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d’Architecture : ce moi est d'un fort bel usage i on dit donnet de !agrâce aux figures , & l’on appelle ces figures , figura gracieuses. Grâcepour agrément, se dit principalement & proprement des personnes vi-vantes , & puis des personnes peintes & représentées. Grâce signifie lebon air, la bonne mine d’une personne, ses maniérés d agir, de parler,de s’habiller qui plaise aux autres ;' un habit magnifique donne de lagrâce & de la dignité à une personne qui est d’ailleurs bien faite, carautrement on ne dit pas alors qu’il y ait de la bonne grâce dans cetajustement , qui pour si précieux qu’il soit ne peut donner cette bon-ne grâce , c’elt une qualité de la personne, c’est son air , sa maniéréoù est 1e fond de la bonne grâce , mais elle reçoit un grand reliefpar les accompagnemens avantageux. Ce mot a paílé de la réalitéa la peinture fur tout vive & animée d’après natur» Bonne grâcechez felibien ( qui n’en parle qu’avec exagération ) est une partie toutedivine & qui charme les yeux, peu de peintres , ielon lui, l’ont eue ,c est un agrément de beauté dans la figure, & fur tout dans son atti-tude ; cet agrément procède, dit-il, d’un certain tour & d’une noblessed’attitude aisée & propre au sujet : on trouve aussi de la bonne grâcedans des ouvrages inanimez > lorsqu’ils font peints &.représcntez, maisnon dans le réel , parce que quoique la bonne grâce n’appartiennequ’aux personnes, & êtres raisonnables, capables de bienséance, cepen-dant ces ouvrages peints participent aux qualitez de leurs ouvriers &de leurs auteurs, qui semblent avoir transmis & laissé dans l’ouvragede leurs mains des vestiges & marques sensibles des agrémens, de labonne grâce, de la bienséance, de la justesse Sc proportion dont ilssont pleins. II étoit assez difficile de donner raison de ce phénomène& pratique de peinture, vû que Felibien n’en a pas fait mention ni deFile. II faut toûjours bazarder quelque chose pour éprouver ou diver-tir I’esprit des amateurs des beaux arts; on n’hazarde rien quand onpropoie st s pensées & imaginations indifféremment 6c en passant : nousavons dit ailleurs l'étymologie de glace, que nous omettrons ici pouréviter une longue répétition.
GRADATION. Terme de Peinture & d’Architecture. Dansl’Architecture ce terme signifie la disposition de plusieurs parties avecsymmétric & par dégrez qui forment une maniéré d’amphithéâtrc,eníorte que les corps* de devant ne nuisent point à ceux de derrière,ou pour mieux dire à ceux qui les suivent , & sont plus intérieurs àtout le corps du bâtiment entier , c’est à-dirc, que l’on procure cet-te gradation dans un bâtiment, lorsque les parties qui font la premiè-re face ont moins de hauteur que les suivantes parties , qui s’élevantplus haut, présentent une seconde face qui domine sur la premiere patun nouveau gradeftu dégré d’éiévation. Le Château de Versailles faitcet effet en arrivant par la principale avenue , rien ne reste caché à lavûë de celui qui le considère & qui y arrive. II semble que tout legrand bâtiment divise sa hauteur en trois parties ; la partie la plusballe, fait une premiere face & fournit un premier spectacle par sonavancement. La partie moyenne dans une cfpece de fuite , & commefur un second plan fait un second spectacle ; Sc la plus haute, commefur un plan nouveau & plus reculé , acheve d’exbiber le tout d’unemaniéré compktte & achevée. II a. rive ici quelque chose dans cettegradation , que l’on voit dans l’évolutìon des branches d’un éventail,îlont la premiere branche pu feuille est en avance; la seconde est plushaut & plus élevée ; la troisième Sc les autres font le même effet furla seconde, que la seconde fait fur la premiere & antérieure.
Dans la peinture la gradation ou dégradation des couleurs , c’estlorfqu’on en éteint la vivacité ou qu’on l’augmenre. L'augmentation sedoit appeller gradation , & la dégradation marquera la diminution, fé-lon les différens dégrez d’éloignement, & selon que l’on suppose l’airplus ou moins épais. On applique ce mot également aux deux con-traires, à la lumière & aux ombres:car dans la lumière Sc dans som-bre il arrive cette même sorte de diminution St d’augmentation > cettemême force 5t affaiblissement, selon les divers dégrez d’éloignement.Dans ce que je viens de dire on suppose que l’air est plus ou moinsépais , selon que l’objet est dans un plus grand ou moindre éloigne-ment, ce qui ne signifie pas que l’air ne soit point pat tour de la mê-me dansité Sc rarité, mais que l’œil a plus de peine à atteindre sonobjet au travers d’une grande quantité, Sc au travers d’un grand volumed’air, qu’au travers d’un moindre volume de cet air, quoiqu’uniformepar tout, dans une eau profonde. mais uniforme dans les parties, jevois plus facilement un objet (par exemple , une picce de bois cubi-que sous seau ) lorsque mon œil n’a qu’à pénétrer une petite lurfacehorisontalc d’eau de l'épaisseur de deux pouces , que lorsque ce corpscubique descendant plus bas met entre mon œil & lui un volume d’eauplus considérable. Ce q:i arrive dans l’eau arrive aussi dans l’air pourla même raison ; & il n’y a point ici, à proprement parler, ni dansl’air, ni dans l'eau, ni dans leurs parties)qu’on suppose toujours di lamême consistence) aucune prétendue épaisseur; mais on ne veut mar-ques par cette façon de parler,autre chose que ce que je viens de dire,ou que les rayons visuels s’assoiblissent & s’éteignent en allant si avant,ou que les efpeccs (que les objets envoyent ) s’affoiblislènt en pallàntau travers d’un si grand volume d’air ou d'eau. On peut remarquer parce que l’on vient de dire dans cet article de gradat’on & de dégradation ,qu'il faut être capable d'exprimer des choses fort fines & fort subtilestn voulant parler passablement bien de la peinture & de plusieurs deses mvstercs, & c’est dommage que d’excellens praticiens fassent de sibeaux ouvrages dont les seuls curieux lavent parler, pendant que cesPeintres testent muets : semblables cn cela à ces belles personnes, quine sont pas en état de palet de la beauté qu’ils possèdent , & dont unhabile homme qui ne seroit point doué de beauté sensible & corporel-le parkroit abondamment & exactement, & en seroit des traitez ac-complis. II se trouve pourant des Peintres comme M. de Piles & M.Felibien qui ont joi t une belle théorie à leur pratique. Les autresPeintres n’oscnt s’hazudir à parler, mais sc content de bien faire, envercu de leur heureux génie & instinct, une routine & imitation choi-sie, Sc une habitude longue , aisée Sc devenue, trcs-facjíe > Sc fi quel-
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qu’uns s’hazardent à eft discourir, ils ne disent rien de clair : tout y estsombre,& enfin tout aboutit & se résout en sentimens Sc au je ne faiquoi de plusieurs efpeccs. Plusieurs heureux Peintres sont si naturelsqu’ils imitent entierement la nature , laquelle fans parler fait des œil-lets & des roses charmantes, dont nous parlons avec admiration, pen-dant que la nature reste dans un profond silence fur les ptopres ou-vrages. Disons quelque chose de l’étymologie de ce mot gradation.II vient de gradus dégré Sc grade , & le mot de gradus vient de gradémarcher , aller , avancer , faire des pas vers un but ou fin. Grade oudégré est la premiere & petite mesure de l’avancement & du mouve-ment vers un but & terme. La gradation sera donc l’avancement & leprogrès ou accroissement successif par le plus & le moins & par tousles dégrez des nombres ; ce qui fonde la façon de parler Latine pourexprimer une chose parfaite de dire res omnibus numeris ( gradibus )absoluta. Dans la gradation (en fait d’Architecture ) il faut dire quela gradation dans un bâtiment est l’élévation des parties d’un mêmeédifice qui paroissent l’une au-dessus de l’autre par dégrez. II sembleque P Architecte a voulu ménager la vûc du spectateur, & ne lui avoulu montrer que successivement la grandeur & l’élévarion de toutl'ouvrage entier. La gradation de lumière & d’ombrc dans la peintureconsiste aussi dans les divers dégrez , nombre Sc force de l’un Sc dcl’autre , par rapport à tout autant de dégrez d’éloignement cn avantque l’on suppose que les divers objets peints & imitez d’après natureen ont réellement & respectivement à part loi : dans cette gradationpratiquée dans la peinture il y a ceci de beau > c’est que les couleursfont entr’elles en même raison & rapport que les éloignemens fontentr’cux. Cest ce rapport composé qu’on appelle proportion ; on pou»toit même l’appclier lharmonie optique , tout comme le mot d’harmo-nie est déja en usage dans les rapports composez, ou harmonie dei*sons. La raison est égale & autorise norre nouvelle maniéré de par-ler , ceux qui cherchent autant la raison que les autres cherchent leslile pur & châtié, me permettront d’user de cette liberté en guise decompensation.
GRADINS , s’applique en plusieurs lieux & occasions. Gradinsfont des dégrez fur la table d’un autel ou sot un buffet. On peut ap-peller aussi gradins de Dame, certains dégrez en maniéré de retraites sortlarges au bas d’un dôme , comme ceux du panthéon & du dôme ditCollège de la Sapience à Rome. Gradins de jardins , sont des efpeccsde petites contrc-terraffes élevées en maniéré de dégrez, où l'on mecdes caisses, des vases & des pots dc fleurs pour terminer quelqu'allée :on les fait de gazon ou de maisonnette avec tablettes , & ils sontdroits, ou circulaires en maniéré d’amphithcâtre. Gradin ne se dicpas seulement d’un autel , on le dit aussi d’un reposoir quand on leveut parer Sc y mettre plusieurs rangs de cierges ou d’argenterie éle-vez les uns au-dessus des autres. Voyez. Gradation.
GRADINE. C’est: un outil de fer acéré en forme de ciseau quia des dents & qui sert aux Sculpteurs. Cette gradine est un outil plac& tranchant par le bout d’en bas où il y a deux aches ou deux ou troisdents. II n’est pas si fort que la pointe , Sc n est pas si doux que leciseau ; voici l’histoire de Tordre de l’usage de ces divers instrtiinens.Les Sculpteurs qui travaillent en marbre & autres sortes de pierres ,se servent d’outils de bon acier trempez & forts , selon la dureté de lamatière : la premiere chose que l’on fait est dc scier dans un grand blocde marbre un autre bloc bien plus petit, & de la grosseur pourtantdont l’on a besoin pour faire, par exemple, une statue, ce qui se saieavec une scie de fer unie Sc sans dents ; & à mesure que l’on fie lemarbre l’on y jette de l’eau & du grais pilé , le grais sert à user le mar-bre , Sc l’eau le fait sortir en boue lorsqu’ii n’a plus de force , & em-pêche le sec de scchauffer ; après cela on dégrossit le marbre que l’onveut travailler > on en ôte le superflu à grands coups d’une forte mas-se , & avec une pointe assurée de court , c’est à-due , bien aiguisée.Lorsqu'on a dégrossi 1c bloc, selon les mesures que l'on a prises pouren tirer fa figure , on approche dc plu- près avec une pointe plus dé-liée , c’est-à-dire > qu’on avance l’ouvrage davantage, & si l’on sc sertde la double pointe , qu’on nomme dent de chien ; on appelle cel#approcher à la double pointe : c’est alórs qu’on met en usage la gradi-ne. C’est avec cct outil que l’ouvrier travaille pour avancer son ou-vrage , après quoi il prend un ciseau qui a un large tranchant , maieuni, ce qui n’est point la gradine qui a des hoches & des dents: avicce ciseau l’ouvrier ôte ses rayes que la gravinc a laislees lùr se marbre .& sc servant adroitement & avec délicatesse dc cet outil, il donne dela douceur & de la tendresse à fa figure , jusqu’à ce qu’enfin pre-nant une râpe , qui est une espece de Time ronde & cornue aux deuxbouts , il met son ouvrage cn état d’être poli ; voilà la suite de l’ou-vrage sse l’Artisan jusqu’à la gradine : quand le Sculpteur a ainsi ache-vé íà figure avec des outils , qui doivent ê;re tous de bon acier dccarmd , comme il reste encore souvent de certains endroits qui de-mandent à être polis , il sc sert pour cela de pierre ponce & de potéepour rendre toutes les parties lisses & polies ; ensuite il y passe !e Tri-poli , & íoríqu’i! veut leur donner plus de lustre, il les frotte avec dcla peau & de la paille brûlée. II y a trois instrumens dentcz,la marit-ime ( ou marteau de fer qui a des dents du côté qui a de la largeuren quarté ) la gradine que nous avons décrit, & la boucharde de figure' pitamidale > qui a un plan ou base pleine de dents ou pointes, parlesquelles l’Arufan meurtrit le marbre & lentame fans danger dc lecasser. On fait le même usage de la gradine & des autres outils ci-dessus nommez , non seulement sor le marbre,mais aussi sor toute au-tre sotte de pierres dures dont on veut tirer ou former diverses figu-res ou statues ; partyii ces pierres dures on compte celle de Saint Len,de Troslì ou de Tonnerre, Ton y travaille avec la même conduite cì-def-sus décrite , à l'égard du marbre; cxctpté que comme la matière n estpas si dure l’on se sert d’outils moins forts & dont quelques-uns sont dedifférentes figures. S’il arrive que l'on fasse aussi des ouvrages de grais,on a des outils particuliers ; car k grais se travaille cn piquant > & ce-la différemment de ce qui se fait sor le marbre Sc autres pierres. Le