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Tome 1.
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7 i AIMANT.

terre, compacte, noirâtre, un peu bleue ou tirantsur le roux ■> qui attire a soi le fer , ou d’autre Ai-mant i ou qui les repousse, & qui dirige ses pôlesaux deux pôles du monde , si elle peut se mouvoirlibrement.

Quelques Auteurs prétendent que l’Aimant a sespropres mines ; mais, pour l’ocdinaire, il se trouvedans les mines des métaux , particulièrement danscelles de Cuivre & de Fer ; on sestime même lamarcaffite de ce dernier Metail.

On trouve de l’Aimant en différens endroits, dttrès souvent dans les mines de Fer, en Auvergne,province de France , dans la Biscaye en Espagne jen Italie près des monts de Viterbe, dans filled’ilva , en Allemagne auprès de la vallée de Joa-chim , de Sneeburg , Swartzbourg &c. dans lesIles Britanniques, dans la Norvège ; mais le plusexcellent de tous est celui qui vient des Indes & del’Ethiopie.

Les Anciens comptoient de 5. sortes d’Aimant,différens de couleur , aussi bien que de vertu ; CEtio-pique , le Magnésien , le Boétique , f Alexandrin & leNatolien. Its croyoient aussi qu’il y en avoit de mâle& de femelle ; mais toute la vertu qu’ils lui con-noissoient alors , étoit l’attraction du fer, & quel-que usage dans la Médecine, fur tout pour la gué-rison des brûlures & des fluxions fur les yeux.

Les Modernes , ou plus heureux, ou plus attentifsa étudier la nature de cette admirable pierre, ayantdécouvert le regard fixe de ses deux pôles vers leNord & vers le Midi, en ont fait le guide de leursvoyages de long cours, en s’en servant pour aimait»ter, & comme pour animer f aiguille de la Boussole.

On ne sçait pas trop f époque de cette utile dé-couverte, ni a qui l'on en a f obligation. Quelques-uns la fixent a fan 1302. & f attribuent a un Italiendu Royaume de Naples, nommé Flavio de Melphiou Flavio Gioia. D’autres remontent jusqu’en 1260.pour le donner au fameux Marc Paul Vénitien, quila rapporta, disent-ils, de la Chine, comme le plusimportant fruit de ses longs voyages. Enfin, Fau-chet , pour en astùrer la gloire a la France, fa patrie,a crû en voir la description dans les Vers de Guy otde Provins , qui vivoit vers fan x 180. dans lesquelsle Poète f appelle tantôt la Marinette , tantôt la Pier-re Marinière.

Quoique f aiguille aimantée se tourne le plus or-dinairement vers les Pôles, elle est sujette cependanta plusieurs variations ; & f expérience a fait recon-noître qu’elle déclinoit quelquefois de 16. degrés,de 17. & 18. même de 23. qui est la plus grande dé-clinaison qu'on ait observée jusqu’ici. Ce qui estde plus étonnant, c’est que cette déclinaison de f Ai-mant n’est pas fixe, &' qu’elle change avec le tems,y ayant des lieux où elle est moindre qu’autreíois ,d? d'autres où elle est.plus grande.

Le fameux Des Cartes a tâché de rendre raison deces inégalités, & , pour ainsi dire, de ces capricesde f Aimant. S’il en a bien pénétré le mystère , &si. son système íùffit pour contenter un esprit un peudifficile, c’est aux Sçavans a en juger.

L’on a crû, que dans un Dictionnaire de Com-merce , on ne pouvoit pas se refuser cette espèce dedigression sur la Boussole, a qui celui de Mer est re-devable des plus grands avantages qu’il procure auxNégo.cians qui le font. On revient donc a f Aimant,qui y a donné occasion.

Non seulement l’Aimant a la vertu d’attirer le Fer,mais il la communique même a ce metail, qui néan-moins ne la conserve qu’autant qu’on ne lui faitpoint changer de figure. Le feu, la rouille & l’hu-midité diminuent la vertu de f Aimant , & la luipeuvent faire perdre ; ce que les Marchands qui envendent, doivent observer.

L’on arme ordinairement f Aimant pour augmen-ter sa force. On appelle un Aimant généreux, ce-

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lui qui attire fortement le Fer. Enfin les meilleuresmarques du bon Aimant font d’être solide, raison-nablement leger , peu poreux, d’un noir luisant,ou du moins d’un bleu obscur & fonce tirant sur leroux.

Outre cet Aimant, les Marchands Droguistes ven-dent une espèce d’Aimant blanc j mais la plûpartdes Auteurs nient qu’il y ait de cette couleur j &en effet, ce qu’on lui substitue n’est souvent qu’unemarne , ou terre blanche , qui se trouve attachée àl’Aimant commun, quand on le tire de la mine.La meilleure, si toutefois elle a quelque vertu , estcelle qui vient d’Auvergne ; & qui, mêlée appa-remment de quelques particules de l’Aimantqu’elle environnoit, a la force d’enlever de petitesaiguilles, ou de mettre en mouvement de la limaillede Fer.

II fut trouvé en 1691. au haut du Clocher de l’E-glise de Chartres , une piéce de Fer changée en Ai-mant , dont la vertu, soit pour f attraction duFer, soit pour le mouvement de ses Pôles vers leNord & le Midi, l’emportoit même fur celle del’Aimant ordinaire. Cette transmutation, peut-être Punique qui soit arrivée, ou du moins qu’onait remarquée jusqu ici, donna alors lieu a une sça-vante Dissertation , où le Lecteur curieux pourraavoir recours , aussi bien qu’aux Journaux François& Etrangers de cette année. Cette matière ayanttrop peu de rapport avec le Commerce, on n’osese donner la liberté de faire ici une seconde digres-sion pour en parler.

Monsieur Butterfield , habile fabricateur d’Instru-mens de Mathématique a Paris , avoit entr’autrestrès belles & très fortes pierres d’Aimant, un mor-ceau de celle du Clocher de N. D. de Chartres. Ellen’est guére plus grosse qu’environ un pouce ou 15.lignes en quarré. Elle est assez forte pour fa gros-seur. II y a eu 184. ans employés a la formation decette pierre, depuis 1507. jusqu’en 1691.

Ajoutons ici ce que l’Auteur du Spe&acle de laNature dit au Tom. IV. fur la manière dont se fit ladécouverte des effets de l’Aimant. On n’a point con-nu , dit-il, jusqu’au commencement du XII e . Sié-cle , que l’Aimant suspendu , ou nageant sur l’eau ,par le moïen d’un liège, tourne toûjours le mêmecôté vers le Nord. Celui qui fit cette remarque endemeura la : il ne comprit ni l’importance, ni l’usa-ge de son admirable découverte. Ces deux propriétésd’attirer le fer, & de regarder le Nord étant con-nues , quelques curieux réitérèrent les expériences 5.6k en faisant nager dans un vase plein d’eau un mor-ceau de fer, & un Aimant, posés fur des supportsde liège pour les laisser agir l’un vers l’autre fans ob-stacle , ils remarquèrent, que quand le morceau defer avoit été frotté contre l’Aimant , ce fer avoitaussi la vertu de fe tourner vers le Nord, & d’atti-rer , comme l’Aimant, des aiguilles & des paillet-tes de fer. D’expérience en expérience ils viennentjusqu’a coucher une aiguille aimantée sur deuxbrins de paille posés fiir l’eau, & à remarquer quecette aiguille tournoit invariablement fa pointe versle Nord. Ils prenoient la route de la grande dé-couverte : Mais ce n’étoit pas encore la ce qu’onappelle la Boujfole. Le premier usage que les cu-rieux firent de cette découverte , fut d’en imposeraux simples par des apparences de magie , commeon peut le voir a i’endroit que nous avons cité. Desesprits plus sérieux appliquèrent enfin cette expé-rience aux besoins de la Navigation. Bientôt après,au lieu d’étendre, comme on faisoit, les aiguillesfur de la paille, ou fur du liège, a la surface del’eau, que le mouvement du vaisseau tourmentoittrop, un Ouvrier intelligent s’avisa de suspendresur un pivot, ou sur une pointe immobile, le justemilieu d’une aiguille aimantée , afin que se balan-çant en liberté, elle suivit l’attrait qui la ramène vers

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