io8
Lettres
jusques-là. Ainsi la Raison youdroit que sonassassinat ne demeurât pas lans punition, &fi elle étoit en votre puissance, je m’assùreque vous la feriez de la plus belle maniéréque la Prudence vous l’ordonneroit , & quevous tireriez du mal qu’il a fait, tout le bienqu’il se pourroit pour la sûreté des hon-nêtes gens, & pour leur instruction. Ce-la n’étant pas, contentez - vous, s’il vousplaît, Monsieur , de châtier ce coupablepar la privation de votre amitié. C’estun trésor que vous lui ôterez, dont il ne sa-voit ni l’usage, ni le prix, & dont il ne mé-ritoit pas la possession. D’ailleurs là faute, àle bien prendre, fera votre bonheur, & vousaurez sujet d'en être bien aise, puis qu’ellevous en donnera un fort légitime de ne plussouffrir un sot de qui vous auriez eu beau-coup à souffrir, & de rompre toute société& tout commerce avec un'fou qui n’a pointd’intervalles que l’on puisse appeller bons , quiest quelquefois fâcheux, & qui n’eft jamaisplaisant. _ A u reste, Monsieur, je ne vous airien dit ici qui soit contraire à la Morale deJesus Christ, & aux Maximes dePEvan*gile, s’il est bien pris, & bien entendu. L’E-criture Sainte reconnoit des haines parfaites &de sages mimitíez ; & j’ai fait là-dessus quel-ques observations dont je prétends bien vousentretenir un jour agréablement. Pour au.jourd’hui, il est tems, ce me semble, ( & jem’en avise bien tard ) de vous laisser en repos,& en patience. Je penserais être obligé devous demander pardon de savoir si fort exer-cée. Mais un homme, comme vous, qui ena tant pour les injures, en aura de reste fansdoute pour une Lettre un peu trop longue:& tant que je ne ferai que des soutes de cette
sorte,