Lettres Passionnées. 105
veroîs peut-être des raisons de me consoler,ou de m’affliger davantage. Je voudrois aussiavoir le Portrait de votre cœur. Tout ce quivous est quelque chose, m’est cher, & jesuis entièrement dévouée , à ce qui vous tou-che. 11 y a des momens où je m’imagine quej’aurois assez de soumission pour servir celleque vous aimez. Vos mépris m’ont si ab-battue, que je n’ose penser seulement, qu’ilme semble que je pourrois être jalouse sansvous déplaire ; & je croi même avoir grandtort de vous faire des reproches. Je fuis sou-vent convaincue, que je ne dois point vousfaire voir des sentimens que vous désavouez.
II y a long-tems qu’un Officier attend cetteLettre. J’avois résolu de 1’écrire d’un air àvous le faire recevoir sans dégoût ; mais elleest extravagante, il la faut venir. Hélas !
II n’est pas en mon pouvoir de m’y résou-dre; je m’imagine que je vous parle quandje vous écris, & que vous m’êtes un peuplus présent. 11 y aura, dans peu de jours,un an que je m’abandonnai toute à vous. Vo-tre amour me paroissoit ardent & sincère, &je n’aurois jamais pensé que mes faveurs vouseussent assez rebuté , pour vous obliger à foi-re cinq cens lieues & à vous exposer à des ~naufrages pour me quitter. L’Officier qui vousdoit porter cette Lettre, me mande pour la
Í |uatriéme fois qu’il veut partir ; qu’il est pres-ant! 11 abandonne quelque malheureuse ence Pais. Adieu, j’ai plus de peine à finir maLettre, que vous n’en avez eu peut-être àme quitter pour toujours. Adieu, je n’osevous donner mille noms de tendresse, ni melaisser aller à mes mouvemens. Je vous aimemille fois plus que ma vie, & mille fois plusque je pense. Que vous m’êtes cher ! Et queE 7 vous