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Je Tautre doivent être un peu rougeâtres, & le verd de montagne Sid’iris.
CXXXI. Des Giroflées. Il y a de plusieurs sortes de giroflées, deblanches, de jaunes, de violettes, de rouges & de panachées de diffé-rentes couleurs.
Les blanches sc couchent de blanc, & sombrent de noir & d’un peud’inde dans le cœur des feuilles ; la jaune de massicot, de gommegutte Sc de pierre de fiel.
Les violettes s’ébauchent de violet Sc de blanc, & se finissent avecmoins de blanc, faisant la couleur plus claire dans le cœur Sc mêmeun peu jaunâtre.
Les rouges de laque, de blanc, les achevant fans blanc.
On couche les panachées de blanc, Sc on fait les panachées tantôtde violet où il y a beaucoup d’outremer, d’autres où il y a plus de car-min , tantôt de laque, Sc tantôt de carmin ; les unes avec du blanc,Scies autres fans blanc, ombrant le reste des feuilles d’inde.
La graine de toutes s’ébauche de verd de montagne Sc de massicot,& se finit de verd d’iris.
Les feuilley&lcs queues, se couchent de même verd, y mêlant duverd d’iris pour le finir.
Je ne finirois point si je voulois mettre ici toutes les fleurs qu’onpeut faire, mais c'en est aflèz pour donner l’incelligence des autres,Sc même une douzaine auroít lufsi si l’on travailloit toujours fur lesnaturelles ; car dès-là il n’y a qu’à faire ce que l’on volt, mais j'aipensé que l’on copie plus souvent des estampes, Sc que l’on ne seroitpas fâché de trouver ici les couleurs dont on fait plusieurs differentescouleurs ; en tout cas pour finir comme j’ai commencé, chacun pourraprendre Sc laiílèr ce que bon lui semblera.
CXXXII. Je n’ajouterai point ici d’instruction particulière pourune infinité d’autres sujets, elle n’estpas nécessaire, & ce petit Traitéest déja moins succint que je ne me Tétois proposé; je dirai feule-ment en général, que les fruits, les poissons, les serpens Sc toutessortes de reptiles doivent être touchez de la maniéré des figures, c’est-à-dire , hachez ou pointillez.
Mais les oiseaux, Sc tous les autres animaux se font par traits commeles fleurs.
CXXXIII. N’emploiez à aucune de ces choses du blanc de plomb ;il n’est propre qu’en huile, Sc il noircit comme de Tencre, n’étantdétrempé qu’à la gomme.
Particulièrement si vous mettez votre ouvrage dans un lieu humide,ou avec des parfums: la creuse de Venise est auisi fine, Sc d’un aussigrand blanc ; de celui-là n’en épargnez pas Tulàge, fur tout en Tébau-chant, & faites-en entrer dans rous vos mélanges, afin de leur don-ner un certain corps qui empâte votre ouvrage, Sc qui le salle paroitredoux Sc moelleux.
Le goût des Peintres est néanmoins diffèrent en ce point ; les uns eneinploient un peu, d’autres point du tout, mais la maniéré de ceux-ciest maigre Sc scche ; les autres en mettent beaucoup, Sc c’est fans con-tredit la meilleure métode, 8c la plus usitée parmi les habiles gens; caroutre qu elle est prompte, c’est que Ton peut en s’en servant ( ce quisctoít quasi impossible autrement ) copier toutes fortes de tableaux,nonobstant le sentiment contraire de quelques-uns, qui disent qu’enmignature Ton ne peut donner la force, Sc toutes les differentes tein-tes qu’on volt dans les pièces d’huile; ce qui n’est pas vrai, du moinspour les bons Peintres, Sc les effets le prouvent allez, car il se volt desfigures, des passages, des portraits, Sc toute autre chose en migna-ture , touchez dune aussi grande maniéré, aussi vraie & aussi noble,quoique plus mignone Sc plus délicate, qu’en huile.
Je lai pourtant que cette peinture a ses avantages > quand ce ne seroitque celui de rendre plus d’ouvrage, 8c de consommer moins detems,elle se defend mieux aussi contre les injures, Sc il faut encore lui cederle droit d’aïneflè , Sc la gloire de l’antiquité.
Mais aussi la mignature a les siens, Sc fans répéter ceux que j’ai déjamontrez, elle est plus propre Sc plus commode, Ton porte aisémenttout son attirail dans fa poche, vous travaillez par tout quand il vousplaît > fans tant de préparatifs, vous pouvez la quitter Sc la prendrequand Sc autant de fois que vous voulez, ce qui ne se fait pas à la pre-mière, où Ton ne doit guére travailler à sec.
Mais remarquez qu’il est de l’une Sc de l’autre, comme de la Comé-die dans laquelle la plus grande ou la moindre perfection des Acteursne consiste pas à faire les hauts ou les bas rôles ; mais à faire extrême-ment bien ceux qu'ilsfont, car si celui qui aura le dernier personnage,s’en aquitte mieux qu’un autre de celui de Héros, il méritera fans douteplus d’approbation Sc de louange.
C’est la même chose dans Tare de peindre, son excellence n’est pasattachée à la noblesse d’un sujet; mais à la maniéré dont on le traite :avez-vous du talent pour celui-ci, ne vous jetiez pas inconsidérémentdans celui-là, Sc si vous avez reçu du Ciel quelque étincelle de ce beaufeu, connoistèz pourquoi il vous est donné, Sc íaites-vous-y un cheminfacile. Les uns prendront bien lesdifferens airs de tête, les autres réus-siront mieux en paysages, ceux-ci travaillent en petit, qui ne se pour-roient faire en grand; ceux-la sont bons Coloristes Sc ne possedent pasle dessin ; d’autres enfin n’ont du genie que pour les fleurs, 8c lesBassans même se sont aquis un nom par les animaux qu’ils ont touchéde très-bonne maniéré Sc mieux que toute autre chose.
C’est pour dire que chacun se doit contenter de sa verve, fans vou-loir se revêtir du talent d’autrui, Sc prendre un vol au dessus de lès for-ces; aussi bien il est inutile de vouloir contraindre la nature à nousdonner ce qu’clle nous refuse ; Sc il est de nôtre prudence, aussi bienque de la modestie, de ne se point mettre en tête de faire paroître unavantage qu’on n’a pas; car c’est découvrir les défauts qu’on à, 8c travaillerà fa honte ; au contraire, ce n’en est point une que vous ne pollediezpas vous feu! toutes les parties qui ont donné de la réputation aux grandsPeintres ; chacun de nous aussi sc doit contenter de ce qu’il a reçu enpartage, Timportance est de le cultiver avec soin.
Et bien que ce petit avertissement y puifle assurément contribuer.
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néanmoins je ne vous le presente que comme un supplément à de meil-leurs moiens ; Ton apprendra fans doute plus avantageusement sousun excellent Maître duquel on recevra les préceptes de toutes les bon-nes tegles, Sc des plus belles maximes de l’Art, Sc par lequel on les verramettre en pratique ; Sc qUoique les inventions de dessin que j’ai donnéau commencement soient infaillibles, il vaut pourant beaucoup meuXle poflederpar une science aquise; car si vous n’avezpour y suppléerun genie tout particulier, Sc une extraordinaire justesse d’œil Sc demain, vous aurez beau dessiner vos pièces correctement, ce fera ungrand hazard si elles ne sont à la fin strapaífées, fans proportion icfans beauté ; pareeque dans l’application des couleurs vous en perdezfort aisément les traits, Sc plus malaisément encore les pourrez-vousretrouver, si vous n’avez un peu de dessin: J’exhortc donc autant queje puis les Amateurs de la peinture, d’apprendre à dessiner doctement,de copier avec une persévérance infatigable Sc à toutes rigueurs, lesoriginaux ; en un mot, de monter pas les degrez ordinaires à la per-fection de ce bel Art, duquel comme de tousses autres, les préceptessont bien-tôt apris ; mais ce n’est pas aflèz, il faut Texécutev , la théo-rie est inutile fans la pratique, 8c la pratique fans la théorie eíijjnguide aveugle qui nous égare au lieu de nous conduire où nous vou-lons aller ; mais savoir bien ce que Ton veut faire, Sc bien faire ce queTon íàit, est le vrai moyen d’en faire, Sc d’en savoir beaucoup avec ierems, Sc de se rendre dc bon écolier un excellent maître.
Au reste je ne me pique pas d’être tel, mais cependant je puis assurer<jue les personnes qui prendront la peine d’entrer dans cette petiteecole, avec un peu aedisposition Scd’envie d’apprendre, qu’elles n’au-ront pas sujet de s’en repentir; car si Ton y demeure lans plaisir, jecrois du moins que Ton en sortira avec un profit notable.
Méthode ou maniéré de faire les couleurs four la Mignature.
Rien n’est plus fur ni plus facile que cette maniéré de faite les cou-leurs, elles ont un éclat Sc une vivacité qu’on ne peut exprimer, ellesne changent jamais Sc íè font à si peu de frais qu’on a pour un louïs,ce qui en coûte sept ou huit à Florence; mais l’épreuve en fera plusconnoître que touc ce que Ton en pourroit dire, il suffit d’en donnerla méthode ; on commence donc par le carmin.
Le Carmin. Aiez trois chopines d'eau de fontaine, qui n’ait paspasse par des canaux de plomb, versez la dans un pot de terre verniíé ,étant prête à bouillir mettez-y une demi ou un qu art d’once de grainde coban ou couhan dont se servent les Panachers, bien pulvérisée,puis lailsez-la bouillir environ trois quarts d’heure, c'est-à-dire, jusqu’àce que la quatrième partie de l’cau loit diminuée ; mais prenez gardeque le feu soit de charbon ; après quoi coulez cette eau par un lingedans un autre vase Venise, Sc faites-la chauffer jusques à ce quellecommence à bouillir ; alors ajoûtez-y une once de cochenille Sc unquart d’once de rocourt, le tout mis en poudre à parc, puis faitesbouillit cette matière jusques à la diminution de la moitié, ou pourmieux dite, jusqu’à ce qu’elle faste une écume noire, Sc quelle soitbien rouge ; car à force de bien bouillir elle devient colorée ; sortez-ladu feu Sc semez-y demi-once ou trois pincées d’alun de roche pulvé-risé ou de l’alun de Rome, qui est rougeâtre Sc meilleur, Sc un demiquart d'heure après pastez-la par un linge dans un vase verniíé, onbien distribuez-la dans plusieurs parties decuelles de faiance ou ver-nisses, où vous la laisserez reposer durant douze <ìu quinze jours,vous verrez qu’il se fera une peau moisie deslus, qu’il faut ôter avecune éponge, Sc laissez la matière du fond exposée á I'air ; Sc quandT eau qui surnage sera évaporée, vous ferez bien secher la matière quireste au fond. Sc la broierez fur un marbre ou porphire bien dur Sibien uni, Sc ensuite vous la passerez pat un tamis bien fin.
Remarquez que la dose de ces drogues-là n’estpas si bien terminée,à ce que Ton dit, qu’on ne les puisse mettre à discrétion, selon la cou-leur relevée au plus tirant fur 1e cramoisi qu’on souhaite. Si on veurfaire le carmin plus rouge, on met plus de rocourt; si on le désireplus cramoisi , on met plus de cochenille; mais tout sc doit pulvérisera part, Sc le cohan doit bouillir le premier tout seul. Sc les autres tou-tes ensemble comme dessus.
Autre maniéré. Faites tremper trois ou quatre jours dans un bocalde vinaigre blanc une livre de bois de Brésil deFcrnambourg, de cou-leur d’or, après lavoir bien rompu dans un mortier, faites le bouillirune demi heure, passez par un linge bien fort, remecrez-le sor le feu,aiez au autre jletic pot dans lequel sera détrempé huit onces d’alundans du vinaigre blanc ; mettez cet alun détrempé en cette autre li-queur, Sc remuez le bien avec une spatule, l’écume qui en sortira seravotre carmin, recueillez-la Sc la faites sécher ; on peut le faite avec la,cochenille au lieu de Brésil.
llOutremer. Prenez dix onces d’huìlc de lin, mcctez-Ia dans urtplat de terre avec sept ou huit goûtes d’eau commune, mettez cela furle feu jusques à ce qu’il commence à bouillir, mettez-y une livre dccire blanche vierge rompue en petits morceaux ; quand la cire ferafondue mettez-y une livre de poix grecque, mélez-y quatre oncesde mastic en poudre, qui air été fondu auparavant dans un pot à parcavec deux onces de terebenthine, Sc laissez cuire le tout une heure du-rant, Sc après laissez tomber cette drogue dans Teau froide, Sc quandelle sc trouvera molle comme du beurre, elle sera cuite; fi toutefoisil s’y trouve encore de petits durillons, ce sera une marque que lemastic ne sera pas assez fondu, Sc alors il faudra remettre la drogue aufeu ; le tout étant cuit, mettez du lapis blanc dans un creuset au feujusqu’à ce qu’il soit tout rouge comme le feu même , puis jettez-le dansdu vinaigre blanc, il boit ce vinaigre jusques à en crever, Sc fe réduiten petits morceaux, lesquels il faut broier cn poudre, puis incorporercette poudre avec un peu de la drogue susdite, dont il faut prendre lemoins qu’il se peut, Sc gardez cela ainsi environ quinze jours; après quoimettez un ais un peu en penchant fur le bord d’une labié, il faut qu’ily sût une petite trace ou rigole à cet ais, Sc sous cet ais un petit valse