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Tome premier.
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390 Lettres

Les Pais délicieux produisent des hommesqui leur ressemblent, & qui font mal pro-pres aux fatigues & aux périls de la guerre :Ainsi l’on peut dire que fi les hommes culti-vent les Pais, les Pais cultivent les hommes :ils adoucissent leurs mœurs, & polissent leuresprit : Cependant les Suisses s’ennuyent quel-quefois en France & en Italie. 11s regrettentleurs neiges, & leurs glaces ; il leur prend desimpatiences de s’en retourner à leurs Landes,& à leurs Montagnes ; jusques - là que si onleur refuse ce contentement, ils en tombentdans une maladie mortelle, qu’ils appellentla maladie dn Pais. Cela confirme ce motque la fumée de chez nous nous semble plusclaire que le plus beau feu des Contrées étran-gères. Et quoique l’on ait écrit, que les hon-nêtes gens trouvoient leur Pais par-tout, oùils rencontroient les commodité? de la vie ;

Fer tutto è buona Jìanza , ove altri goda ;

Et ognì jìanza al valent ’ buomo è patria.

Toutefois il est certain que la Nature nousdonne pour le lieu de notre naissance je nesai quel amour secret qui n’est'pas sujet à s’af-foiblir par le teins, & qui même ne meurtjamais :

Che diè Nattera al nascimento bumano,

Verso il caro Pa'se , ou’ altri è nato,

Vn non sò che di non inteso ajsetto,

Cbesempre vive , e non invecchia mai.

Mais c’est un peu trop s’égarer. Je reviensaux Suisses, dont notre Auteur dit qu’ils ven-dent leur service aux Etrangers ; mais qu’ilsretiennent pour eux la liberté de leur Pais.

Vendono