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Tome premier.
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Z4-2

Lettres

vous, on me fit mettre à table, & ceîatrès-à-propos : car dans les Landes j’avois pensémourir de faim. Pendant le repas on m’ap-prit qu’il y auroit un Bal de conséquence ; & jen’eus pas plûtôt rempli ma bedaine , que j’vallai. Tout ce qui étoit dans cette belle As-semblée , ne peut pastèr que pour franc cam-pagnard. J’y vis quantité de jeunes gens,dont les habits témoignaient extrêmement leutantiquité par le peu de rapport qu’ils avoientavec la mode; force hauts-de-chausie étroitsfur lesquels il paroissoit quelques rubans cou-leur de feu, gras, repassez au fer, & attachezen divers endroits fans aucune proportion;force chapeaux de toute forte de modes, si-non de celle qui court, & tous portez de lamaniéré qui déplaît tant à votre Héroïne;force rabats de Hollande , quelques-uns à paf-semens ; mais tous remplis, ou rehaussez. Jevis même des Galans qui s’étoient parez deleurs habits d’été , parce qu’ils étoient accom-pagnez d’un misérable pourpoint de taffetas,ou de brocard luisant de fine graisse. En unmot la salle étoít sans tapisserie, & éclairéede douze chandelles qu’on avoit plantées dansquelques bâtons croisez qui faisoient là le per-sonnage de chandeliers. Pour les violons, ilne s’eít jamais rien entendu de si pitoyable.Une oreille un peu fine auroit là souffert com-me un damné. Si Pami Baptiste les eût en-tendus , il auroit pris la poste surl’heure pourfuir cent lieues loin d’une fi misérable harmo-nie. De citrons doux , ni d’oranges de laChine , je n’en vis point, & la collation nefit mal à personne. Pour les femmes de qua-lité , j’entens les femmes à taffetas, & nonpas les Dames à carosse, j’en vis fort peu debelles. Mais j’en remarquai beaucoup dont la