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Tome 2.
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ïo S 5 LICH. LICO.

comme on fait en France de la Perelle d’Auvergne.

Cette plante croît par bouquets grisâtres, longsd’environ deux ou trois pouces, divises en petitsbrins presqu’auffi menus que du crin. Ces bouquetsfont partagés en deux ou trois cornichons courbésen faucille, déliés a leur naissance, mais épais a leurextrémité, qui est quelquefois terminée par deuxpointes ; ces cornichons font garnis dans leur lon-gueur d’un rang de badins plus blancs que le reste :toute la plante est solide , blanche & d’un goût salé.

II y a encore quelques Isles de f Archipel où setrouve cette espèce de Lichen ; mais son usage pourla teinture n’y est pas connu.

Les Anglois en enlèvent beaucoup , qu’ils portentchez eux : on en envoye auffi quantité a Alexandrie.Cette plante se vend ordinairement dix écus le quintal.

LICHTERS, ou LICIER. On nomme ainsi aAmsterdam des bateaux ou petits bâtimens qui fer-vent a transporter les marchandises des magasins auport ou du port au magasin. Ce lont des espècesd’aléges qui contiennent jusqu'a 30 ou 36 lasts degrains ; on s’en sert pour voiturer les blés, les grains,les sels & autres telles marchandises.

* LICORNE. On ne s’amusera pas a décrire icicet animal fabuleux; & il est présentement trop bienétabli parmi les Savans, qu’ií n’y a rien de vrai detout ce que tant d’Auteurs anciens & modernes, quise sont copiés les uns les autres, en ont raconté,pour qu’il y ait encore des personnes de bon espritassez entêtées , pour avoir besoin d’être désabuséesl'a-dessus.

La corne qui a passé depuis long-tems, dansquelques Cabinets des Curieux, pour celle de laLicorne, & qui se vend pour telle chez quelquesMarchands Droguistes , est reconnue véritablementaujourd’hui pour celle d’un gros poisson nomméNarval , qui ne se trouve communément que dansles Mers de la Groenlande, ou Arctiques. La formede cette corne, qui est droite, tortillée en spiraleextérieurement, longue de plusieurs coudées plus oumoins, suivant l’âge, se terminant insensiblementcn pointe, prouve que c’est la même dont divers Au-teurs anciens ont traité d’une maniéré assez diffé-rente, mais qu’ils ont toujours attribuée a la Licorne,espèce de cheval, ou d’âne imaginaire, dont tout lemonde a parlé & que personne n’a jamais vu. O11est persuadé plus que jamais, par les fréquens voya-ges des Européens, qui pénétrent par-tout â l’oc-casion du Commerce, qu’il n’y a point d’animalfur la terre qui porte une corne torse, & semblableà celle de ce Poisson. Celle des Anciens donc, quiétoit torse, ne pouvoit venir que de celui-ci, quiest un poisson inconnu anciennement, puisqu’il n’ya guéres plus d’un siécle qu’on est instruit de sa dé-couverte dans le Nord , quoique fa corne ait étélongtems vue dans le Monde , pendant qu’on igno-. 'roit fa véritable origine.

" Cela étant, on doit être assuré , que la Licorne &le Bonasus , qui portoient chacun une corne torse,suivant quelques anciens, font des animaux fabu-leux, de même que le íont auisi ces autres animauxà une feule corne, a qui Pline, & même Elien, don-nent les formes de cheval, de boeuf, d’âne , dechèvre, &c. II est aussi naturel, par les observationsque nous avons de tous les lieux de la Terre, de lesregarder pour des sictions, qu’on le fait mainte-nant a l’égard des circonstances ridicules qui lesaccompagnent dans les anciennes histoires.

Il n’y a véritablement entre les grands animauxterrestres, qu’une feule espèce, qui soit munie d’u-ne corne placée sur le nés. C’est l’animal que lesGrecs ont nommé Rhinocéros , nom qui signifienés cornu. Ils l’ont nommé aussi Monoceros , par laraison, qu’il ne porte qu’une seule corne bien for-mée. Les Sçavans modernes semblent rencontrerjuste, en le regardant pour la Licorne, dont il est

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parlé dans la Sainte Ecriture : Car fans doute c’estle Rhinocéros, qui a donné lieu a toutes les fablesanciennes qu’on a débitées fur son compte, sous lenom de Licorne , mot corrompu de Vimicome( Monoceros. ) Cette Histoire mieux fondée nousconduit a regarder pour toujours le Rhinocérospour la vraie Licorne terre (ire , & le Narval pois-son, pour la Licorne marine , mais dont les cornesfont très différentes. C’est cette différence, qui adonné lieu auisi aux anciens Auteurs, de parler dif-féremment de la prétendue Licorne , & de la cornequ’on lui attribuent.

La rareté , où étoit autrefois cette corne depoisson, qu’on avoit toujours prise pour celle del’espéce de cheval sauvage nommé Licorne , con-tribuoit sort a l’estimer très précieuse, & a lui at-tribuer d’autant plus de vertus dans la Médecine ,que le prix en étoit exorbitant. Ceux des Droguis-tes d’alors, qui furent assez heureux d’en acquériren secret de la première main, firent des profitsextraordinaires fur cette marchandise,la plus recher-chée de leur tems, parce qu’elle étoit rare & diffi-cile a trouver. Cette rareté fut cause qu’on en ven-dit de fausses, qui étoient, ou artificielles, ou fos-siles , ou tirées des dents d’autres animaux, &c.

Toutes les cornes les plus anciennes qui se trou-vent dans les Cabinets des Curieux, & qui ont passépour celles de la vraie Licorne, de même quecelle que l’on volt dans le Trésor de St. Denis prèsde Paris, quoique différentes dans leur grandeur ,variées dans leur couleur, plus ou moins unies,ou plus ou moins torses, font pourtant toutes re-connues aujourd’hui pour celles du Narval. IIfaut en excepter celles qui font factices, ou miné-rales.

Depuis que la corne de ce Poisson du Nord. estdevenue commune , ses vertus se sont extrêmementdiminuées, aussi-bien que son prix, & encore plusson usage en Médecine, lequel est auisi méprisé,que l’est à présent celui de l’yvoire, & de la corned’Elan, en qualité de remèdes. Les Droguistes .d’Amsterdam la vendent toujours fous le nom devéritable Licorne, à 50 fols courans de Hollandela livre , ce qui montre combien son prix est bais-sé depuis deux siécles passés, que le Pape Jules II.en acheta une entière d’un Allemand pour 12000écus. On la vendoit alors dans les boutiques d’Ita-lie 1536 écus la livre.

Le Chevalier Brovn , Anglois, qui a donné unbon ouvrage contre les Erreurs populaires , en a par-lé dans un article exprès, plutôt pour diminuer lepréjugé qui étoit si généralement reçu de son tems,sur ses prétendues vertus contre tous les poisons, &les maladies du cerveau, que pour toute autre chose..Il s’est efforcé de prouver sur-tout,que la corne qu’onvend aujourd’hui n’est pas la même que celle queles Anciens ont tant vantée : mais ses preuves fontmal tirées, n’étant fondées que fur le rapport équi-voque de la couleur de l’ancienne corne, qui étoitnoire, suivant lui, au dire de Pline ^ cependantPline n’a point parlé de sa couleur : supposons quequelqu’autre Ancien l’ait dit, il ne l’aura crû telle ,que fur quelque ouï-dire, ce qui est ordinairementfort sujet à caution. 11 est tombé lui-même, outrecela, dans les erreurs des Anciens, en adoptantles espèces de Licoïnes, que l’on tient présentementpour fabuleuses , comme je viens de l’insinuer.Enfin i! s’est trompé encore , après Wormius ScBartholin , de croire que la corne que l’on volt au-jourd’hui chez les Curieux, n’est autre chose quela dent de la jeune Baleine qui habite les régionsboréales. U n’est pas besoin de réfuter cette erreurcompliquée , après tout ce que je viens de dire. Mr.Savary ne l’a pas crû de même, & avec raison, enparlant de notre poisson Licorne , sous le nom deWalrus. Voyez NarwAl & Walrus dans leursArticles. La