î 62 Epîtres >
posent, & qui sont souvent matière de guer- s
re civile entre les Libraires. Quand on esti- (
me peu une chose, on dit qu’elle n’est pas i
bonne à chetter aux Chiens. Comme votre .«
air & votre beauté vous mettent au dessus de «i
ce quolibet, & qu’il n’a pas été fait pour les à
Chiens de votre forte, je m’en fers feulement, jé
afin de persuader aux hommes que n’étant pas ci
fort persuadé du mérite de mes Oeuvres, j’ai- pa
me mieux vous le dédier , qu’à quelque Sa- n
trape {a) de qui j’irois troubler le repos. Un u
Auteur le Livre à la main, est redoutable à è
ces Meilleurs ; & ils n’en craignent (b) gué» i
res moins la vision, que celle d’un Créancier. Ji
Ce n’est point qu’il n’y ait de grands Seigneurs t
très-généreux ; mais il y a des Auteurs qui le î
font si peu , qu’ils dédient plutôt leurs Ouvra- !
ges à ceux dont ils espèrent du bien, qu a ceuxqu’ils aiment, ou qu’ils estiment. Ces mau- >vaises copies de Virgile & d’Horace ne veulent \ tconnoître un grand Seigneur, que par son li
nom, pour lui donner à tout hazard celui de jMécénas , & lui attribuer des vertus qu’il n’a r
point, t
(a) Ce mot signifie un grand Seigneur de l’an- f
cien Royaume du Perse : mais ici l’on s’en sert / 1
plaisamment pour désigner quelque riche François ' 5
de qualité. ' í
Parnasse (b) Un jour la Serre qui, à ce que dit Gabriel 6
Reformé. Guéret, son Eleve, composoit un Livre sur le dos ì
d’un Imprimeur, alla trouver , la Dédicace à la ^
main, un Satrape François qu’il encensoit de toute j
sa Force. Ce Satrape qui étoit fort avare , se mit
anffi tôt dans l’efprit que la Serre , à la faveur de *
fa Dédicace, avoit envie de lui escamoter quelques 0
Louis d’Or.. Cette imagination & l’encens qu’il lui jdonnoit qui étoit un peu fort , lui firent fi-mal à latête & au coeur , qti’il en tomba en syncope ,&ainsi j
il sauva sa bourse des tours d’adresse de l'incsmpà’- ,râble la Serre. f