HON.
ft» tí'cnfttt au Louvre en carrosse , d'avoir les tabourets chez la Rei-ne. Les honneurs d’une maison ou d’un repas > sont certaines cérémo-nies qu’on observe en recevant des visites » en faisant des fêtes , Scqu'on rend par soi-même ou pat quelque personne à qui on en com-met le soin, comme d'aller recevoir les personnes ou les reconduire ,de les placer, de leur servir les meilleurs morceaux , 8cc* Les hon-neurs sont un nom qu’on donne aux principales pieces qui servent auxgrandes cérémonies , aux sacres des Rois & des Prélats, aux Baptê-mes , comme les cierges , le pain j le vin. Dans le sacre des Prélatson présente pour honneurs des pains argentez Sc dorez , Sc des barilspleins de vin, armoyez des armes du Prélat, comme il est porté dansk Pontifical Romain : datis les obsèques on présentoir autrefois leshonneurs, c’est-à-dire, l’écu > le timbre, l’épée , les gantelets , les épe-rons dorez > le pennon , la bannière , le cheval, Scc. Les honneursfunèbres font les pompes & cérémonies qui se font aux enterre mensdes Grands, comme tentures & oraisons funèbres. Les honneurs delíglise sont Ics droits qui appartiennent aux Patrons d’Églises & auxSoigneurs Haut justiciers, commj la recommandation du prône, l’en-cens, l'eau bénite , îa premiere paît du pain bénit.
HONNEUR ou le point d’Honneur. C’est le mot oufaçon de parler la plus obscure , la plus vague Sc la moins détermi-née ; Sc si elle Lest > c’est presque toujours selon des régies de fantai-sie iàns beaucoup de fondement ; car pour déterminer ce point il fau-droit connaître en quoi consiste le vrai honneur de l’homme raison-nable > mais comme peu consultent & recherchent ce vrai honneur ,de la vient que l'on peut dire qu’il y a autant d’opinions fur cela ,qu’il y a des goûts divers & diverses opinions, t ot capita , tot sensus ,il suffit pour les gens de bien , Sc d’un esprit solide, que le vrai pointd’honneur consiste dans la fidélité à remplir son devoir 8c fa vocation.
HONORABLE HOMME. Est un titre que l’on donne dansles contrats à ceux qui n’cn ont point d’autres , & qui n’ont ni Char-ge ni Seigneurie qui leur donne une distinction particulière; c’est celleque prennent les petits Bourgeois, les Marchands, & les Artisans. Enterme de blason on appelle pieces honorables de l’écu, les pieces princi-pales qui en leur juste étendue peuvent occuper le tiers de son champ.Qjelques-uns n’en mettent que neuf; savoir, la croix, le chef, le pal,h bande , la fasce, le chevron > le sautoir, le giron & l’éculson, d’au-tres y en ajoutent trois, la bordure,l'essonnicr ou le ttecheur. Amendehonorable , est un supplice infamant ou un criminel est livré entre lesmains du bourreau,qui Bayant mis nud en chemisé 8c la corde au col,avec une torche de cire ardente à la main du poids de deux livres , leméne à l’Audiance ou devant la principale Église du lieu > & on l'obli-gc à demander pardon à Dieu, au Roi , à la Justice & à sa Patrie deì’action par lui commise. Quelquefois la peine finit la , quelquefoison ajoûte les galères ou la mort.
H O N O R A I R E, qui fait une fonction , qui possède quelquetitre, quelque qualité seulement par honneur, fans aucun émolument,fans aucune charge ni administration ; ainsi on appelle un Conseillerhonoraire, celui qui après avoir été vingt ans dans fa charge,la vend,& cn qualité de vétéran , sc conserve le droit de séance & de juge-ment aux Audiances, fans pouvoir rapporter ni participer aux épices.
II y a aussi des Conseillers honoraires qui ont droit d’entrer dans lesCompagnies, soie en vertu des lettres du Prince , soit pat le privilègede leur charge ou de leur dignité. On appelle Tuteur honoraire , despersonnes de qualité qu’on nomme pour avoir l'osil à l’administra-rion du bien 8c des affaires des mineurs , tandis que les tuteurs agis-lài’.s , qu’on appelle oneraires ab onere tuteU , à cause de la charge pé-nible & onéreuse de la tutelle , en ont le maniement effectif & la sol-licitation.
HONORIFI QU E. Terme de Jurisprudence , qui ne se dic quedes droits qu’ont les Patrons, Fondateurs des Églises, d’y jouir de cer-tains honneurs à l’exdusion des autres , comme d’êtrc enterré dans lechancel, d’avoir des litres & ceintures funèbres tout autour de FÉglifededans Sc dehors, droit de nomination á la Cure , d’êtrc recomman-dez les premiers au prône » d’avoir de l’enccns , de l’eau bénite, & lapremiere part du pain bénit: Voyez le Traité de ces droits par M. Ma-réchal , réimprimé en 1703 . avec des notes.
HONTE. Signifieletac de trouble , de confusion & de colere oùl'on se trouve quand on est exposé à la vue 8c au jugement des per-sonnes irréprochables, dans un état indigne de l’homme raisonnable,& vertueux; c’est un état où [esprit de l’homme est confus, ne pou-vant trouver en soi aucun moyen pour éviter le blâme des gens debien, & le reproche de fa conscience excitée & éveillée à l’occasiondes jugemens & condamnations qu’on porte de lui. C’est un état detrouble , car lame en cet état ne peut se complaire en ellc-même ,puisqu’elle a viole l’honneur qu’clle devoir à sà propre personne & àsa nature raisonnable, & causé de la peine aux gens de bien, quifondes tristes témoins de son indignité ; c’est un état de colere , carFamé dans son désordre regarde comme ennemis ceux qui ne peu-vent s empêcher de la condamner ou d’avoir compassion d’elle , com-me d’une nature dégradée,qui se rend méprisable par le choix qu’ellea fait de ce qui est le plus honteux , en place de ce qui seul ctoit ca-pable de l'ennoblir , la perfectionner & la rendre solidairement heu-reuse. Elle a de la colere contre ces juges clairs-voyans, parce queleurs jugemens l’exposent clle-méme à elle-mcme dans une solitudeaffreuse , privée de toute estime , approbation & affection des gensde bien: elle a de la colere, c’est-à-dire , qu’elle voudroit, ou les pri-' ver de la vûë, ou les détruire, afin que ce feu du reproche étant éteint& détruit, elles puissent chercher quelque accommodement avec eux-mcmesjà quoi ces âmes bades pourroient plus facilement réussir,s’ilscessoient d’ctre fous les yeux & k vive luiniere des gens de bien quiles condamnent. L’orgueil de ces personnes honteuses est un nouveaumotif de colere contre ceux qui ont compassion de leur misérableétat ; car ils étoient en possession dans leur hypocrisie précédente , dek gloire & de l’estime très utile & très-avantageuse des gens ,& ver-Tome I.
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tiièûx Sc Jiùiífasis, desquels avantages étant privèi Sc tìécìnis, iis sc re*gardent comme privez de très-grands biens ; le cœur injuste regardeces personnes qui ont découvert cette hypocrisie , comme des voleursinsignes , qui lui ôtent des biens inestimables dont ils jouidoient in-justement auparavant, & lâ peine où ils sont dans cette privation estd’aucant plus glande , qu’ils font moins en état de sc rétablir » ils sonttrop pervers pour se repentir ; ils font trop lâche* 8c orgueilleux pourfaire de nouveaux efforts pour rentrer dans leur devoir , Sc s'humilserdevant ceux qu’ils ont fi indignement surpris , trompé Sc scandalisé;On a donc raison de dire que Ja .honte est un état de trouble Sc deconfusion , mais de colère t Sc comme l’on peut s’appercevoir par lesdernieres considérations , un état de désespoir. Ce qui me scroit con-clure qu’une personne sage & charitable doit tellement user de cettedisposition où sont tombez les coupables , qu’ils ne permettent pointque ces personnes tombent par l’exccs de la honte dans le désespoir*
II faut pendant qu’ils sont dans cc feu, leur ouvtir les ressources pouren user utilement ; Sc pour leur amendement & instruction. C’est detoutes les passions la plus avantageuse à conhoître pour un ocre de fa-mille dasls l’éducacion de ses en fans, son dans l’enfance , soit dans lajeunesse , on peut sans coup férir entretenu dans toute sorte de vertuCeux qui dépendent de nous , Sc les corriger de leurs défauts ou vi-ces , fulsent-ils considérables* Le fléau de la honte est plus efficacequ’on ne pense , & c’est un grand secret de l’oeconomie Sc gouverne-ment des familles , Sc même des Villes j d’établir quelques cnàtítnensde cette espece > qui réveille Sc excite l ame des vicieux à considérerles idées & semences innées, Sc les llntiméns naturels de bienséance ;dssionnêteté, d’équité, en un mot , de vertu. Qu’un pere de familleseroit heureux de connoìcre bien la nature de ces deux passions, la pu-deur 8 c la honte ; car s’il connoît bien la nature & l’ufitge de la pu-deur , il entretiendra facilement ses enfans Sc ses domestiques dans tou-te forte dc vertu Sc de devoir ; Sc par la honte il les portera au repen-tir de leurs fautes, Sc à une sincère conversion Sc réformation dc mœurs*Ce qui est ci-dellùs semble suffire , mais comme il y a dans le sujetdont est question, bien des choses dont la connoissance est autant sub-tile Sc cachée qu’elle est utile, je fuis d’avis d’ájoûter ici quelques traitsde la parfaite connoissance qu’avoit M. Descartes des passions, Sc enparticulier ce qu’il a dit de la nature Sc de l’usagc de la honte dans lamorale. Dans larticle 46 . de la seconde partie de son Traité admirable &exaêì des pajjtons , il dit, parlant de la honte Sc de la gloire ; ces paro-les courtes, mais d’une grande 8 c profonde pénétration: Le biens dit-il , qui est en nous ou qui y a été , étant rapporté À l’opinion que les autreten peuvent avoir , excite en nom de la gloire , & le mal de la honte. IÍparle ici de la vertu Sc du vice par rapport à l’opinion , Sc pour ainsidire par rapport á la mode de chaque Nation ; car un homme sagedoit sentir une grande peine en soi-même, lorsqu’il voir qu’on l’accùsede mépriser les Loix Sc vertus, ou coutumes nationales , Sc que lespersonnes considérables dont il dépend , peuvent lui reprocher qu’ilméprise leur sagesse Sc les jugemens qu’ils portent du bien Sc du mal zd’ou je conclus que 1a prudence Sc politique, Sc notre propre avantagedemande que nous paroiffions pour le moins nous conformer auxjugemens des púislans d’un Pais, autrement nous paroissons ou or-gueilleux > en préférant en public nos jugemens aux sentitnens Sc opi-nions de k Loi publique , ou personnes fans sagesse Sc fans connois-sance de nos propres intérêts, ou brutaux Sc fans politesse, en mépri-sant publiquement cc qui est estimé pat des personnes respectables Sddont nous dépendons. La honte de M. Descartes n’est pas celle donton a parlé ci-dcvant ; mais 1a connostince de ce que dit ici M. Des-cartes ne reste pas d’être tres-utile à 1 (Econome Sc au Politique , Scc’est certainement une grande honte à l’homme judicieux Sc raisonna*ble de manquer en ce point. Dans l'article 20 s. dans la troifìéme par -tic de ce curieux Traité , parlant de la honte , comme contraire á kgloire dans ces effets , il dit ces paroles : La honte au contraire est unitspece de tristesse fondée austì sur l'amour de soi-même , A- qui vient del opinion de la crainte qu'on a d être blâmé ; elle est outre cela une especede modestie ou d humilité & de défiance de soi-même : car lorsqu'on s’estimest fort qu on ne se peut imaginer de pouvoir être méprisé par personne , on nipeut pas aisément être honteux. De la il faut collcger , 1 . que la hontevient de la connoilknce du vrai bien,que nous avons perdu par quel-que forte Sc violente passion qui nous a aveuglé, z. Que la honte estune peine infligée par l’amour propre, qui sc trouve privée de 1 hon-neur dc l’affection Sc de l’estime des personnes considérables , quictoient ses causes dc plusieurs grands biens. }. Cette peine , qu’ortappelle honte, est une tristesse ou affliction spirituelle de lame qui sepoursuit elle-même comme ennemie d’elle même , ce qui cause à la-me un spectacle d’horreur Sc d’étonnement de se trouver dans une simonstrueuse contradiction. 4 . Certe honte vient de k crainte ou opi-nion qu'on sera blâmé , c’est-à-d;re, qu’on se a regardé cn la maniersodieuse dont il a été ci-dcvant parlé. j. M. Descartes remarque fortbien, que dans la honte paroît une csoecc de modestie ou d’humilité,& quelque défiance de soi-même Sc de fa force pour pouvoir se cou-vrir Sc interpréter favorablement ce qui s’ st passe ; de la vient k pos-ture de l’homme honteux , le? yeux baissez , isolant entretenir com-merce avec des yeux innocens SC vertueux , k parole humble Sc sou-mise, Sec. S. Enfin il touche cn paskot 1 origine de l’imprudence dansplusieurs sortes de personnes ; savoir . dans les grands Sc puiffàns *dépourvus dc toute connoissance de la bienséance , d’équité Sc escvertu : ceux-là ne sont point dépendans ni du peuple ni des sages ,qu’ils contraignent à des applaudissemens Sc à des complaisances qu’ilsne méritent pas. Les flateurs succèdent après l’absence des vertueux .qui bien volontiers prennent la place des autres, 8c forment un mondanouveau, une nouvelle morale, un nouveau spectacle , où ces puiffànsvicieux se trouvent avoir les places les plus avantageuses dans l’hon-neur , !a gloire, la magnanimité, la générosité, Scc.
Au chapitre suivant M. Descartes parlant de l’uíàge des deux paf!fions , k gloire Sc k honte , tient cet excellent discours : Or la gloire
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