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A fé-gard de ]a couleur, voici toutes celles avec lesquelles un BœufZ, coutume de venir au monde; savoir, le poil noir, le rouge, lefeay, le moucheté, le blanc, 1 c gris, Sc le brun; & de tous ceux la,disons quels font les meilleurs.
Poil noir.
Un Bœuf fous poil noir est; toujours bon, pourvu qu'il ait quei-çpie blancheur ou aux pieds, ou à la tête; autrement il est lourd,Lc nonchalant à travailler, a cause de sa mélancolie > qui le domine■cntkremcnt.
Poil rouge.
Si on fait cas d’un Bœuf sous poil rouge , pour être atelé à la char-me, ou a la charrette, ce n'est pas íanstaXon, car étant sort bilieux,-on remarque qu’il a toûjours beaucoup de feu, ce qu’on ne sautoirjamais asléz trouver danscct animal, qui estextrément lent de la na-ture; c’est pourquoi on conièilk, loríqu’on en voudra acheter pourlabourer, de les choilìr de ce poil, autant qu’on pourra: ce n’est pas-quils en valuslènt beaucoup -moins, quand ils auroient quelques ex-trémité? blanches.
Poil h ay.
On ne rebuteroit point encore un Bœuf qui seroit sous ce poil ; il•est vrai qu’il n’est pas lì ardent que le rouge, à cause du flegme quiy tempere un peu la bile, & qui le rend plus lent à travailler.
Poil moucheté.
Le poil 'moucheté, est celui que nous appelions pommelé dans lesChevaux. Les Bœufs sous ce poil ne valent pas les précedeiis, à cardequ’rls lont d’un tempérament pluspituiteux, Sc plus flegmatique, &par conséquent plus mous, & toûjours plus pardlcux; & s’ilsont cedéfaut pour la -charrue, on peut dire auflì que pour engraiiìer, cesont ceux-là qu’rl faut choilìr préférablement a tous autres, le char-geant de chair, & devenant plutôt gras.
Poil blanc.
Jamais Bœuf de ce poil ne valut rien que pour engraisser, à quoiì! cil encore meilleur que le moucheté, qui avcc le flegme dont ilest rempli, a de la bile qui le réveille plus que celui-ci, qui n’est gou-verné que par ce flegme, ' qui n’a rien que de pesant.
Poil gris.
Je n’estirr.crois encore gueres un Bœuf fous ce poil, soit pour la-charrue, soit pour engraiiìer, étant dominé par deux remper amens;savoir, la pituite, Sc la mélancolie, qui ne peuvent lui produire rien^avantageux.
Poil brun.
Pour ce poil, il ne sera pas tout-à-fast rejette : les Bœufs qui ensonr marquez, travaillent à la vérité, mais ils íé rebutent ce bonneheure, a carde qu’ils sont extrêmement mélancoliques.
L'áge qu un Bœuf doit avoir four rendre service.
Lorsqu’on aura observé ce qu’on vient de dire, en achetant un Bœufpour le harnois, on fera encore averti qu’ils ne peuvent pas rendre debons services qu’à trois ans, & que [.allé dix ils nc valeur plus rienqu’aengraiiìer pjxrur être vendus aux Bouchers. Un Bœuf vit juíqu’a qua-torze ans; mais c’est un abus de les laiiìer tant vieillir.
Comment il faut dompter les jeunes Boeufs dessinez. au labourage.
Si l’on achete des Bœufs qui soient accoutumez à la charrue, on•5 épargnera la peine de les y réduire : niais s’ils sont encore jeunes, &epi'ils n’aient point encore porté le joug, on ultra des morens quevoici pour les y drefler.
D’abord pour les ramencer de leur naturel farouche à la docilitécju’on recherche en eux, on emploie la douceur, on les flatte, on lescaresse, on leur lie souplement les cornes aujourd’hui, demain onkur impose seulement le joug, une autre fois on y joint la charrue,•& on les accouple avec un bœuf toutthclìé, alìn que s’ilsvenoicnt as’épouvanter, ils ne puílènt sorvre l’impetuosité de leur fureur, & fetrouvaíîent arrêtez par cc compagnon, qui les tiendroit cn br.de.
11 faut donc bien íé donner dc garde dc leur être feveres dans ccscommencemens; car croiant les réduire par ces moiens, on s’y trou-veroit trompé : la douceur est toûjours la plus sûre voie, dont onpuisse le lèivir pour rendre dociles les naturels les plus farouches : lejune Bœuf s’acoûtumera avec les autres, pour peu qu’on veuilleavoir de patience: ce n’est pas qu’il ne lui saille «prendre cc que c’estque de sentir l’aiguillon, maisil faut que ce soit a propos, & non paspar caprice-. ,
Oui, il n’y a point He meilleur expédient pour réduire les jeunesBœufs, que de les accoupler avec d’auttts, qui (oient faits de longuemain à labourer la teire; car à peine ces nouveaux apuntis auront-ils souffer t avec patience qu’on les ait mis sous le joug, que les vieuxBœufs, avec l’adrdfe de celui qui les conduit, leur enlèigneroit toutce qu’il faudra qu’ils fassent.
Parmi toutes les peines qu'on prend de dresser les jeunes Bœufs,on n’oubliera point d’étudier leur nature, a lin que s’y rendant con-formes, on les rende souples à nous vouío,r accorder tout ce que ru.usleur demanderons, autrement quelque contrainte rigcureulè qu’onvoulût leur imposer dans la fuite, jamais on ne vkndroit a bout dei#6 corriger de leurs défauts.
B O E.
ì! arrive quelquefois qu’un jeune Bœuf est difficile à retenir, qu’ilest impétueux, promt a donner du pied, ou sujet a beurrer de sescornes.- ces vices sont dangereux, & pour i’obliger de s’cn défaire,arrachez-Ie bien ferme dans son étable, (aillez le jeûner pendant quel-que-tems, & vous verrez qu’il s’adoucira.
Si l’on veut qu’un jeune Bœuf rende de bons services à la charrue,ou bien au charroi, on aura soin de le ménager dans le commence-ment , & de ne lui donner du travail qu a proportion de les forces.
On viendra fans doute a bout de dompter les jeunes Bœufs, si l’onobserve tout ce que l’on vient de dire cidelìus; c’est un peu de peine,il est vrai, rnais quiconque ne la veut pas prendre, ne doit point son-ger d’avoir des jeunes Bœufs pour labourer.
Ce que l’on dit ici dts Bœufs, doit aussi s’entenJte des Vachesqu’on veut accoutumer à la charrue; car il n’y a de force que du plusau moins, pour le reste c’est la même nature qu’on a a gouverner» lamême taille Sc les mêmes poils qu’on doit choilìr.
On avoue qu’achetant des Bœufs toutdrclièz, on fe garantit de tousces sons: mais en voici <f autres aussi qu’il ne faut point oublier depratiquer.
Quelque accoutumez qu’ils soient à la charrue > il y en a qui ontdes défauts qu'on peut à la vérité corriger, mais non pas sons peine ;i'un fora rétif, l’autie prendra peurdetrès-peu déchoie, fera furieux »ou tâchera de lé coucher en labourant la terre.
Moïens de les guérir de ces défauts.
II n’est gueres de défauts qu’on ne corrige avec le tems & la patience ,pour peu qu’on y veuille appliquer lés soins.
Boeuf rétif.
Ainsi s’il arrive qu’on àit unBœufqui soit rétif, on a vû prendre unbéton tiré tout chaud du feu, Sc brûlé au bout, 4 en battre les kilts duBœuf, Sc i’obliger de cette façon a marche»
Boeuf peureux.
Un Bœuf ou une Vache prennent quelquefois peur de fort peu dechoie, & ce défaut ne survient bien souvent qu’a ceux qui font d’unnaturel trop bilieux, c’est cc qui fa. t que lc trop grand feu qui les animeau dedans, mer leurs elpiiusdans un tel dérèglement, que tout ce quileur frape les íéns, semble ne les fraper que pour leur taire peur ; SCaíîn de remédier à ce défaut, on ne fait point d’autres moiens, qued’avoir souvent l’œil lureux, afindeles retenir lorsque cette maladieles prend, Sc dont lis guénílènt à mesure que le travail & l’âge demi-nuent cette grande vivacité d’cíprits que leur cause k tempérament bi-lieux dont ils sont dominez.
Boeuf furieux.
On saura que la furie d’un Bœuf bien souvent nc lui vient que dutrop de repos qu’il prend fur tout lorfqu’il est bilieux, ou bien quandil est trop gras; c’est pourquoi sitôt qu’on s’apperçoit de ce défautdans un Bœuf, il faut lc prendre & lui lier les quatre jambes pour lett trader, Sc ne lui donner que fort peu a manger, lá furie íé palier*a.nii avant qu’il íoit huit jours, ou bien prenez un grand joug, 6cl’attachez a une ebarrete bien chargée, au milieu de deux aunesBœufs, qui soient un peu lents: appliquez-lui l’aiguillon souvent, Lcvous n’aurez passait cela cinq ou six fois, que la pesanteur du fardeau,& les coups d’aiguillon que vous lui aurez donné, le rendront docile »Sc abattront fa furie.
Boeuf sujet k fe coucher en travaillant.
Ce défaut est presque ordinaire aux Bœufs fous poil moucheté, oflà ceux qui sonr tout poil blanc, à cause de leur tempérament flegma-tique, qui les rendnonchalans au travail, & qui les oblige de le cou-cher ainli lors qu’ils sont à la charrue ; Sc l’on ne fauroit les vaincrela dessus, qu’cn leur réveillant l’elprit par la pointe de l’aiguillon.
De b âge des Boeufs.
Les dents donnent à connoítre l’àge des Bœufs ; ils jettent leursdents de devant à dix mois, & cn poussent d’autres qu’on dilt.nguéailémcnt dccelfes-ia par leur figure, & par kur couleur, itérant passi b.'an.hcs, & étant plus larges quelles : six mois après une partie deleurs dents de lait tombent encore, à la place deíquelles la nature ensubstitue d'autres, qu’on peut encore facilement discerner des premiè-res dents quikur restent ; & lorsque les bœufs ont atteint i’ágc de troisans, c’e-n élirait, toutes leurs dents sont égales. Vorlaparou l’oncon-noitra l’age des Bœufs &dcs Vaches.
Quelques-uns croient qu’on peut voir auflì l’âge du Bœuf fur sescornes, Sc qu’auiant qu’cn remarque d’anneaux dans leurs extrémitez,autant les bœufs ont d’annécs.
[ Mais bien des Marchands de Bœufs três-habiles, estiment cette con-norílance moins sûre que celle des dents, &ne s’y fient guércs. ]
Lors qu’on acouple des Bœufs, on doit toûjours txam.ner s’ils sontd’égalcs forces & de même taille: car sons cette exacte obkrvation, ilarrive que le plus foi t porte tout k poids, &s’abat en peu de tems,tandis que le plus foible lé louage, Sc ne fait pas son devoir.
Du tems de mener les Boeufs k la Charrue.
En E:é, c’est-à-dire, depuis k mois de Mai, jufqu’au mois deSeptembre, les Bœufs vont deux fois par jour à la charrue, on lespeut conduire k matin au travail dès la pointe du jour, jufqu’à neuf
heures