S A T I R I Q. U E S. Zsz
rofcope ; que votre ame est si grosse, qu’elleserviroit bien de corps à une personne un peudéliée : que vous avez ce qu’aux hommes onappelle la face si fort au-dessous des épaules,& ce qu’on appelle les épaules si fort au-des-sus de la face, que vous semblez un saint De-nis portant son chef entre ses mains : encoreje ne dis que la moitié de ce que je vois,car si je descends mes regards jusqu’à votrebedaine, je m’imagine voir aux Limbes tousles Fidèles dans le sein d’Abraham ; SainteUrsule qui porte les onze mille Vierges enve-loppées dans son manteau, ou le Cheval deTroye farci de quarante mille hommes : maisje me trompe, vous êtes quelque chose deplus gros ; ma Raison trouve bien plus d’ap-parence à croire que vous êtes une loupe auxentrailles de la Nature, qui rend la Terre ju-melle. Hé quoi ! vous n’ouvrez jamais la bou-che , qu’on ne se souvienne de la Fable dePhaëton, où le Globe de la Terre parle, ouile Globe de la Terre; & si la Terre est un,animal, vous voyant aussi rond & aussi largequ’elle , je soutiens que vous ' êtes son mâle,& qu’elle a accouché depuis peu de l’Améri-que dont vous saviez engrossée. Hé bien,qu’en dites-vous ? Le Portrait est-il ressem-blant pour ne lui avoir donné qu’une touche;par la description de votre sphère de chairdont tous les membres font si ronds, quechacun fait un* cercle? Et par l’arrondissementuniversel de votre épaisse masse , n’ai-je pasappris à nos Neveux que vous n’étiez pointfourbe, puisque vous marchiez rondement ?Pouvois-je mieux convaincre de mensonge ceuxqui vous menacent de pauvreté, qu’en leurfaisant voir à sœil que vous roulerez toûiours ?Enfin étoit-il possible d’enseigner plus intelli-