ios A L U N.
un œil vif, & quelles conservent parfaitement lescouleurs; mais ceux qui en consomment davanta-ge , font les Pêcheurs de Morue, lorsqu’ils qu’ilsle font sécher sur le lieu avant rembarquement.
L’Alun de Rome est rougeâtre, parce que la ter-re d’où il est tiré est de cette couleur. Pour le bienchoisir, il faut qu’il soit peu rempli de menu, rou-geâtre au dedans & au dehors ; & fur tout prendregarde qu’il ne soit contrefait ; car il y en a qui rou-gissent de P Alun d’Angleterre & de Liège avecdu rouge brun. La vraie marque a laquelle on re-connoit s’il a été contrefait, c’est lorsqu’en le cas-sant il n’est pas auísi rouge en dedans qu’au dehors.
Maniéré de préparer l’Alun de Roche en Angleterre.
L’Alun que l’on fait en Angleterre dans les Pro-vinces d’Yorck & deLancastre fe retire d’une pierrebleuâtre semblable a l’ardoise, & qui contient beau-coup de soufre. C’est une espèce de Pyrite qui s’al-lume au feu , & qui exposée à Pair se fend commeles autres Pyrites, & fe couvre d’une efflorescencesaline, dont on pourroit tirer du vitriol.
On fait des monceaux des fragmens de ces pier-res , on y met le feu & on les brûle a Pair ; lorsquele soufre dont elles étoient remplies est tout exhalé,le feu s’éteint de lui-même, & on fait macérer dansl’eau pendant 24 heures ces pierres ainsi calcinées.Alors on retire cette eau qui est pleine de sel alumi-neux , & on la fait bouillir dans des chaudières deplomb, avec de la lessive de cendres d’algue mari-ne , jusqu’a un certain degré d’épaiffissement. Onverse dans cette décoction une assez grande quanti-té d’urine qui précipite au fond du vaisseau le sou-phre , le vitriol, & la terre. Enfin on transporte cet-te liqueur purifiée dans des cuves de sapin, danslesquelles fe forment fur les côtés, a la fuite du tems,des cristaux blancs & tranfparens, que l’on séparede la lessive, que l’on lave, & que l’on fond dansdes chaudières de fer. On verse cet Alun fondudans un tonneau, où il forme une masse de la gran-deur du tonneau ; Quelques-uns l’appellent aussiAlun de roche , soit parce qu’011 l’apporte en grossesmasses & comme des rochers, soit parce qu’011 le tiredes rochers des montagnes comme l’Alun de Rome.II est plus ou moins beau, selon qu’il a été bien oumal purifié : il s’en rencontre quelquefois de couleurnoirâtre & un peu humide ; Pour le bien choisir ilfaut qu’il soit blanc, clair & transparent, sec & peurempli de menu & de pied.
On trouve aussi dans les mêmes mines de l’Alunliquide; savoir une eau limpide qui découle desfentes des rochers d’Alun, qui a un goût stiptique,& dont on fait du véritable Alun par l’évaporation.
L’Alun de Liege et de Meziers est de lamême qualité que celui d’Angleterre, a l’exceptionqu’il est plus gras.
Ces trois fortes d’Alun font employées a diffé-rens usages, mais particulièrement pour les teintu-res. Le meilleur & le plus estimé, est celui de Ro-me; celui de Liège ou de Meziers est le moindre ,parce qu’il est gras, & par conséquent moins pro-pre aux Teinturiers, qui ne s’en fervent que lorf-qu’ils n’en peuvent trouver d’autre.
Les principes qui forment l’Alun font très é-troitement liés, & il attache ou retient fortementce qu’il saisit ; c’est pourquoi le principal usage del’Alun est dans la teinture, qu’il rend claire, vive &durable., 11 est comme le lien qui unit les couleursaux étoffes, & l’encre ou les enluminures au pa-pier. Sans l’apui de l’Alun, l’encre perceroit le pa-pier , & l’effort de l’air sépareroit bientôt la teintu-re d’avec l’étoffe, ou en terniroit toute la vivacité.Les effets de ÎAlun paroissent devoir s’attribuer afa qualité stiptique & astringente ; c’est pour celaqu’il préserve le papier , lorsqu’il a été trempé dansion eau, de percer lors qu’on y écrit. Voyez le
ALUN. i 04
Speti. de la Nature Tom. III. p. 22J.
O11 distingue, dit Mr. Lemery , ( a ) dans lesVitriols, & même dans l’Alun, deux sortes de par-ties; les unes qui y abondent, & qui en font la ba-se & la vertu principale ; les autres qui y font enmoindre quantité , & qui par cela même font si bienrecouvertes & cachées par les premières, que juf-qu’ici on ne s’étoit pas même avisé de les y soup-çonner , quoiqu’elles y sussent , & sur-tout danscertains Vitriols, en une quantité assez grande.
On fait que l’Alun poussé par le feu, fe réduit enun acide vitriolique , & en une terre blanche. Maispour l’y réduire totalement, il faut un feu violentcontinué tel pendant plusieurs jours, au bout def-quels on n’obtient, pour la connoissance de l’Alun,que ce qu’on peut obtenir plus aisément, pluspromptement, & fans le secours du feu, avec dusel ou de l’huile de Tartre , par défaillance, verséesur une dissolution d’Alun, dont les acides aban-donnent aussi-tôt leur matrice terreuse pour le selAlkali ; & cette terre livrée a elle-même, & sansdissolvant, se précipite au fond du vaisseau, oùelle se laisse voir en plein; & a l’égard de l’acidede l’Alun, engagé dans le sel de Tartre, il formeavec lui un Tartre vitriolé ou Arcanum duplica-tum, ce qui caractérise & fait parfaitement connoî-tre la nature de cet acide. Voyez Vitriol.
Maniéré de faire F Alun à Pouzzol près de Naples*
La Solfatare près de Pouzzol , est une grandeplaine ovale, enfoncée de 30. ,ou 40. pieds , dontle terrain est entièrement rempli de sels, & si chauden quelques endroits, que la main a peine a le sup-porter de cette surface. Dans l’Eté il s’éléve uneespèce de rosée, ou poussière salée, qui étant ra-massée , & mise dans des chaudières d’eau, qui fontau bout de la plaine, la chaleur du fol, ou de lafumée qui fort par certains soupiraux naturels ,fur lesquels les chaudières font placées , fait ainsi -évaporer l’eau, & l’Alun fe trouve au fond.
On ramasse tous les jours avec des balais cettefleur saline, & on la jette dans de certaines fossespleines d’eau, jusqu’a ce que cette eau soit assezchargée de sel. On coule cette solution, & on lamet dans des plats de plomb enfoncés dans la terre,où on la laisse jusqu’a ce que la plus grande par-tie de l’humidité fe soit évaporée par le moyen dela chaleur souterraine. On verse ensuite cette lessi-ve dans des vaisseaux de bois pour la faire refroi-dir & pour cristalliser le sel. Enfin on verse l’eauqui reste après la cristallisation, & l’on fait sécher lescristaux blancs & tranfparens que l’on conserve.
On coupe encore des pierres dans le même en-droit dont on tire l’Alun de la même maniéré quedans les mines d’Alun de Civita-Vecchia.
En Suéde.
Dans la Suéde on tire l’Alun, le Vitriol & le Sou»phre de la même pierre, qui est une sorte de Pyritetrès belle, très dure, pesante, de couleur d’orpar-semée de taches d’argent. On la fait chauler aufeu,on l’arrose ensuite avec de l’eau froide , afin quecette pierre se fende & se rompe plus facilement enmorceaux : Alors on la pile, & on la met dans desfourneaux convenables pour en faire la distillationau fourneau de réverbère ; le souphre qui y est con-tenu se fond par la force du feu, & la situation desvaisseaux fait qu’il coule facilement dans des vais-seaux pleins d’eau. Lorsqu’il ne coule plus de sou-phre , on expose ce qui reste a l’air & on l’y laissependant deux ans; cette matière s’échaufe consi-dérablement , & répand des semées & une flammesi subtile qu’a peine peut-on la voir pendant le jour.
Après
( a ) Dans 1 ’Hifìoire Ó 1 les Mémoires de tAcadémie des Scien-ces de 173 p
I