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Tome 2.
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tooj. LAQUE,

Teinture, ou h la Médecine , ou a la Peinture , ouenfin a composer cette cire avec laquelle on cachételes lettres, & qu’on nomme vulgairement (.ire £ Es-pagne.

La Laque des Peintres est de trois sortes ; la La-que fine ou de Venise, la Laque plate oú colombine,<k la Laque liquide.

La Laque fine a conservé son nom de Laque deVenise , d’où d’abord elle étoit apportée en France;mais depuis qu’on en a fait k Paris d’aulfi belle , nosPeintres n’ont plus guère s recours a la Laque étran-gère, &il n en vient que très peu de Veniíe.

Cette Laque est composée d’os de sèche pulvéri-sés, qu’on colore avec une teinture de cochenillemesteque, de Brésil & de Fernambouq bouillis dansune lessive d’alun d'Angìeterre calciné , d’arsenic,de natrum ou soude blanche, ou de soude d’Alicant,qu’on réduit ensuite en pâte dont on forme des tro-chisques. Si l’on veut que cette Laque soit fort rou-ge , on y met du jus de citron; si l’on souhaite qu’el-le soit plus brune , on y ajoûte de l’huile de tartre.Pour être bonne il faut qu’elle soit tendre & friable ,& en petits trochisques.

La Laque plate ou colombine est faite de tonturesd’écarlate bouillies dans la même lessive dont on sesert pour la Laque de Venise , & qu’on jette (aprèssavoir passée ) fur de là craye blanche & de l’alund’Angìeterre en poudre, pour en former ensuite destablettes quarrées de l’épaisseur du doigt. La Laquecolombine de Venise vaut mieux que celle de Paris& de Hollande , k cause que le blanc dont les Véni-tiens se servent est plus propre a recevoir & a con-server la vivacité de la couleur.

La Laque liquide n’est autre chose qu’une teinturede bois de Fernambouc qu’on tire par le moyen desacides.

On appelle aussi Laque, majs assez improprement,certaines substances colorées dont se servent les En-lumineurs , & qu’on tire des tìeurs par le moyen del’eau de vie, ou d’une lessive d’alun & de soude ,comme le rouge du pavot, le jaune de la fleur degenêt, le bleu de l’iris ou de la violette, &c.

La Laque qui sert aux Teinturiers, & dont on faitaussi la cire d’Espagne , est une espèce de gomme oude cire rougeâtre, dure, claire & transparente, qu’onapporte des Indes, sur-tout des Royaumes de Pegu& de Bengale. Elle est attachée a cle petits bâtonsou roseaux de la grosseur du doigt, d’où on l’appelieLaque en bâtons.

Cette gomme ou cire est proprement une roséeque des mouches ou espèces de fourmis ailées ra-massent fur les arbres, & dont elles se déchargent apeu près comme font nos abeilles du miel & de lacire qu’elles ont recueilli fur les fleurs.

Les Indiens qui savent le prix de cette drogue, &combien les Européens l’estiment, font attentifs apréparer fur quoi la recevoir. Pour cet effet ils en-foncent en terre dans les lieux où il se trouve deces insectes , quantité de petites branches d’arbresou de roseaux de la maniéré qu’on rame en Franceles pois. Lorsque les mouches les ont couvertes delaque, ils font passer de l’eau par dessus & la laissentainsi exposée quelque tems au soleil où elle vient du-re & sèche comme on la voit chez les MarchandsEpiciers-Droguistes. .

Cette gomme bouillie dans l’eau avec quelquesacides, fait une teinture d’un très beau rouge; lesIndiens en teignent ces toiles qui ne perdent pointleur couleur a l’eau ; les Levantins en rougissentleurs maroquins , & les Anglois & Hollandais enfont une forte d’écarlate.

La meilleure Laque est celle qui est claire, trans-parente , bien fondante , sans mélange de gommenoire & d’ordures , & qui étant mâchée teint la sa-live en rouge.

Cette gomme, a divers noms suivant les différen-

. LAQUE, ìôôé

tes formes que les Etrangers & sur-tout les Anglois& les Hollandois lui donnent.

On appelle Laque en bétons celle qui est tellequ’elle vient des Indes ; Laque en graine celle qu’ona fait passer légèrement entre deux meules pour enexprimer la substance la plus précieuse ; Laque platecelle qu’on a fondue & applatie sur un marbre; & La-que en oreilles certaine Laque très fine & très belle fai-te en manière d’orei Iles que les Anglois apportèrentil y a quelques années en France , & dont on ne voitpresque plus aujourdhui.

Tavernier préfère la Laque du Royaume de Ben-gale a celle du Royaume de Pegu , & cette différen-ce semble ne venir que du peu de foin que les Pe-guans ont de préparer des bâtons pour recevoir leriche ouvrage de leurs mouches ou de leurs four-mis , ce qui oblige ces insectes de se décharger aterre de la Laque qu’ils ont recuillie , dont il se trou-ve quelquefois des masses de la grosseur d’un ton-neau , mais qui étant plus brune & mêlée de quanti-té d’ordures , est beaucoup moins estimée que cellede Bengale qui ne vient qu’en bâtons.

M. de Flacourt dans son Histoire de Madagascar,parle aussi d’une espèce de Laque qui fe recueilledans cette Ifle, & qui approche assez de celle deBengale, hors que la couleur tire plus fur le jaune ,& qu’elle a tout-à-fait i’odeur de notre cire commu-ne. II ne paroît pas qu’on en fasse de commerce ,ni qu’elle puisse servir aux mêmes usages que celledes Indes, k moins que ce ne fût k la fabrique de lacire d’Espagne.

Un savant Académicien de l’Académie des Scien-ces , qui a fait en 1714. l’analise de la Laque Indien-ne , soutient par des raisons & des expériences assezconvaincantes, qu’elle est composée k la maniérédes ruches de nos mouches à miel, & qu’on y décou-vre aisément les alvéoles où ces insectes volans a quil’on doit la Laque, renferment leur essain, & qu’ainsielle ne peut être mise au nombre des gommes, maisque c’est seulement une espèce de cire.

LaquE A cacheter, c'est ce qu’on nomme com-munément Lire d’Espagne , quoique ce nom ne luiconvienne point du tout , les Espagnols ne faisantpas de cette cire , & ne s’en servant même point.

La Cire ou Laque k cacheter se fait ordinairementen France avec la Laque en graine, colorée de ver-millon. On en fait aussi quelquefois avec de simplerésiné mêlée d’un peu de poudre de Laque & du blancde Seve pour lui donner corps, qu’on met en cou-leur avec du vermillon, & qu’on passe ensuite dansde la Laque en bâtons fondue & bien colorée, afinde la faire paroître belle au dehors ; mais cette ciresofistiquée est d’un très mauvais usage , & jette unefumée & une odeur désagréable.

Pour la faire bonne & telle qu’il envient des In-des, il faut n’y employer que de la Laque en bâtons.& du vermillon pour lui donner couleur.

Outre la cire rouge k cacheter, il s’en fait enco-re de jaune par le moyen de Porpin broyé, de noi-re en y mettant du noir de fumée , & ainsi des au-tres couleurs. Voyez. Cire d’Espagne.

-j- La Cire N°. 8 est composée- de20 liv. Laque.

5 liv. Cinabre,

1 liv. Poix résine.

La Cire N°. 9 est composée de15 liv. Laque.

5 liv. Cinabre.

| liv. Poix résine.

Si l’on en veut diminuer la qualité, & par consé-quent baisser le prix , on doit diminuer le Cinabre ,& y ajouter de la térébentine de Venise & du blancde Troye; soit qu’on employé l’une ou l’autre deces compositions, on doit les employer commefuit. lî