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JEU.

te, soit qu'un tve joue rien ou qu’on joue quelqnê chose. L’ÊcrimreSainte , dit-il , ne defsend le jeu ni directement ni indirectement, lenom mime nc s’y trouve us. Pour moi je peníc qu’il Faut avant tou-tes choses distinguer trois fortes de personnes > des sages Chrétiens tdes Payens politiques, Sc des Philosophes. Á l'égard des Philosophesje citerai Cicéron & ton opinion fur le jeu , comme le Casoistc desanciens Sages & Philosophes. La nature » dsoil, ne nous a pas faitpour jouer comme des enfans , elle demande de nous une conduitegrave Sc sérieuse > & nous appelle à des occupations plus importan-tes que les divettislèmens & les jeux; Je m’en tiens fort Volontiers ácette régie par rapport aux Philosophes. A l'cgard des Politiques &des Magistrats , ils doivent autoriser la Doctrine suivante pour eux*mémes & pour les honnêtes gens du commun , pour qui ils doi-Veht avoir de la condescendance. Ce ft’eft pas qu’on nc puisse quel-quefois se permettre les jeux & les divertissemens, mais on n’ch doituser que comme on use du sommeil & des autres soulagemens néces-saires à la nature ; & ce ne doit êtte qu’aptès avoir satisfait aux assu-res sérieuses. II faut même prendre garde que nos jeux n’ayent tiend'emporté hi d’excessif, non plus que de bas & d’indigne d’un honnê-te homme ; car si nous ne permettons pas aux enfans mêmes toutessortes de jeux, mais feulement ceux qui peuvent s’accordcr avec l'hon-ncteté , combien plus devons nous prendre garde á ne nous rien per-mettre fur ce sujet qui ne convienne au caractère d'un honnête hom-me. I’our ce qui est des Chrétiens , le jeu est par soi contre l’esprìtde la prudence Chrétienne , qui consiste á bien employer le peu detems que nous avons à vivre pour méditer fur la vie à venir, Sc noustenir prêts pour une heureuse immortalité. Le Chrétien qui connoitU prix de fa haute vocation ( cat les autres ne sont Chrétiens que denom ) doit acheter le tems & ne pas le perdre , ni en pensées, nien paroles, ni en actions oiseuses & inutiles : car si on doit rendrecompte au jour du Seigneur d’une parole oiseuse . que doit on penserde tout le tems que l’on employé si régulièrement au jeu, éc dans desconversations frivoles ou criminelles ! Si l’Évangile condamne unesimple parole oiseuse comme un tems perdu , combien une plus gran-de perte de tems ne nous rendra-t-clle pas coupables ? Après ces con-sidérations il est aisé de voir en quoi consistent les devoirs des troissortes de personnes dont nous venons de parler. Nous nous dispense-rons de discuter ici les maximes de Mis. Barbeyrac, la Placette , Jon-court, Thiers & du Tremblai , cela nous méneroic trop loin. Nousnous contenterons de dire que chacun peut se regarder ou commePhilosophe , ou comme Chrétien , ou comme Politique , & jugerpar là de sa conduite. Le Philosophe suit le dictamen de sa raison ; leChrétien agit par des vues plus pures & plus relevées j lc Politique adeux soites d’obligations à remplir, l’une intérieure . qui ne regardeque lui seul, & l’autrc extérieure , qui l’engage à tolerer les fo .biel-les de ceux qùi lui font soumis , loriqu'elles ne sont point contre lesLoix de la société & de la Religion.

Pour juger encote sainement des jeux , il faut les distinguer enjèux d’adresse , de pur hazard > & mêler de hazard & d’adreílc. Lespremiers demandent , non-feulement une dextérité de main St uresouplelîc de corps , mais encore de i'esprit , de la pénétration & dela force. Tels font la paume , le billard , le mail, la courte-bouk , lepalet , les dames , les échecs , &c. II n'y en a guéres parmi ceux ciqui n’ayent leur utilité , Sc que les Médecins ne recommandent sou-vent pour la conservation de la santé. Les jeux de pur hazaid sor.tceux où l’cvénement, quoique procure par un mouvement dont noussommes nous-mémes les auteurs , est absolument hors de notre di-rection > ensorte que nous n’agissons là que comme causes aveugles& fans aucune délibération. Tels font les jeux de dez , le jeu de l'oye& quelques jeux des carres , comme le brelan . le lansquenet, &c.Si l’on veut parler sur ce point raisonnablement ». on doit tenir pourmaxime générale , que faction de l’homme doit être précédée de dé-libéiation , & accompagnée de direction & de prévoyance , sans quoil’homme n’agit plus cn homme. Par la raison des contraires il ne fautrien entreprendre témérairement, hi par fantaisie , ni par humeur ;nc point commettre nps affaires Sc nos actions à la fortune Sc au ha-tard. C’est pour fc conduire que la raison a été donnée à l’homme pti-vativemem à tous les autres animaux. Excepté le cas d'indispensablenécessité , l'homme doit en tout penser , parler & agir sous la direc-tion de cette lumière , qui a des régies certaines , des fins prêches ,& qui conduit dans un ordre admirable les moyens à leur fin. Horsdes cas de la nécessité il vaut mieux pour un (Econome & pour unMarchand un profit modique & fur qui vient de Ja bonne conduite,pourvu qu’il soit de durée , que des caprices de fortune , qui nousenrichissent par voye du hazard , qui est une cause autant capable demal que dc bien » Sc fous laquelle l’homme n’agit point Sc n’est pointlui-même Partisan dc sa fortune. Par ces considérations les jeux dehazard par eux mêmes sont peu dignes de l’homme. Les emplois quisont sous la direction de cette cause fous laquelle l’homme est passif,ne font point plausibles 5 & quoiqu’ils soient quelquefois nécessaires,utiles & commodes pour le public , néanmoins le sage doit laisse tremplir ces vocations par tant de personnes dont tout le monde estplein , à qui cet usage & cette conduite scrupuleuse de la raison estindifférente , & qui au contraire prennent plaisir à voir & à éprouvercerte diversité bizarre d’événemens , & ces vicissitudes de joie & dctristesse. Sans cette agitation Sc alternative ils feroient fan# vie & fansmouvement, Sc ne se fentiroient pas, n'éroit cette occasion conti-nuelle de nouveautez & de nouvelles de diverses fortes , qui entretien-nent leur esprit dant une continuelle curiosité. Les jeux de hazard &ces emplois sont de la même efpece , c’est-à-dire, des actions quipar soi sont étrangères & n'ont point leur fond dans le système hu-main & dans le district dc la Raison. Voilà une vérité exacte , si onagit autrement, c’est ce qu’on laisse à la liberté de chacun : trahit suaquemque voluptas.

Enfin les jeux mcíez de hazard & d’adreíse, sont ceux «ù, quoiqueTerne l.

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Je hàí.trd dotnîne & décide souverainement dc !á vtésoirt > ce qui soitqu’on les appelle quelquefois simplement jeux de hazard ) on peutcependant prendre quelques mesures , Sc faire attention à certaineschoses qui servent à prévenir ou à corriger les mauvais effets du sort »ou à faire tourner favorablement quelques coups douteux. Tels sont»comme chacun fait, trtSrac , grand ou petit > les jeux de cartes lesplus communs, &c. Ces sottes de jeux ont des qualifications compo-sées , & sont plus ou moins blâmables qu’ils approchent ou s’éloi*gnent de la raison. 11 se peur faire même que là où la raison Sc Pesoprit dominent sur le hazard , seroit une occasion à remarquer les plusgrandes prérogatives de la sagesse dc L’homme comme il paroît dan*Part dc la navigation, où la íjgeslb de l’homme maîtrise très-souvencles mouvemens bizarres & eafuels des deux élémens, Souvenc dans lècours des affaites humaines & civiles , il ne nous est pas libre de sus-pendre nos facilitez d’agir , non-plus qu’á un habile Pilote de fe met-tre en mer par son choix. II faut dans les affaites Sc les événemenspartir, il faut s’embatqucr dans quelque maniers d’agir fans avoir letems suffisant pour délibérer , fouVent quclqu’ordre dc la Providencenous presse , Sc alors nous faisons lc mieux qu’il est possible , solo»une elpcce d’art de naviger méthayliorique » qui n’est pas moins sotque 1e premier , sor tout loriqu’il y a force majeure, de prendrecomme par hazard quelque parti. On peut aussi dans ces cas , rendrehonneur à la divine Providence , en s’y soumettant & attendant toucde la main , comme il plaira á fa sagesse & à sa puislance d’en dis-poser.

JEU. C’est en mcchanique le mouvement facile de quelque rhofelainsi on dit une porte a du jeu , lorfqu’elíe s’ouvre ÍC k ferme facile-ment dans fa feuilleure : qu'un contre-rent a du jeu, lorsqu’il glissefacilement dans fa coulisse : qu'un piston a aussi du jeu lorsqu’il agitlibrement dans un corps de pompe.

JEUX D’EAU. On appelle ainsi tous îes jets » qui par la diffé-rente forme de leurs ajutages imitent diverses figures , comme k ver-re , la coupe , k parasol, i’aigietee, la fleur de lis > l’artichaut, lechandelier à branches. On appelle aussi jeux d’eau , ceux qui par lemouvement de Peau font jouer des orgues Sc autres instrumens , SCmême agir des figures, comme dans la grotte du parnasié dc la vi-gne âldobrandine a Frefcati en Italie,

JEUX de conversation , qu’on appelle autrement petits jeux »font des jeux moitié desprit , moitié dation , qu'on invente pour diver-tir ce quota appelle une compagnie galante de jeunes gens , comme celaides pleurs , des proverbes , du gage touché & beaucoup d'autres dont par-le Sorel en fa Maison des fyux. On pourroic donner à ces derniers jeuxune telle forme , que l’on pourroit bien s’en servir très utilementpour divertit , instruite & exercer I’esprit des jeunes personnes del’un & dc l’autre sexe. Les enfans des artisans jouent quelquefois à unpareil jeu ; ils proposent un métier , par exemple , k métier deChapelier , de Tailleur , & tour â tour chacun doit dire quelquequalité nécessaire à un Chapelier pour bien faire fa fonction ; Si celuiqui est court à parler, ou redit ce qui a déja été avancé, perd la par-tie. Les Religieuses dans les Convents jouent à de semblables jeux »ou spirituels , ou indifférens , mais où l’on doit employer dc l’cspric& des pensées , ou des idées ingénieuses. Les Novices de quelquesOrdres ont une pareille pratique , & je crois qu’à certains jours dedivertissement dans les familles ou dans les écoles , on pourroit bienutilement employer ces jeux , & l’on pourroit même dans ces occa-sions éprouver les esprits des jeunes gens , & connoître leurs inclina*t ions d’autant plus facilement » que l’on laifl'eroit leur esprit dans uneentiere liberté , fans les critiquer ni réformer , ou diriger leurs peti-tes Sc foiblcs opérations d’efprit. Après avoir fait ces premières épreu-ves de leur aptitude naturelle , on pourroit fans y mêler ni blâme nîcensure , se joindre tantôt à l’un , tantôt à l’autre , pour donner unpetit tour à leur pcníée qui fût tant soit peu meilleur , leur faisanecroire que l’on ne fait que relever leurs propres productions d’cfprit»Ces jeux d’efprit ne sont pas feulement propres pour le plaisir utileaux jeunes gens, mais aussi pour les personnes raisonnables. Un habileMaître de jeux d’efprit de cette sorte. c’est le Pere Bouhours , dans setPensées ingénieuses, où l'on peut faire bonne provision de ces matériauxpour foutnir a la conversation spirituelle un peu distinguée. Que stquelqu’un avoir l’ambìtion de devenir habile & original en ce genre ,( comme plusieurs amateurs de la musique & des chansons, veulent ausost apprendre l’art de l’invencion & de la composition ) ils doiventbeaucoup espérer dc lumières paf un autre ouvrage d esprit que lcMaître de cette forte d’Académie de jeux ingénieux a composé ; c’cstla Maniéré de bien penser dans Us Ouvrages d esprit, par le même PercBouhours. Le titre semble êtfe le même que l’Art de penser ou la Lo-gique ; mais le but Sc les moyens de cct Art de penser à la manièrede l'ingénieux & spirituel Pere Bouhours sont differens. L’Art de pen-ser ou la Logique 3 pour but de donner à I’esprit ou à l’emendementdc la force Sc de l’exactitude , & à enchaîner les pensées & les idéesenti'ellcs dans une connexion juste & géométrique, & enfin dc passeravec cet e exactitude d’un jugement à un autre, Sc à en rassemblertoutes les conséquences Sc corollaires dans un ordre méthodique ;mais la Logique ou 1‘Art de penser du Pere Bouhours ne tend poincdfectement à traiter des idées pures, mais des scntimens & des goûtsdu méme esprit , Sc fort souvent de l'imagination , que l'art de ccPere peut embellir & enrichit des plus agréables formes de penser ,dc parler Sc de briller de routes parts. A l'égard de la liaison de ce*pensées & de ces scntimens , on n*y prétend pas si directement : ccsont des pensées qui doivent briller par elles mêmes, car leur liaisonavec d’aurres leur ôreroit leur Icgércté & leur vivacité. Ce sont com-me des anneaux d'ot qui roulent autour de leur propre centre avecbeaucoup d’agrément, Sc qui peuvent se placer par tout dans la con-versation sans jamais déplaire; £c ( pour user de comparaison) toutdc méme que si tous ôtiez á ces beaux ancaux d'ot leur Mobilité,

Kkk (en