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Tome 1.
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PREFACE HISTORIQUE.

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Gè sot cette nouvelle ville de Tyr, qui fiére de ses richesses & de se puiísence, ose depuisrésister au grand Alexandre déja maître d’une partie de l’Asie, & qui sembla interromprepour un tems le cours de ses victoires. Mais pour prix de fa témérité elle fut entièrementdétruite par le Vainqueur; & afin qu’il ne lui restât plus d’eípérance de se relever de íàchute comme la première fois, on lui ôta íà Marine & son Commerce, qui furent trans-férés à Alexandrie, nouvelle ville de laquelle son fondateur vouloit faire la Capitale dePEmpire de l’Asie dont il méditoit d’achever la conquête.

Tandis que l’une & l’autre Tyr éprouvoient de si grandes révolutions, Carthage, Co- Commerce.Ionie Tyrienne, comme on l'a dit en passant, augmentoit ses forces par le Commerce, & DËS ç apar-là se mettoit en état de disputer un jour de l’Empire du Monde avec Rome. Thacinûis*

Bientôt ces nouveaux Afriquains fe servant de l’heureuse situation de leur ville, & met-tant à profit le génie pour le Négoce & la Navigation qu’ils avoîent apporté de Phénicie,firent passer leurs flotes & leurs Marchands, d’un côté dans l’Océan bien au-delà des Co-lonnes d’Hercule, & de Pautre le long de toute la côte Occidentale de l’Europe ; même, siPon en croit quelques Auteurs, leurs Pilotes & leurs Négocians eurent la hardiesse ou lebonheur de pénétrer les premiers jusqu'à ces Terres inconnues, dont la découverte biendes siécles après, a fait tant d’honneur & a apporté tant de profit aux Espagnols.

Les Carthaginois, tout occupés de leur négoce., ne pensèrent qu’assez tard à fe servir desrichesses immenses qu’ils avoient amassées par cette voie, pour étendre leur domination audehors. Mais il leur couta cher de s’être ennuyés de l’état pacifique de Marchands.

Leur ville, que le Commerce avoit peuplée de plus de sept cens mille habitans, se désertabientôt pour fournir des troupes & des recrues à leurs armées. Leurs ilotes accoutumées àne porter que- des Marchands & des Marchandises , ne surent plus chargées que de muni-tions de guerre & de soldats ; & de leurs plus sages & plus heureux Négocians, il se formaces Chefs & ces Généraux d’armées qui dévoient faire trembler Rome, & mettre Carthageau point de devenir la Maîtresse du monde. ■

Les hauts faits d’armes des Carthaginois en Sicile, en Sardaigne, en Espagne* & parti-culièrement en Italie sous le fameux Hannibal, auísi-bien que le désordre de leurs affairespar les victoires des deux Scipions, font des faits trop connus & qui ont trop peu de rap-port à la matière qu’on traite ici pour en donner aucun détail. On ajoutera seulement quele Commerce avoit mis Carthage à un si haut degré de richesse & de puiíîànce, qu’il salutaux Romains cinquante années d’une guerre cruelle & douteuse pour domter cette rivale ;

& qu’enfin Rome triomphante crut ne pouvoir mieux l’astujettir & la subjuguer entièrement,qu’en lui ôtant les ressources qu’elle eût encore pu trouver dans le Négoce, & qui pendantsi long-tems l’avoient soutenue contre toutes les forces de la République.

Ce fut en effet cette résolution du Sénat qui décida du fort de Carthage ; & les Cartha-ginois eux-mêmes en surent si essraiés, qu’ayant appris que dans ce dessein on vouloit lesobliger à livrer leur flote & à se retirer dans les terres à cinq lieues de la mer/ils aimèrentmieux s’exposer aux hazards de la troisième guerre Punique, qui leur fut si funeste, quede renoncer si facilement à la feule espérance qui pouvoit leur rester dans leurs malheurs ;

& de consentir volontairement à voir passer leur Commerce à Utique, où ils íàvoientqueles Romains, pour achever de les ruiner, se propofoient de le transférer, comme nousavons dit qu’AIexandre transféra celui de Tyr dans la nouvelle ville à laquelle il avoit donnéson nom, loríqu’il voulut punir lesTyriens d’avoir osé retarder ses conquêtes.

Alexandre vécut trop peu pour être le témoin de l’état heureux & floriísent où le CômmeEcëC ommerce devoit élever cette dernière Ville. Les Ptolémées, qui après se mort eurent I’E-des Egyp»gypte pour leur part de ses conquêtes, prirent le soin de soutenir le Négoce naissent d’A- tiens.lexandrie, & bsen-tôt ils le portèrent à un degré de perfection & d’étendue, qui fit ou-blier & Tyr & Carthage, lesquelles pendant si long-tems avoient fait presque feules, &avoient rassemblé chez elles le Commerce de toutes les autres Nations.

Ce succès si subit du Commerce d’Alexandrie ne doit guére surprendre, quand on faitréflexion fur son heureuse situation, qui la rendoit si commode pour être le dépôt de toutesles Marchandises de l’Orient & de l’Occident. ^

Cette Ville semeuse avoit d’un côté un libre Commerce avec l’Asie & avec tout l’Orient,par la Mer Rouge ; la même Mer & le Nil lui donnoient entrée dans les vastes 8c richescontrées de l’Ethiopie. Le Commerce du reste de l’Afrique & de l’Europe lui étoit ouvert,parsemer Méditerranée; & si elle vouloit faire le Négoce intérieur de l’Egypte, elle avoitoutre 1a commodité du Nil & des canaux faits de mains d’hommes (ouvrages immortels &presque incroyables des premiers Egyptiens; ) elle avoit, dis-je, le secours des Caravanessi commodes pour la fureté des Marchands, & pour le transport des marchandises.

Ajoutez un Port grand & fur, où les Vaisseaux Etrangers arrivoient de toutes parts, 8t d’oùTome 1. A 2 par-