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Tome 1.
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II

PREFACE HISTO RIQUE.

Commerce Les Phéniciens, & T yr leur Capitale, sont les premiers O) qui se présententdes T y- quand on veut traiter du Commerce des Anciens; & ce font eux aussi qui peuvent prou-

Riens. ver davantage, à quel comble de gloire, de puissance &de richesses une nation est ca-

pable de s’élever par les feules ressources du Commerce.

Ces Peuples (comme le remarque Fillustre& lavant Auteur (Mv.Huet') de l’excellentTraité du Çommerce des Anciens , qu’on se fait honneur de prendre pour guidé dans unematière fl obseure Stqu’ila fl bien débrouillée): ces peuples, dis-je, n’occupoient qu’u-ne lisière assez étroite le long des Côtes de la mer , St Tyr elle-même étoit bâtie dans un

terrain ingrat, & qui, quand il auroit été plus gras & plus fécond, n auroit pû être suffi-

sent pour nourrir ce grand nombre d’habitans que les premiers succès de son Commerce yavaient attires.

Deux avantages les dédommagement de ce défaut. Ils avoient fur les côtes de leur petitEtat d’excellens Ports, particulièrement celui de leur Capitale ; & ils étoient nés avec ungénie si heureux pour le Négoce, qu’on les associe ordinairement avec les Egyptiens dansl’honneur qu’on tait à ces derniers de les croire les Inventeurs du Commerce de Mer, par-ticulièrement de celui qui fe fait par des voyages de long cours.

Les Phéniciens furent fi heureusement profiter de ces deux avantages, qu’ils furentbientôt les maîtres de la Mer & du Commerce. Le Liban St les autres montagnes voisinesleur fournissant d’excellens bois pour les constructions navales, on leur vit en peu de temsde nombreuses ilotes marchandes, qui hazardérent des navigations inconnues, pour y éta-blir leur Négoce; St leurs peuples fe multipliant prefqu’à l’infini, par le grand nombre d’E-trangers que le désir du gain & Poccasion sure de s’enrichir attiroient dans leur ville, ils fevirent en état de jetter au dehors quantité de peuplades, particulièrement la fameuse Co-lonie de Carthage, qui conservant l’esprit Phénicien par rapport au Trafic, ne céda pasmême à Tyr dans son Négoce, &la surpassa de beaucoup par l’étendue de fa domination,comme on aura occasion de le dire dans la fuite.

Le degré de gloire & de puissance où le Commerce & la Navigation avoit élevé la villede Tyr,Ta rendirent si célèbre, qu’on auroit peine à ne pas croire qu’il y a de l’exagérationdans ce qu’en rapportent les Auteurs profanes, si les Prophètes eux-mêmes n’en avoientparlé avec encore plus de magnificence : aussi la deseription de (à grandeur, de ses forces,St du nombre presque incroyable de ses Vaisseaux, de lès Marchandises ôc de ses Marchands,tait - elle un des plus beaux endroits de la Prophétie d’Ezécbiel, qu’on ne peut certainementoublier, quand on parle de l’exceîlence du Commerce St de là splendeur.

„ Tyr, dit le Prophète, est un vaisseau superbe. Son corps est fait du bois précieux des„ sapins de Sanir. Les cèdres du Liban lui ont fourni ses mâts : ses rames sont coupées dans les

forêts de Basen: Py voire des Indes est employé pour faire les bancs de ses rameurs : ses voi-55 les font de fin lin d’Egypte tissu en broderie, & son pavillon est d’hyacinte & de pourpre.

5i Les pilotes, les soldats, & les matelots, qui gouvernent & qui montent un si admirablesi navire, font choisis parmi les plus célébrés. Les habitans de Sidon St d’Arad font ses ra-55 meurs. Les Perses, les Lydiens, & ceux de la Libye, lui servent de soldats, St ses pilotes55 font les plus sages St les plus habiles de Tyr même.

II faut avouer qu’une image si magnifique donne une grande idée des avantages que TyrEtroit de son commerce; mais il ne faut pas craindre que cette ville superbe perde rien delà gloire, lorsque le Prophète semble quitter le langage figuré de la Prophétie pour pren-dre le stile simple de l’Histoire.

A entendre Ezéchiel, les Négocians & les Marchandises de toute la terre sont rassembléesdans cette seule ville, St les autres peuples paraissent moins ses alliés que ses tributaires. Ensorte que, comme s’exprime un autre Prophète ( Isaïe ), Tyr étoit la ville commune detoutes les Nations, & comme le centre de tout le Commerce; en un mot, la Reine des Vil-les, dont les Marchands étoient des Princes, St qui avoient pour Négocians les personnesles plus illustres de la terre.

Telle étoit l’ancienne Tyr, lorsque suivant la Prophétie d’Ezéchiel, elle succomba fousles armes de Nabucodonosor après un siège de treize ans.

Il est vrai que la Providence avoit, pour ainsi dire, ménagé un asile &des ressources auxhabitans de cette malheureuse ville. Les Tyriens pendant un si long siège avoient eu laprécaution St le tems de fortifier une Isle voisine; ils y avoient établi leurs forces mariti-mes, St leurs Négocians qui y étoient passé avec leurs magasins & leurs marchandises, yavoient continué un négoce si florissant, que la prise & la ruine de leur première ville neleur ôta ni l’Empire de la mer, ni la réputation de leur Commerce. Ce

(a) On verra, par l’ Addition à cette Préface, qu’ón doit regarder les Arabes comme les plus anciens Négocians. Onn’a pas cependant jugé à propos de la placer ici , pour ne pas interrompre le fil de la narration, ni meure en oppositionces deux Systèmes.

’V Histoire Uiùverfille à’une société Anglaise Tom. II. p. Zi. & 7 j. nous apprend & fait voir que les Syriens Sc Phéniciensfont les plus anciens Marchands Sc Navigateurs,