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Lettres
A MONSIEUR
C O L B E R T,
Conseiller du Roi en ses Conseils , Intendantde la Maison de Monseigneur le CardinalMazarin.
M O N S I E U R,
Je ne crois pas qu’il íè puisse rien dire deplus juste ni de plus beau, fur la questionqu’il vous plaît de me proposer. En effet,comme nos corps s’ouvrent pour recevoir lachaleur de l’air, parce que c’est une qualitédouce, bénigne & amie de la Nature; &comme au contraire ils fe resserrent, & ramastsent toutes leurs forces contre le froid qui sem-ble attaquer directement les principes de la vie:de même la prospérité flatant l’amour propre,& couvrant sa malignité sous une fausse ap-parence , nos âmes se rendent à elle volontai-rement , & s’y abandonnent fans résistance,& fans défendre leurs dehors & leurs avenues;au lieu qu’elles repoussent vigoureusementl’adversité qui combat ouvertement leur repos& leur bonheur ; c’est le sentiment de i’Em-pereur Galba dans Tacite, lorsqu’il parle ences termes à Filon Licinianus, qu’il associoità l’Empire, & qu’il choisissoit pour son Suc-cesseur :
Jusqu’ici la fortune vous a persécuté sans re-lâche , U vous avez soutenu fes efforts avecune invincible confiance. Mais fouvenez-vousque les profiéritez ont des pointes £sf des égail-lons , qui font bien mieux connoìtre le fort
le foi-