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’ faire quelque ptece , soit carnation , soit draperie ou autre chose , ilfaut commencer par ébaucher, c’est à-dire, coucher sa couleur a grands‘coups le plus uniment que l'on peut, comme font ceux qui peignent•en huilé , & ne lui pas donner toute la force qu elle doit avoir pourêtre achevée, je veux dire faire les jours un peu plus clairs, & les om-îtes moins brunes quelles ne doivent être ; parce qu’en poçptillant dél-ias, comme il faut faire après qúe l'on a ébauché, on fortifie toujoursfa couleur , qui leroit à la fin trop brune.

XIX. II y a plusieurs manières de pointiller, & chaque peintre a ía' sienne > les uns font des points tout ronds, d’autfés utì peu longs, &

d’autres hachent par petits rraits, en croisant plusieurs fois dc cous sons,■'jufqu’à ce que cela parodié . comme ii on avoir pointillé ou travaillé•par points;cette derniere méthode est la meilleure , la plus hardie Scla plus longue à faire ; c’est pourquoi je Conseille à ceux qui voudront'peindre en mignature, de s’en scívir & de s’accoûtumcr d’abord à fai-re gras , moëleux & doux, csest-a-dire, que les points se perdent danslequel on travaille, Sc qu’ils ne parussent qu’aucant qu’il faut pour queTon voie que l’ouvrage est pointille. Travailler dur Sc sec , cequis’ap-pelle hacher , est tout le contraire , & dont il se faut bien garder ,

’ cela se fait en pointillant d’une couleur beaucoup plus brune que n'est'le fond , & lorsque le pinceau n’est pas aííez humecté de couleur, ce' qui fait paroîrre l’ouvrage rude.

XX. Atcachez-vòus 'aulfi à perdre & à noyer vos couleurs les unes‘dans les autres fans que l’on en voie la séparation , & adousiífez vostraits avec les couleurs qui seront des deux cotez , de telle sorte qu’il'ne pareille pas que ce soit vos traits qui les coupent & les séparent :par ce mot de coupé , j’entends une chose qui tranche net, qui ne‘íè confond point avec les couleurs voisines , & qu’on ne pratique

guercs qu’aux lizieres des draperies.

XXI. Quand les pieces font finies, les rehausser un peu fait un beleffet ; c'est-a-dire, donner fur l’extrémité des jours de petits coups d'u-ne coslleur encore plus pâle, qtíe l’on fait perdre avec le reste.

XXII. Après que les couleurs íont lèches fur votre palette ou dansVos coquilles , pour s’en'servir on les délayera avec de seau , Sc lorl-

Î iu’on sapperçoit qu’elles font dégommées, ce qui íéroit quand elfese détachent aisément de dessus la main ou du vélin, si l’on pâlie quel-que chose deílus, comme j’ai déja dit, on les détrempe avec de l’eaii‘gommée au lieu d'eau pure, jusqu’à ce qu’elles soient en bon état.

X XII I. II y a diverses sortes de fonds pour les tableux & les por-traits , les uns sont tout-à-fait bruns, composez de bistre de terred’ombre ou de térre de Cologne , avec un peu de blanc : d’auttesplus jaunes où son met de l'inde pour les peindre ; faites un lavis decouleur ou du mélange que vous les voudrez faire, ou selon que fera letableau o u. le portrait que votis copierez, c’est-à-dire, une couche fortlegete , dans laquelle il n’y ait quasi que de l’eau , afin dseinboire l.evélin; ensuite repallez Mie autre couche plus épaiílé, & l’ctendrez soituniment à grands coups', le plus vite que vous pourrez,ne touchantpas deux fois en un même endroit avant qu’il soit sec, parce que le se-cond coup emporte èse que l'on a mis au premier , particulièrementquand on appuie un peu trop le pinceau.

XXIV. L’on fait encore d’aurres fonds bruns dune couleur un peùverdâtre , ceux-là sont le plus en usage & les plus propres à mettresous toutes sortes de figures & de portraits, parce qu’ils font paroicieles carnations très-belles &se couchent fort aisément fans qu'il soit be-soin de les pointiller , comme souvent l’on est obligé de faire les au-tres, qui rarement lé font unis d’abord , au lieu qu’en ceux çi l’on nemanque guéres de réussir dès le premier coup ; pour les faire vous mê-lerez du noir, du stil de grain ■ Sc du blanc tout ensemble , plus oumoins de chaque couleur , lelon que Vous voudrez qu’ils soient brunsou clairs ; vous en ferez une couche fort legete, puis une plus épais-se , comtne j’ai dit des premiers fonds : l'on en peut faire encore d'ail-tres couleurs íì l’on veut ; mais voilà les plus ordinaires.

XXV. Quand vous peignez quelque Saint fur un de ces fonds, Scque vous voulez faire une petite gloire autour de la tête de votre fi-gure , il faut mettre cn cet endroit-la la couleur la moins épaisse, óumême n’tn mettre point du tout, particulièrement ou cette gloiredoit être plus claire ; mais coucher pour la [ remicre fois du blanc &nu peu d’ocic mêlez l’un avec l’autre allez épais, & à messire que vousvous éloignerez de la tête , mettez un peu plus d'oere, & pour faitemourir cette couleur avec le fond, on hache avec le pinceau à grandscoups & en suivant le rond de la gloire , tantôt de celle du fond ,mêlant un peu de blanc ou d’oere parmi cette derniere, quand elle faittrop brun, pour travailler avec cela juíqu’a ce que l’une le perde dansl’autre insensiblement , & que l'on ne Voye point de séparation qûicoupe.

X X VI. Pour faite un fond entier de gloire, ou ébauche le plus clairavec un peu d’oere & de blanc , ajoutant davantage de ce premier amessire que l’on approche des bords du tableau,& lorsque l’ocre n’estplus allez forte ; cat il faut toujours faire de plus brun en plus brun, ony mêle de la pierre de fiel, après un peu de carmin Sc enfin du bis-tre ; il faut faite cette ébauche la plus douce qu’il est possible, c'est-à-dire , que ícs nuances se perdent fans couper ; ensuite l’on pointille pardeílus les mêmes couleurs pour faire noyer le tout ensemble , ce quiestallézlongSc un peu difficile, particulièrement loríqu’il y a destinéesde gloire dans le fond,il faut en fortifier les jours a nussire qu’on s’é-loigrrt de la figure , & finir de même que le reste en pointillant, Scarrondillànt les nuées,dont il faut confondre le clair avec l’oblcur im-perceptiblement.

XXVII. Pour un ciel tic jour on prend de l’outremer & beau-coup de blanc que l’on mêle ensemble , dont on fait une couche laplus unie que l’on peut avec un gros pinceau , & à grands coupscomme les fonds , rappliquant de pale en plus pâle à mesure quel’on delcend vers l’orison , qu’il faut faire avec du vermillon ou de lamine de plomb & du blanc de la même force qui finit le ciel ; Sc mê-me un peu moins,faisant perdre ce bleu dans le rouge , que l’on faitdèleendre jusques lur les cerralles , y mêlant fur la fin de la pierre déTerne U.

fiel A beaucoup de blanc, ensoite que le mélange sok.eflcbrt! plus pâleque le premier sans qu’il parodié de séparation entre toutes ces cou-leurs du cid. . ...

XX VIII. Lorfqu’il y a des,nuages fur le ciel, l’on peur épargnéeles endroits, où ils doivent être, c’est-à-dire , qu’il n'y faut pas mettredu bleu ; mais les ébaucher , s’ils font rougeâtres , de vermillon , depierre de fiel Si de blanc avec un peu dinde ; Sc s’jiis font plus noirs ,il faut mettre beaucoup de ce dernier , faisant les jours des uns & deíautres de massicot, de vermillon & de blanc , plus.ou moins de l’uneou del'autre de ces couleurs', selon la force dont ont les veut faiie,ouselon celle de l’original que l'on copie, arrondistànt le tour en pointil-lant ; car il est difficile de les coucher bien unies eh lés ébauchant, Sisi le ciel n’est pas aííez égal ,il faudra le pointiller.

L’on peut aussi ne pas épargner la place des nuages ; mais les cou-cher fur le fond du ciel, rehaullànt les clairs en mettant beaucoup deblanc & fortifiant les Ombres ; cette maniéré, est la plûtôt faite.

XXIX. Le ciel dt nuit ou d'orage , le fait avec de l’inde, du noir& du blanc mêlé ensemble , que l’on couche comme le ciel de jour;.il faut ajouter dans cc mélange de l’ocre , du vermillon, ou du bruntouge pour faire les nuages, dont les jours doivent être de massicotou de mine de plomb, & un peu de blanc, tantôt plus rouges Sc tan-tôt plus jaunes à discrétion ; & loríque c’est un ciel dorage, Sc qu’eíïde certains endroits on voit des clairs, soit de bleu,soit de rouge, onles fera comme au ciel de jour, perdant le tout ensemble en chaut banc& finiflànt.

XXX. Pour faire uEe draperie bleue, mettez de l’outremcr au-

jìrès du blanc qui sera fur votre palette , mêlez une partie de l’un & del’autre ensemble , de telle sorte qu’il loir pâle & quil ait du corps, de’ce mélange vous ferez les endroits les plus clairs, puis vous y ajoute-rez davantaged’outremer pour faire ceux qui sont plus bruns,& con-tinuerez de cette maniéré jusqu’aux plis les plus enfoncez & les omblesles plus fortes , où il faudra mettre l’outremer pur , & toui cela en‘ébauchant,c’est-à-dire,le couchant à grands coups,failantnéanmoinsle plus uni que l’on pourra, perdant lés dairs& les bruns avec une cou-leur qui ne lgit pas lì pâle qúe les jouis, ni íì brune que les ombres,:l’on pointillera ensuite avec la même couleur dont on a ébauché ; maistant soit peu plus forte, afin que les points soient marquez; ii faut quetout se noyé l’un dans l’autre , & que les plis ne parodient plus cou-pez. Lorsque l’outiemer n’ést pas aííez brun pour fane les ombres lesplus fortps quelque gommé qu’il soie, on y mêle de l’inde pour lesfinir ; Sc quand l'extrémité des jours n’est pas allez claire , on les re-levé avec du blanc Sc fort peu d’outremer. ,

XXXI. Une draperie de carmin se fait de même que le bleu,hor-mis qu’aux endroits les plùs bruns on met une couche de vermillonpur avant que débaucher de carmin , que l’on appliquera fans bLncpar-dellus , & clans les ombres les plus fortes, on se gommera beau-coup pour l’enfoncet davantage , mélez-y un peu de bistre. .

X X XII. fl se fait áussi utie autre draperie rouge que l’on ébauchetoute de vermillon , y mêlant du blanc pour faire les clairs , le met-tant tout pur pour les endroits les plus bruns, Sc ajoutant du carminpour les grandes ombres. L’on finit ensuite avec lcS mêmes couleurscomme les autres draperies ; & quand le carmin avec le vermillon nelotir pas allez bruns , on travaille de ce premier tout pur ; mais feule-ment dans le plus foi t des ombres.

XXXIII. Une draperie de laque se fait de même que celle de car-min , y mêlant beaucoup de blanc aux endroits clairs, & fort peu dansses bruns ton l’âchevede même cn poirltiflant, mais l’on n’y lait pointentrer de vermillon.

XXXI V. Les draperies violettes se font aussi de cette sorte, aprèsavoir fait un mélange de carmin Sc d’outremer , Mettant toûjouis dublanc pour les clairs. Si vous voulez que votre violet soie colombin ,il faut qu’il y ait plus de carmin que d’outremer; mais fi vous le vou-lez plus bleu & plus enfoncé, mettez plus d’outremer que de carmin.

XXXV. L’on fait une draper se couleur de chair cn commençant patmettre une couche faite de blanc, de vermillon & de laque tréo-pále,& faisant les ombres avec les mêmes couleurs , y matant moins deblanc. II failt faire cette draperie fort pâle & fort tendre, parce qu el-le doit être d'étoffe legete, & même les ombres n’en doivent pas ctreobscurs,

XXXVL Pour faite une draperie jaune, il faut mettre une couchedc Massicot par tout , puis une de gomme gutte par deílus, a la ré-servé des endroits ses plus clairs où il faut laiílèr le massicot pur , en-suite on ébauche avec de l’ocre mêlé d’un peu de gomme gutte Scde massicot, mettant plus ou moins de ce dernie r > lelon la force desombres; & loríque ces couleurs ne sont pás allez brunes, on y ajoutéde là pierre de fiel , & l’on trava.lle avec la pierre de fiel toute puredans les ombres les plus fortes , y mêlant du bistre : s’il est besoin defaîte encóre plus brun , on finit avec les mêmes couleurs que l’on ttébauché, en pointillant & faisant perdre les clairs dans les bruns.

X X X V11. Si vous mectez du jaune dc Naples ou du stil de grainau lieu de massicot Sc de gomme gutte , vous ferfcz une autre louede jaune.

XXXVIII. La draperie verte se fait cn mettant une couche géné-rale de verd dc montagne,avec lequel, si on le trouve trop bleu,onmêiedu massicot pour les jouis, & de la gomme gutte pour les om-bres ; ensuite on ajoure a ce mélange du verd d’irís ou de vessie pour om-brer ; & à mesure que les ombres lent soties , on met davantage deces derniers verds , & même tout purs ou il faut faite eztrémemencbrun ; on finit des mêmes couleurs un peu plus brunes.

Mettant plus de jaune ou de bleu dans ces couleurs, on ferà com-me on voudra des verds de différentes couleurs.

XXXIX. Pour fâire une draperie noire,on ébauche avec du noie& du blanc, Sc l’on finit avec la même couleur, y mettant plus de noieà messire que les ombres font fortes, Sc dans les plus brunes on y mê-le de l’inde, fur toút quand on veut que la draperie paroiffe veloutée :on peut donner toûjours de certains coups d’une couleur plus claire

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