-rilient.
Son odeur suave & aromatique, est un effet de la parfaite digestionde fà matière , ce qui lui donne là vertu cardiaque : & comme dupropre tempérament des animaux , & alimens dont ils usent , elleaquiert quelque chaleur subtile ; de là provient cette vertu diaphoré-tique dont elle est douée.
On distingue deux sortes de bezoard par rapport au pays d’où ilvient ; lavoir l’Oriental & l’Occidental. Le premier vient des con-trées qui sont au Levant , & le dernier de l’Amérique & du Perou .lequel fe trouve dans le ventre d’un animal fort semblable à celuidont il est parlé ci-deílus , excepté qu’il n’a point de cornes, bail-leurs , ce bezoard est beaucoup inférieur à l’Oriental , d’autant quePanimal qui produit celui du Levant , sc nourrissant de diverses her-bes aromatiques , cette pierre cn contracte des qualitez plus excel-lentes.
Ainsi pour avoir des marques assurées que le bezoard Oriental soitbon , il doit être dc couleur [d’olive , ou grise , dune odeur agréa-ble , tirant sur celle de l’ambre gris , & étant froté fut de la ceru-se , il devient jaune, ] tout formé en écailles sort déliées & fort po-lies , que l’on enleve les unes après les autres en les rompant , les-quelles doivent être toutes semblables, ayant au dedans quelquespailles ou quelque terre , ou autres corps étrangers. Si néanmoins ilse rencontre quelques grains ou semences sor lesquels les Indiens for-ment bien souvent celui qu’ils font par artifice; celui-là est à rejetter.
Mais pour connoître íà bonté , on fe sert de trois épreuves. Lapremiere est , que si ayant de la chaux vive dans de IVau , on enfrote la pierre de bezoard , & que par ce moyen elle devienne jau-nâtre , on la doit estimer bonne. La seconde est , que si ayant frotédu papier avec de la craie blanche, ou de la cerufc > & qu’cn la pas-sant sor ce papier elle y marque des lignes vertes. Et la troisième est,loríqu’elle [ a trempé trois ou quatre heures dans de l’cau tiède , sil’eau ne chinge point de couleur , & que la pierre ne perde point deson poids,le bezoard est íàns mélange;mais si l’ayanc sondé avec unfer chaud , le fer y enrie , & que 1a chaleur le salle rissoler, il estfactice 8c composé.
Quant au bezoard Occidental, il doit être fort peu odorant , dccouleur comme cendrée , blanchâtre , moins luisant que l’aiitre , Síavoir des croûtes ou écailles plus épaisses & plus plâtreuses, [ parse-mées intérieurement de beaucoup de petites aigu,Iles.Cebezoardnou»est appoté du Perou : il n’aìt dans le ventre dune efpece de chevresauvage , ou de plusieurs animaux qui sont particuliers à cette par-tie de l’Amérique. Les principaux animaux dans lesquels fe forme cet-te pierre, sont le guanacos, l’iachos, le vicunnas & le taraguas. On esti-me davantage lc bezoard de ce dernier > & cet animal est allez sem-blable à celui qui porte le bezoard Oriental , étant de 1a grandeurd’une chcvrc , & de k figure d’une brebis. Il n’est pas si cher ni siestimé que le bezoard Oriental ; mais il ne laisse d’étre assez rare Scd’avoir beaucoup de vertus. On le doit choisir en bouses entieres : ila les mêmes qualitez que le bezoard Oriental. ] On le falsifie à raisonde fa cherté ; les uns avec de k craie , des cendres , des coquilles ,du sang desséché , & de petites pierres de bezoard pulvérisées , &incorporant le tout ensemble pour cct effet. D’autres fe servent dccinabre , d’antimoine & de vif argent accommodé & mêlé ensem-ble à Laide du feu ; mais cette sorte de bezoard ne sc peut employerpour l’uíàge de 1a Médecine , qu’avec un notable préjudice, bien loind'aporter de futilité & du soulagement à ceux qui en usent : c’estpourquoi il faut bien prendre garde si celui qu’on employé est légi-time ou non.
Pour cc qui regarde les proprictez du bezoard , il est dit ci-deísosque le vrai bezoard a quelque chaleur sobrise > & que c’est de là qu’iltjre fa vertu diaphorétiquc. Sa vertu consiste dans les sels volatils al-calis dont il est formé. C’esl par là qu’il détruit les acides & excite lasoeur. II résisté aux venins, il est sodorifique & cardiaque, il fait mou-rir les vers , il est lithontriptique & hystérique , provoquant lesmois. Enfin , il est tellement cardiaque , que tous les médicamensqui sont contraires aux venins > sont nommez bezoardiques. Sortusage est interne Sc externe. On peut s’en servir intérieurement dansle vertige , dans l’épilepfie > dans la lypothymie , dans k palpitationde coeur > dans la jaunisse , dans k colique , dans les dylllntcrics,dans k maladie des vers Sc dans celle de k pierre. On cn peut userpour faciliter i’accouchement dans la foprestton des mois ; mais par-ticulièrement dans les fièvres malignes & dans les poisons. On s’enpeut encore servir extérieurement dans les écrouëlles ouvertes, dansle cancer ulcéré , & autres maux semblables.
Sa dose doit être depuis quatre grains jufqu’à seize ; & parce qued’ordinaire on n’cn donne pas assez dans les maladies pestilentielles, ilarrive qu’on le rend improportìonné au venin qu’on veut combattre ;car il y a des Médecins fort célébrés, ( enrr’atirres, Marcellin Bompart,dans Ion Traité de k peste) qui veulent que 1a moindre prise soit dedouze grains. Pour le donner on le met en poudre très-fine , & onle mêle dans une liqueur appropriée.
[ C’est autant fà rareté, que ses véritables vertus , qui lui ont ac-quis une fi grande réputation : à présent on commence à ne le plustant estimer , Sc plusieurs habiles Médecins ne le regardent que com-me un excellent absorbant.
On le nomme bescoard ou bezar, ou des mots hébreux Bel, quisignifie Roi ou maître, & de zaard , venin , comme qui diroit, lemaître du venin , à cause des grandes vertus cardiaques dont le be-zoard est doué , ou des mots hébreux bed qui signifie remede , Sczabard venin, comme qui diroit, remede contre lc venin, ou du motIndien betcard , qui est le nom de l’animal qui produit cette pier.re ]
On peut dire que toute pierre ou fiel de quelque animal que cî
soit