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Tome 1.
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ioi ALUN.

Ides de ces trois couleurs j ces marques sont pour-tant moins sûres que le grain qui ne trompe jamaisceux qui sont accoûtumés a cette recherche & a cetriage.

Quand tous ces signes sont équivoques, on en faitcuire & calciner deux ou trois brouettées ; & l'on ju-ge par ce qui en vient, de ce qu'on peut espérer de lamine ouverte.

La pierre étant reconnue bonne, on en tire, & onen porte a la fournaise 40. ou 48. brouettées ; on lesarrange autour des parois de la fournaise, commeles pierres dont on veut faire de la chaux, & l’on ydonne le feu selon la qualité de la pierre , & selonla disposition du lieu d’où elle a été tirée ; c’est-à-dire, que si la pierre est tendre & sèche, & qu’elleait été tirée du haut de la montagne en un lieu dé-couvert & exposé aux ardeurs du Soleil, il lui fautbeaucoup moins de feu que quand elle est tendre,mais humide ; comme ayant été tirée des entraillesde la terre oû elle n’a eu que de l’humidité, &presque point du tout de chaleur du Soleil. Onne sauroit donner la-dessus une régie générale,parceque cela dépend de beaucoup de circonstancesqu’on doit abandonner à la capacité & à la fidélitédes Ouvriers qui conduisent le travail ; bien enten-du pourtant que le Maître en doit savoir autant &plus qu’eux, s’il ne veut s’expofer à être trompé,& souvent à être ruiné ; car les fraix de cette ma-nufacture font très grands, & outre cela il faut payer30. mille écus a la Chambre Apostolique, à quitout le terrain des Alumiéres, & les bois voisinsappartiennent.

Les pierres étant cuites, & la fournaise décou-verte, on fait un second triage des pierres. On por-te aux endroits Ou l’on doit éteindre les pierres, cel-les qui ont leur cuisson nécessaire. On remet dansun endroit séparé de la fournaise celles qui ne sontpas assez cuites, afin de leur donner une secondecuisson avec d’autres pierres vives, qu’on y doit re-mettre ", on les appelle biscuit,' k cause de cette se-conde cuisson, & l’on jette comme inutiles celles quiont été brûlées, au lieu d’être feulement cuites ; encet état on leur donne le nom d écailles.

La pierre qui a la cuisson requise est portée dansune place fermée de petits murs, dont le sol est biencarrelé, avec de petits ruisseaux pour ramasser leseaux. On fait des amas de ces pierres entre deuxruisseaux ; on leur donne pour i’ordinaire 15. a 18.pieds de longueur, 7. a 6. pieds de largeur dansleur baze, & 8. pieds de hauteur. On les fait en dosd’âne, & l’on a soin que leurs flancs soient bien unis& bien garnis. On jette fur cette masse de pierres,de Peau avec des pèles, afin d’éteindre le feu cachédans ces pierres, comme dans les pierres a chaux ,& l’on continue ce travail jour & nuit pendant 27. a30. jours, & jusqu’a-ce cjue les masses de pierresrendent l’eau qu’on a jette dessus entièrement froi-de ; car avant ce terme, elles échauffent l’eau quien découle après les avoir pénétrées, & la rendent sichaude dans les commencemens qu’elle est bouillan-te ; cette chaleur diminué peu a peu a mesure queles pierres embrasées s’éteiírnent : cette eau se con-serve soigneusement, non seulement pour éteindred’autres pierres, mais encore pour mettre dans leschaudières avec les pierres cuites & éteintes, parceque ne pouvant pas avoir passé par les pores de cespierres fans s’être chargées de beaucoup de particu-les alumineuses, elle aide a former les grains del’Alun dans les Moules. On a donné à cette eau lenom de Lessive.

Lorsque les pierres sont entièrement éteintes, &réduites en une masse molle & liquide, on les portedans de grandes chaudières avec une quantité suffi-sante de l’eau qui a servi à les éteindre ; & l’on faitdessous un feu violent pendant 16. 18. à même 20.heures, & pendant ce tems-fa on remué la matièreDiïïion. de Commerce. Tom, I.

Á L U. N. 1 ob

bouillante avec des pèles de fer, pour faire venira.u dessus & pour ramasser les pierres étrangères, laterre , & les immondices qui sont dans les pierres -& en purger la matière. On continué ce travailjusqu’a-ce que la matière, ou , comme ils disent, laLeffiye Alumineuse , soit claire, nette , & bien li-quide.

Quand elle est dans cet état, on la jette dans desgoutiéres de bois, qui la conduisent dans des For-mes quarrées auffi de bois , faites en maniéré de pi-ramides renversées d’environ 7. pieds de hauteur ,& 2. pieds & demi de largeur ; la pointe est per-cée, mais le trou est bouché quand on y jette lamatière.

On la laisse ainsi fe reposer & se refroidir pendant10. a 12 jours ; & pendant ce tems les particu-les Alumineuses s’unissent ensemble , s’attachentaux parois de la Forme, s’y durcissent, & formentune infinité de figures différentes.

Lorfqu’on juge que tout ce qu’on peut attendrede l’Alun est formé , on débouche le trou du basde la Forme, & on laisse couler ce qui reste de Les-sive qui ne s’est pas congelé ; mais avant de retirerl’Alun formé, & attaché à la Forme, on jette dansla même Forme de la Lessive, afin de laver l’Alunformé, & le nettoyer de la crasse & des ordures quipourroient fe trouver fur fa superficie ; & aprèsqu’on lui a donné un jour ou deux pour sécher ,on le tire des Formes, & on le ferre dans les Ma-gazíns.

On voit qu’il faut 60. jours ou environ pour cetouvrage, depuis que la pierre a été tirée de la Car-rière , jusqu’a-ce que l’Alun soit en état d’être misen vente.

Les Fermiers de cette Manufacture ne laissent pasde faire des gains considérables, malgré le prix deleur Ferme, & les dépenses dont nous venons deparler. Ils ont des Magazins k Civita-Vecchia auprèsde la Scalette, où ils le serrent : c’est la qu’on le pè-se , & qu’on le transporte par sacs dans les Barquesqui le viennent enlever. Pour l'ordinaire ce fontles Barques de Marseille. Voyez, le Voyage d’Italie duP. Labat T. V. p. 1. d’où ces Additions sont tirées.

Le prix ordinaire de l’Alun a Civita-Vecchia est d»trois écus Rom. le quintal de 170. livres, & il y aenviron 3. pour 100 de fraix jufqu’abord. Ce quin-tal rend 102. livres k Rouen.

Les mines d’Alun de la Tolfœ furent découvertessous le Pape Pje Iï. lorsqu’il pensoit de faire laguerre aux Turcs, & il en consacra les revenus a ladéfense de la foi Chrétienne. Jules II. défenditsous peine d’excommunication de tirer de l’Alundes Infidèles; Paul II. pour l’imiter renouvella cett®défense, par une Bulle. Jules III. agrava encoroles peines contre les contrevenans k ces Bulles ,les déclarant incapables de tester & même d’héri-ter, s’en réservant l’absolutiòn, comme un cas desplus graves. Paul IV. confirma encore la mêmedéfense par sa Bulle 43. de même que GrégoireXIII. C’est ce que nous apprenons d’un fameuxAuteur Espagnol , Nie. Rodr. Fermosmus , Evêqued’Astorga, dans le siécle passé , in TraELttu JimOper. Crimin. Tom. II. p. 47. de PEdition de Genè-ve An. 1741.

Cet Alun connu du vulgaire sous le nom d’ALuifde Rome ou d’Alun de roche , en Italien di rocca,est transparent, de couleur un peu rouge en de-dans , d’un goût acide & stiptique. II est en pierresde différentes grosseurs, dont les plus grosses n’ex-cèdent pas la grosseur du poing ; & communémentelles sont comme des noix , dures, assez pesantes ,friables, & produisent une poussière blanche & ar-gentée : on s’en sert dans la Médecine , mais cen’est pas la leur plus grande consommation 7 lesOrfèvres en usent davantage , & les Teinturiers en-core plus, parce qu’elles donnent k leurs teintures