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IV PREFACE HISTORIQUE .
partoient sàns cesse des Vaisseaux Egyptiens, qui portoient leurs Négocians & leur Com-merce dans toutes les parties de la ferre alors connues.
Ce fut cette commodité de l’entrepôt des marchandises à Alexandrie, qui répandit danstoute l’Egypte ces immérités richesses, qui rendirent lès Rois assez puissàns pour se soute-nir pendant plus d’un siécle, contre les Romains qui tâchoient de tems en tems d’entamerun fi beau Royaume : Richeíïès si considérables que les Historiens assurent que le íèul produitdes droits d’entrée & de sortie fur les marchandiíès qui entroient dans les Douanes d’A-lexandrie, montoient chaque année à plus de trente millions de livres; quoique la plupartdes Ptole'mées fussent assez modérés dans les impôts qu’ils mettoient fur leurs peuples.Commerce Avant la Bataille d’Actium, les Romains avoient toujours trouvé dans les'dépouillesdes Ro-des Nations qu’ils avoient assujetties, de quoi remplir le trésor de la République, & eumains. même tems de quoi fournir à tant de dépeníès où l’engageoit continuellement le plan d’u-ne Monarchie universelle.
Ces ressources commençant à leur manquer, le Commerce de l’Egypte se préíènta toutà propos pour soutenir par ses richeíïès, & pour ainsi dire, par son crédit, la réputation& l’Empire de Rome.
Dès qu’Auguste eut réduit ce Royaume en Province, il s’attacha à faire fleurir plus quejamais le Négoce d’Alexandrie, & en même tems il augmenta celui que les Egyptiens avoienttoujours entretenu dans l’Arabie, dans les Indes, & jusques aux Pais les plus reculés derOrient, par lavoye de la Mer rouge.
Alexandrie devenue Romaine, ne céda plus qu’à Rome même, en grandeur 8r en nom-bre d’habitans; les Magasins de la Capitale du monde ne furent plus remplis que des Mar-chandises qui lui venoient de la Capitale d’Egypte, & bien-tôt Rome ne subsista plus, aussi-bien que toute l’Itaìie, que par les fromens & les autres denrées que lui apportoient lesMarchands & les Flotes Egyptiennes ; & cela avec tant d’abondance & en si grande quan-tité, qu’un Historien ( Josephe ) assure, mais íàns doute avec un peu d’exagération, qu’Ale-xandrie raportoit plus de richeíïès au tréior de Rome en un mois que toute l’Egypte en unan: quoique, si l’on en croit le calcul de Pline, les profits du Commerce de l’Egyptemontoient chaque année pour Rome à cent vingt-cinq millions d’écus, c’est-à-dire, aucentuple des fonds que les Romains y employoient, qui n’alloient ordinairement qu’à dou-ze cens cinquante mille écus.
Ce grand Commerce, qui fit bientôt fleurir celui de toutes les autres Provinces de l’Em-pire, augmentant íàns cesse, ce fut alors que le Sénat peníà à le maintenir par les Collègesqu’il établit dans Rome, pour le Négoce & pour les Négocians; par les Loix qu’il fit enEgo quidam leur faveur ( ou plutôt par celles des Rhodiens qu’il adopta, * & qui depuis long-tems étoienti!us" Le^fautêrn devenues une eípéce de droit des gens pour la navigation & le Commerce de la Méditcrra-maris, Legeid née ) par des Magistrats qu’il chargea de leur exécution, & par la protection qu’il accorda«buf'nauticîs 6 aux Marchands, tant Etrangers que Romains , dans toute l’étenduede l’Empire.praseripra est j Alexandrie cependant eut dans la fuite la fortune de Tyr & de Carthage. Le Commercejudicemr. l’avoit élevée, la chute de son Négoce la fit tomber. LesSarazins qui s’emparérent de l’E-gypte bous l’Empire d’Héraclius, ayant chassé par leur férocité les Marchands qui aiment ladeJaOu. tranquillité & la paix; cette Ville qui alors avoir le premier rang après Rome & Constan-tinople, ne conserva presque plus rien de son ancienne íplendeur ; & si depuis, sous les Sou-dans elle reprit quelque vigueur, si même encore aujourd’hui les Nations Chrétiennes quifont le Commerce du Levant, y entretiennent un assez bon Négoce, il n’a plus été possi-ble d’y reconnoître cette ancienne Alexandrie si fameuse, & qui par son négoce fut si long-tems la gloire & le soutien d’un Empire, qui à la vérité avoit été fondé par les armes,mais qui n’avoit trouvé íà principale force que dans le Commerce (^).
Commerce Avant que de passer au Négoce des Modernes, ajoutons encore quelques exemplesdes Gau- qui nous soient pour ainsi dire domestiques, en disant un mot des Villes des Gaules, qui íèlois. font autrefois rendues célébrés parles entreprises de leurs Négocians. U est aisé de faire
voir aux François d’aujourd’hui, pour les exciter à ranimer leur Commerce, que le goût& le génie de la Nation a toujours été de se partager entre la gloire qui s’acquiert par lesarmes, &les solides avantages que produit le Négoce.
Marseille, la plus ancienne alliée des Romains, également célébré par son antiquité,par la sagesse & l’équité de son Sénat, par les Sciences qui s’enseignoient dans sesAcadémies, par les diverses Colonies qu’elîe fonda, & par les Guerres qu’elle soutintavec gloire contre tant de dissérens peuples jaloux de ses richesses; ne fut redevable de tousces avantages qu’à son Négoce; & ce ne fut que par la seule voye du Commerce qu’elle par-vint
( a ) L’Article du Commerce d’Egypts instruira plus en détail les Lecteurs de l’ctat floiiiïàní où a été 6c çù est au-jourd’hui ce Commerce.