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de face. Les plus "beaux édifices de cette espece sont les palais deCherifs à Maroc en Afrique, & quelques-uns de Grenade en Espagne,que les Mores y ont bâti lorfqu'ils en étoient les maîtres.

L’architecture en perspective est: celle dont les membres font dedifférons modules & mesures , & diminuent par^ proportion de l’éloi-gnement pour rendre l’objet plus long à la vue’, comme l'escalierPontifical du Vatican , bâti sous le Pape Alexandre VII. par le Ca-valier Bernin. On fait dans la peinture mention de l’architectutepeinte. L’architecture peinte est celle qui fait paroître des • failliespeintes, colorées, représentantes diverses forces de marbres 6c de mé-taux , comme il se pratique en Italie aux façades des palais, 6c par-ticulièrement dans les Villes de la côte de Gencá , & comme íbntles pavillons de Marly. Cette peinture se fait en deux façons , ou àfresque fur les murs enduits . 8c à l'huilefur ceux de pierre. On fesert d’architecture peinte dans les décorations de théâtre , aux arcsde triomphe , entrées publiques , feux d’artificcs , fêtes . pompesfunèbres, catafalques.

Pensées , Remarques & Réflexions fur t Architecture.

Comme l’architecture traite des bâtimen's & maisons qui font lethéâtre de toutes les actions de l’CEconome & chef de famille , & detous fes serviteurs 8c officiers , petits ou grands , selon fa condition& qualité: c’est non-seulement une espece de bienséance d’cn con-ïioitre tous les tenans 8c aboutissons , & en savoir parler pertinem-ment; mais encore c’est une science absolument néceísoire. C’est pour-quoi j’ai voulu donner ici un abrégé de cet Art tiré de divers Au-teurs , & qui en soir comme une introduction , non-feuiement peurl’afpirant á cette belle profession ; mais encore à tque autre curieux.Comme h plupart de ceux qui commencent á apprendre cet Art n’enont encore aucune teinture , il est bon d’en faire ici connoître l’excel-Icnce, & la conduite qu’on doit tenir pour arriver à fa perfection.

La nature , l’att & la pratique, c'est-à-dire, l’exercice ,. font lestrois moyens par lesquels l’efprit humain arrive à tout ce qu’il fe pro-pose dans le genre possible. La nature est la disposition qui nous estdonnée en naissant pour un certain talent qui fe découvre par les in-clinations; & c’est ici pour les peres de famille un avis salutaire pourï’éducafon heureuse de leurs enfans : ces inclinations paroissent .fortmanifestement au dehors , fi l’on remarque*, par exemple , qu’unenfant regarde bâtir avec attention, & qu’il fait des petits essais pourfe divertir , & qu’il s’y adonne fans y être poussé > c’est une marqueasstarée que s’il étoit instruit des réglés de l’Art, il y pourroic fairequelque progrès. C’est pourquoi j'ose dire , & comme deviner paravance , que ceux qui n’embrassent l’architecturc que par des raisonsde famille ou d’intérêr , fans inclination , n’y deviendront jamais de.grands hommes & de fort habiles gens. Le meilleur leur manque ;’ìa nature > le naturel & l’indination : nihil invita Minerva : rienmalgré Minerve. On peut dire de l’architecture , ce que l’on dit d’uncommun consentement de la poésie & de la peinture , qu’il faut êtrené tel, & avoir ce génie. De ce défaut 6c de cette inadvertance despaïens, vient le grand nombre des ouvriers communs. II n’y a riende si beau > que l’instimtion d’un Architecte , selon Vitruve , & lurtour quand il lui recommande de nette point adonné a Tintcret, par-ce que les Arts- font le plus souvent mal exercez par ceux qui Ibntcontraints d’en subsister ; puisque cette nécessité érousse les plus bel-les conceptions de l’efprit . à cause de l’impossibilité qu’il y a de lespratiquer fans s’incommoder : cependant quand on a une profession ,on y doit non-feulemenc trouver ía subsistencc; mais encore du gain,pourvu qu’il soit fans reproche de la conscience & sans blesser íà ré-putation.

La nature ayant commencé , l’Art doit diriger ensuite. I! consistedans les préceptes & dans le dellèin. Les préceptes s’acquierent parla lecture des livres , & par la conversation des Savans 8c des gens«'expérience , 6c le deílein par une application assidue à mettre exa -tement fur le papier ce que l’on a imaginé , tant pour fe le représen-ter à foi-même , que pour le faire connoître aux autres. On dessinepour apprendre , lorsqu’on copie les desseins des maîtres , & s’il fepeur de grands maîtres ; car les premieres impressions du médiocre ,du commun & de l’excellent , laissent des traces dans les deux sa-crifiez de l’imagination & de la mémoire, qui font d’une bonne oumauvaise conséquence , une imagination salie par de mauvais ori-ginaux ne fe puriste pas facilement par des contemplations & imita-tions de meilleur goût. Semel imbttta recens servabit odorem testa dut,XJn vai/fèau ne perdra que difficilement une mauvaise odeur & mauvaisgoût déja contracté. II faut donc mettre au net les mesures que l’ona prises des plus excel’ens ouvrages ; mais le delîein d’invention va audeia , 8c cels lorsqu’on compose de foi-même dts bâcimens ; maisil ne suffit pas de garder son cabinet , Sc de ne s’atracher au dellèinque par patience & fans jugement , il faut encore que l’inspectiondes édifices bons 6c mauvais salle & forme le goût , de forte que lescomparant les uns aux autres , on fe forme un dissernement justedu beau , & on en fasse la distinction d’avec ce qui ne lest pas. IIfaut y remarquer attentivement , 6c les maniérés différentes des di-vers Architectes, en savoir porter un jugement , 6c prononcer enfoi-méme touchant ce qui est le mieux : c’est là également l’étudcde l’Architecte , du Peintre & du Sculpteur , à l’égard de l’architectu-re cn particulier : Bramante , qui est un des premiers , a eu unemaniéré íeche , parce que l’architecture de son rems ne commençoitqu’à fe rcnouveller 6c tenoir encore de l’ìgnorance des derniers sié-cles , au lieu que celle de Michel Ange est fierc 6c hardie par rap-port à son delîein. Comme aussi entre nos François celle de Philbertde 1 Ointe , de Jean Bulan 8c du Cerceau , est plus mesquine quecelle de Messieurs le Mercier, Manfart 6c le Muet qui les onr suivis ,Sc ainsi des autres. Or comme il n’y a point de Pais qui renferme«mtierenient un Art qui a tant détendue, 6c que les Nations diffé-

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rentes bâtissent á proportion des diverses températures de l’air ; 1cfroid 6c le chaud obligeant à une glande distinction , tant pour la for-me des édifices , que pour les matières dont on les construit ; il fautterminer fes études par les voyages , Sc faire des recherches curieusesqui puissent servir pour toujours , afin de profiter de ces péniblesentreprises 6c ne pas revenir comme l’on est parti. L’Italic fournitassez de sujets à la curiosité 8c au désir d’apprendre, fans aller end’autres Pais où l’architecture n’est pas dans la même perfection.C’est en cette pairie de l’Europe où l’on voir les plus superbes monu-mens dc la magnificence des Anciens , 6c particulièrement à Rome ,qui renferme encore ce qu’il y a de plus précieux , Sc d’où l’on a tiréks meilleurs principes de ccr Art, étant difficile de croire que lesGrecs qui ont inventé les ordres les ayenc portez à un pareil dégréde perfection que les Romains , tant pour la correction , que pourla grande maniéré qu’ik avoient dans leur architecture, comme danstoutes les autres choses. II faut tenir dans l’cxamen des ouvrages an-tiques 6c des modernes , un ordre qui rende utile la peine qu’onprend à les regarder. II les faut d’abotd considérer en leur tout en-semble , 6c remarquer si les parties font conformes à l’ufage pourlequel on a fait le bâtiment , si elles ont relation à la malle de ledi-difìce , 6c enfin 1 Î l’armonie & la bienséance s’y rencontrent. Aprèsil faut entrer dans le détail des parties Sc voir si les ordres y font ré-guliers , Sc que ks moindres orne mens n’échapcnt pas fans avoir re-çu quelque coup d’œil ; il est bon d’cn mesurer quelques uns, 8c prin-cipalement les grandes proportions, íàns employer beaucoup de remsâ les mettre au net : ce travail ayant été fait avec exactitude fur lesédifices antiques, plus que fur ks modernes par d’autres Architectes ,à qui l’on a une grande obligation de s'être donné cette peine , 6ceníuite lorsque l’imagination est remplie de ces belles idées , on peutinvente* quelque choie pour éprouver fes forces , 6c pour voir si l’ona fait quelque progrès.

Enfin après que la nature a commencé 8c que l’art a conduit, l’exer-cice acheve, 8c c’est dans la pratique que les autres parties devien-nent utiles , puisque ni l’éuidition , ni les discours , ni ks voyages,ni même enfin les desseins, quelques beaux qu’ils soient , ne ferventque peu de chose , si on- ne les fait mettre en œuvre. C’est cette pra-tique qui fait le véritable Architecte , 6c qui lui fait remarquer lagrande différence entre les desseins Sc l’ouvrage. C’est elle qui lesrend maîtres de tous ks autres ouvriers, lorlqu’il a la connoissance deleurs métiers , étant nécessaire qu’il sache juger, non-sèulement de lasculpture , de la charpenterie , de la menuiserie Sc de la serrurerie ;mais aussi des prix de toutes ces choses, pour les proportionner à ladépense qu’il a dessein de faire , ou qui lui a été ordonné de fairepar quelque personne de considération qu’il peur faire entrer en con-noislance de íá sage 8c fidèle conduite. Un tel Architecte s’attire la dé-férer,, e de tous ses ouvriers, qui suivent fes ordres Sc fes fentimensavec plaisir, lorfqu’ils sont persuadez qu’il fait joindre la pratique àla théorie. II est vrai que les difficuïtcz qu’íi faut surmonter pour screndre habile homme en ce r Art , rebute ceux qui commencent, Scleur fait souvent abandonner la théorie pour se jerter dans la feulepratique , voyant qu’agissmr raisonnablement, il faudroit pour acqué-rir la perfection de cet Art, entier dans la connoiilànce des princi-pales parties des Mathématiques : en effet , celui qui veut s’entcndredans l’art de bâtir > il doit savoir la géométrie Sc l’arichmétique enperfection. Voyez Arithmétiq_ue dans le Dictionnaire (Economi-que. II doit savoir l’optique 8c la perspective , que vous verrez aussien son lieu > 6c certainement ce feroit assez inutilement , n’étoit lerapport indispensable que la géométrie , arithmétique 6c p rfpectivcont a et art de bâtir ou architecture. II s’enfuit de là que l’architec-ture à qui la nécessité a donné son origine , 6c la commodité son ac-croissement , est une science qui en embrasse beaucoup d’autres , àcausé du rapport qu’elíe a nécessairement avec elles.

11 y a une remarque très considérable à faire > c’est que la différen-ce du dedans 8c du dehors des édifices donne quelque altération auxmesures , qu’un ordre élevé fur un autre semble devoir être autre-ment proportionné pour faire son effet , que s’il éroit fur le rez dechaussée. Un autre avis considérable , c’est que dans les- ouvragespour peu considérables qu’i's soient, on ne fauroit apporter assez dcprécautions cn fe servant de desseins Sc de modèles du moins en pe-tit , pour juger de l’csset de l’ouvrage , c’est une vanité ridicule defe piquer de faire les choses du premier coup lorsqu’on y, peur faireréflexion , principalement quand le sujet le mérite ; parce que quandvoue bâtiment est fait > on ne vous demande pas fi vous y avez em-ployé peu ossbeaucoup de peina ; mais s'il est tel qu’il doit être , ilest constant que les beaux & exceller, s édifices n’ont point été faitsfans peine , (ans étude 6c fans méditation ; de tels ouvrages ne tien-nent rien d’un heureux hazard , mais du dessein Sc d’une prémédita-tion bien concertée.

Remarquez de plus que des ordres étant le principal ornement del’architecture > & qu’ils distinguent les bâtimens ordinaires de ceuxque la magnificence eieye , ils apporteroient plûtôt de la confusionà ledifice que de la variété 6c de l’élégance , s’ils netoient bien pro-portionnez 6c bien exécutez. Ceux que Vignole nous a donnez ontpâlie jufqu’à présent pour les meilleurs d’entre les Modernes, Sc cequi ks a fait le plus suivre > c’est la facilité avec laquelle il en a don-né les régies que l’on f ra-'bien de consulter , sur touc dans la derniereédition de son Cours d'Architecture , Rarìs 1 69 4.

On avertit que l’on expliquera tous les mots 8c termes de l’architec-ture dans ce Supplément dans les diverses lettres de l’alphabet, Sc quequoiqu’on ne fe serve point de figures gravées pour exprimer chaquepisce aux yeux , on espère cependant en donner des définitions Scdescriptions fort intelligibles. La maniéré pour atteindre à cette clar-té, c’est que l’on expliquera les choses lesplus composées par les cho-ses simples dont elles dépendent Sc dont elles sont composées, faisantpour cela des renvois a ces dissérens endroits ou pjeces simples qui

peuvent