PREFACE HISTORIQUE* %
vint en fi peu 6e tems à ce haut point de considération 8c de puissance, qui la rendit fîlong-tems T arbitre des Nations voisines 8c qui les attira chez elle pour y apprendre les Arts& la politesse de la Grèce, que ses premiers habitans avoient apportés de f Asie, lorfqu’ilsen sortirent pour venir habiter les Gaules.
L’exemple de Marseille anima bien-tot au Commerce la plupart des Villes Gauloises, suttout celles qui étoient situées fur la même Mer, ou qui n’en étoient pas éloignées.
Arles devint célébré par son expérience dans la navigation, 8c par son habileté dans fartde construire des Vaisseaux. Elle se distingua encore par l’invention de diverses Manufactu-res; surtout ses ouvrages de raport d’or 8c d’argent lui donnèrent une grande réputation»
Narbonne Pemporta encore fur Arles; 8c tant que son Port subsista, l’on y vit aborderles Flotes de POrient, de l’Afrique» de l’Eípagne, 8c de la Siciie, chargées de toutes sor-tes de marchandises, tandis que de leur côté ses habitans équipoient leurs propres Navires,pour aller porter au dehors les productions de leurs Terres, ou les ouvrages qu’ils dé-voient à leur industrie.
Lorsque le changement du cours de la rivière d’Aude eut ôté son Port à Narbonne,Montpellier profita de íà décadence, & cette dernière Ville reçut dans le sien les Vais-seaux de toutes les Côtes de la Méditerranée, qui abordoient auparavant dans celui dela première.
On compte encore au nombre des Villes des Gaules situées fur cette Mer, que le Com-merce avoit rendu florissantes, mais dans un ordre bien inférieur de celles qu’on a nom-mées jufqu’ici, Agde, Toulon, Antibe, Frejus, 8c Aigue-morte i particulièrement celle-ci, avant que les fables d u Rhône l’euísent reculée de la mer; & personne n’ignore quemême jusqu’au tems de S. Louis c’étoit où se faisoient les embarquemens pour les Guerresíàintes, 8c que ce furent ses Marchands qui fournirent à ce grand 8c saint Roi, la plupartdes Vaisseaux dont fût composée la Flote nombreuse qu’il arma dans les dernières annéesde íà vie pour son expédition de Tunis»
L’Oeéan Gaulois avoit aussi des Ports 8c des Villes de Commerce de grande réputation,comme Bourdeaux en Guyenne, Vannes 8c Nantes en Bretagne ; 8c le fameux Cerbillon pré-sentement inconnu, 8c que Strabon place assez près de Pembouchure de la Loire.
Enfin au milieu des Terres étoît Lyon, cette ville encore si célébré aujourd’hui par sonNégoce, où, si l’on en croit quelques Auteurs, s’assembloient autrefois jusqu’à loixanteNations pour y traiter de leur Commerce, 8c qui dès-lors par son heureuse situation auConfluant du Rhône 8c de la Saône, étendoit pour ainsi dire ses bras de la Méditerranéeà l’Océan, 8c étoit devenue comme f étape générale de toutes les Marchandises des Gaules,lans compter le Négoce qu’elle entretenoit dans tout le Levant, 8c particulièrement enEgypte, par le moyen des correspondances qu’elle avoit avec Arle^ 8c Marseille.
Passons maintenant de l’histoire ancienne à celles du moyen âge 8c des derniers tems : Retábìús-Ces deux histoires nous fourniront des fiyts qui ne seront ni moins uitéreflàns, ni moins glo- sement dúrieux au Commerce, que ceux donti’Arttiquité a pris soin de nous conserver la mémoire. CommerceL a chute de l’Empire Romain avoit entraîné après elle celle de tous les peuples qui lui en Occi-étoient soumis. L’inondation des Barbares , si fatale aux Sciences 8C aux beaux Ans , ne dent.l’avoit pas moins été au Négoce ; 8c si les Savans avoient vû leurs Bibliothèques , 8c les plusbeaux Ouvrages immolés aux flammes par des peuples également féroces 8c ignorans , lesNégocians n’avoient pas non plus pu sauver de leur fureur, ni les nombreuses Flores Mar-chandes , dont ils couvroient í’une 8c faune Mer, ni les vastes Magasins qu’ils tenoìent tou-jours pleins des Marchandises les plus utiles ou les plus riches.
Tant que ces Nations avides de sang 8c de pillage furent aux mains avec les Romains ,ou tant qu’elles se diíputérent entr’elles la possession des Terres qu’elles avoient usurpées,tout leur Commerce ne consista que dans les dépouilles des Vaincus, Sc ils n’eurent pourtout Négoce que le partage de ces trésors immenses, qu’elles trouvèrent amassés dans tou-tes les Villes de l’Empire qu’elles saccagèrent, 8c particulièrement dans la Capitale, qui futplus d’une fois en proie à leur fureur 8c à leur avarice.
Mais après que les plus braves 8c les plus heureux de ces Barbares eurent formé de puis-santes Monarchies des débris de l’Empire Romain; depuis qu’ils se furent établis, les unsdans les Gaules, comme les Francs; les autres en Espagne, comme les Goths ; 8c d’autres'encore en Italie, comme les Lombards; ils apprirent bien-tôt des peuples qu’ils avoientassujettis, & qu’ils s’étoient eníùite associés, la nécessité du Commerce 8c la manière de lefaire avec succès, 8c ils s’y rendirent si habiles que quelques-uns d’eux furent en état d’endonner des leçons aux autres, puisque c’est aux Lombards qu’on attribue communé-ment finvention 8c l’uíàge de la Banque, des Livres à parties doubles, des Changes 8CRechanges, 8c de quantité d’autres pratiques ingénieuses qui facilitent 8c assurent le Com-merce.
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